KOllectif 7 janvier : pour une psychiatrie et une psychologie basées sur des preuves scientifiques

Prise en charge

S’il semble aujourd’hui légitime de baser la médecine sur des preuves, la psychiatrie française, du fait de son imprégnation psychanalytique persistante, bénéficie d’une sorte de dispense partielle dont les prétextes demeurent pour la plupart des idées reçues. Il s’agit pourtant d’une spécialité médicale qui doit non seulement pouvoir bénéficier des dernières avancées de la science mais également se soumettre aux règles de déontologie qui s’appliquent au reste de la médecine, avec comme préoccupation première la qualité des soins délivrés aux patients. Ce KOllectif 7 janvier aspire donc à une psychiatrie française basée sur les preuves scientifiques plutôt que sur des croyances. Je vous laisse découvrir son manifeste (également sur Facebook) :

KOllectif du 7 janvier

« Pour une psychiatrie et une psychologie basées sur des preuves scientifiques »

L’autisme a été déclaré « grande cause nationale » pour 2012.  Partout dans le monde, ce handicap est pris en charge par des méthodes éducatives qui ont fait leurs preuves, à la fois sur un plan scientifique et dans la vie des enfants qui en sont atteints, que ce soit en Europe du Nord, en Grande Bretagne, aux  États-Unis, en Australie, au Japon (et dans la plupart des pays d’Asie) en Espagne, au Canada, en Belgique.

Partout… Sauf en France où les familles se heurtent à la résistance de pédopsychiatres et d’autres professionnels d’obédience psychanalytique qui récusent ces méthodes d’inspiration cognitivo-comportementale.

Un récent documentaire, Le Mur, réalisé par Sophie Robert avec l’association Autistes Sans Frontières a dénoncé cette situation unique au monde en interviewant des psychanalystes reconnus sur leur approche de l’autisme. Cette démarche lui a valu d’être attaquée par trois des psychanalystes qui estimaient avoir été piégés. Elle a été condamnée à leur verser 34 000 euros pour « atteinte à l’image et la réputation », et à retirer les interviews concernées. Elle a depuis fait appel de ce jugement.

Ce procès a soulevé un vent de révolte du côté des parents et de nombreux psys qui réprouvent cette forme de censure et déplorent qu’aucune discussion ne soit possible. La presse a relayé cette atteinte à la liberté d’expression. Au fil des jours, un comité de soutien puis un groupe de dialogue se sont constitués, rassemblant des psychiatres, des psychologues, des parents, des patients, des scientifiques, des professeurs de collège, de lycée, d’université et une femme politique.

Ils partagent :

Une indignation certaine devant la prédominance de l’approche psychanalytique au sein de la psychiatrie et de la psychologie françaises
L’aspiration à une psychiatrie moderne, ouverte sur le monde, appuyée sur des recherches scientifiquement validées, qui concernerait aussi bien les personnes avec autisme que tous les autres patients.

Cette psychiatrie se reconnaîtrait dans les énoncés suivants :

1. La psychiatrie est une discipline médicale

Pour être humaniste, elle doit obéir aux mêmes exigences que l’ensemble des disciplines médicales :

– Être capable de nouer une alliance thérapeutique entre le patient, et éventuellement sa famille et les soignants

– Son enseignement et sa pratique doivent être fondés sur des preuves, avec réactualisation continue des connaissances.

–  Elle doit respecter la déontologie médicale, avec au premier chef le souci de la qualité du service rendu au patient

– Elle doit mettre en jeu l’ensemble des moyens pertinents et une information loyale et contradictoire du patient et le cas échéant de ses représentants légaux sur les troubles et sur les prises en charge.

2. Les psychothérapies sont les pratiques du soin psychologique

– Elles doivent s’appuyer sur des modèles psychologiques compatibles avec l’état des connaissances sur les troubles qu’elles entendent soigner.

– Au même titre que les autres modalités de soins, leurs effets doivent être évaluées en terme de service rendu : bénéfice / risque / coût.

– Elles doivent non seulement atténuer la souffrance qui s’exprime dans les symptômes, mais aussi améliorer la qualité de vie.

– Elles doivent faire appel à des professionnels spécialement formés, et à même de mettre à jour leur pratique avec l’évolution des connaissances.

– La formation initiale et continue des psychothérapeutes comme celle de tous les soignants doit être obligatoire : ce qui implique un dispositif de contrôle de sa qualité et de son suivi par les intéressés, tout comme à l’étranger.

3. Les personnes en situation de handicap psychique ont droit à la promotion de leur développement et de leur qualité de vie,

intégrant leur insertion sociale, familiale, scolaire et professionnelle selon les situations. Le soin n’est qu’un aspect de la réponse à la détresse. Le monde de l’enseignement et celui du travail sont aussi impliqués dans la promotion du bien-être et de la qualité de vie de chacun.

4. Les données concernant l’autisme infantile sont maintenant parfaitement claires

Les enfants autistes  ont besoin de soins efficaces fondés sur des preuves qui leur permettent une scolarisation en milieu habituel. L’élément qui choque le plus les étrangers réside en ce que 80% des autistes ne soient pas scolarisés en France et que nombre de familles doivent emmener leurs enfants en Belgique pour avoir enfin des soins conformes à l’état des connaissances scientifiques.

Or il existe 27 études, trois méta-analyses et des recommandations publiées par des agences officielles : françaises, américaines, anglaises et espagnoles qui affirment que les seules méthodes ayant prouvé leur capacité à atteindre cet objectif dans environ 50% des cas sont des méthodes comportementales et cognitives. Aucune autre méthode n’a jusqu’à présent fait preuve de son efficacité (cf. références).

Bien entendu, cet état des lieux est provisoire et devra être révisé en fonction du progrès des connaissances scientifiques. Pour cela, plus de recherches sont nécessaires, sans exclusivité théorique,  à la fois sur les facteurs biologiques et psychosociaux sous-jacents aux troubles, et sur l’amélioration et l’évaluation des approches psychothérapiques et éducatives.

Signataires initiaux :

Mme Brigitte Axelrad – Professeur honoraire de philosophie et de psychosociologie.

Dr. Jean Brissonnet – Physicien. Auteur et conférencier sur le thème des médecines non-conventionnelles.

Dr. Jean Cottraux – Psychiatre Honoraire des Hôpitaux, ancien chargé de cours à l’Université. Lyon 1, HDR.

Pr. Esteve Freixa i Baqué – Professeur d’Épistémologie et Sciences du Comportement.

Dr. Nicolas Gauvrit – Maître de conf. en Mathématiques (Univ. d’Artois et Paris VII), Docteur en sciences cognitives.

Dr. Nouchine Hadjikhani – Médecin-chercheur en neurosciences.

M. Yann Kindo, – Professeur d’histoire-géographie, militant rationaliste.

Dr. Guillaume de Lamérie – Psychiatre, psychothérapeute, praticien hospitalier.

Mme Alexandra Meert – Psychologue, psychothérapeute comportementaliste.

M. Gérard Mercuriali – Parent d’enfant TED, professeur d’EPS.

Mme Magali Pignard – Parent d’enfant TED, Agrégée de physique.

Dr. René Pommier – Maître de conférences honoraire docteur d’Etat  (littérature française Paris IV) et écrivain.

M. Jérôme Quirant – Maître de conférences , Université Montpellier II.

M. Jean-Louis Racca – Professeur de mathématiques, militant rationaliste.

Dr. Franck Ramus – Directeur de recherches au CNRS, docteur en sciences cognitives.

Mme Isabelle Resplendino – Secrétaire Nationale-Adjointe du Collectif des Démocrates Handicapés.

Mme Sophie Robert – Scénariste, réalisatrice et productrice.

Dr. Igor Thiriez – Psychiatre, psychothérapeute, praticien hospitalier

Mme Chantal Tréhin – Neuropsychologue, Parent d’enfant TED, formatrice.

Dr. Laurent Vercueil – Médecin neurologue hospitalier, doc. en neurosciences, INSERM U836.

Dr. Dominique Yvon – Parent d’enfants TED, Physicien-chercheur.


Références

1. Anderson, S. R., Avery, D. L., DiPietro, E.K., Edwards, G. L., and Christian, W.P. (1987). Intensive home-based early intervention with autistic children. Education and Treatment of Children, 10(4), 352-366.

2. Bibby, P., Eiseseth, S., Martin, N. T., Mudford, O. C. and Reeves, D. (2001). Progress and outcomes for children with autism receiving parent-managed intensive interventions. Res Dev Disabil, 22, 425-447.

3. Birnbrauer, J. S., and Leach, D. J. (1993). The Murdoch early intervention program after 2 years. Behaviour Change, 10(2), 63-74.

4. Cohen, H., Amerine-Dickens, M., & Smith, T. (2006). Early intensive behavioral treatment: replication of the UCLA model in a community setting. J Dev Behav Pediatr, 27(2 Suppl), S145-55.

5. Dawson, G., Rogers, S., Munson, J., Smith, M., Winter, J., Greenson, J. et al. (2010). Randomized, controlled trial of an intervention for toddlers with autism: the Early Start Denver Model. Pediatrics, 125(1), e17-23.

6. Eikeseth, S. (2009). Outcome of comprehensive psycho-educational interventions for young children with autism. Res Dev Disabil, 30(1), 158-178.

7. Eikeseth, S., Smith, T., Jahr, E., & Eldevik, S. (2002). Intensive behavioral treatment at school for 4- to 7-year-old children with autism. A 1-year comparison controlled study. Behav Modif, 26(1), 49-68.

8. Eikeseth, S., Smith, T., Jahr, E., & Eldevik, S. (2007). Outcome for children with autism who began intensive behavioral treatment between ages 4 and 7: a comparison controlled study. Behav Modif, 31(3), 264-278.

9. Eldevik, S., Eikeseth, S., Jahr, E., & Smith, T. (2006). Effects of low-intensity behavioral treatment for children with autism and mental retardation. J Autism Dev Disord, 36(2), 211-224.

10. Fenski.EC, Zelenski.S, Krantz, P. J., & McClannahan, L. E. (1985). Age at intervention and treatment outcome for autistic children in a comprehensive intervention program. Analysis and Intervention in Developmental Disabilities, 5, 7-31.

11. Handleman, J. S., Harris, S. L., Celiberti, D., Lilleheleht, E., & Tomcheck, L. (1991). Developmental changes in preschool children with autism and normally developing peers. Infant and Toddler Intervention, 1, 137-143.

12. Harris, S. L., Handleman, J. S., Gordon, R., Kristoff, B., and Fuentes, F. (1991). Changes in cognitive and language functioning of preschool children with autism. J Autism Dev Disord, 21(3), 281-290.

13. Harris, S. L., Handleman, J. S., Kristoff, B., Bass, L., & Gordon, R. (1990). Changes in language development among autistic and peer children in segregated and integrated preschool settings. J Autism Dev Disord, 20(1), 23-31.

14. Hastings, R. P., & Symes, M. D. (2002). Early intensive behavioral intervention for children with autism: parental therapeutic self-efficacy. Res Dev Disabil, 23(5), 332-341.

15. Howard, J. S., Sparkman, C. R., Cohen, H. G., Green, G., & Stanislaw, H. (2005). A comparison of intensive behavior analytic and eclectic treatments for young children with autism. Res Dev Disabil, 26(4), 359-383.

16. Lovaas, O. I. (1987). Behavioral treatment and normal educational and intellectual functioning in young autistic children. J Consult Clin Psychol, 55(1), 3-9.

17. Lovaas, O. I., Koegel, R. L., Simmons, J. Q., & Long, J. (1973). Some generalization and follow-up measures on autistic children in behavior therapy. Journal of Applied Behavior Analysis, 6, 131-166.

18. Magiati, I., Charman, T., & Howlin, P. (2007). A two-year prospective follow-up study of community-based early intensive behavioural intervention and specialist nursery provision for children with autism spectrum disorders. J Child Psychol Psychiatry, 48(8), 803-812.

19. McEachin, J. J., Smith, T., & Lovaas, O. I. (1993). Long-term outcome for children with autism who received early intensive behavioral treatment. Am J Ment Retard, 97(4), 359-72; discussion 373-91.

20. Perry, A., et al. (2008). Effectiveness of Intensive Behavioral Intervention in a large, community based program. Research in Autism Spectrum Disorders 2, 621-642.

21. Remington, B., Hastings, R. P., Kovshoff, H., degli Espinosa, F., Jahr, E., Brown, T. et al. (2007). Early intensive behavioral intervention: outcomes for children with autism and their parents after two years. Am J Ment Retard, 112(6), 418-438.

22. Sallows, G. O., & Graupner, T. D. (2005). Intensive behavioral treatment for children with autism: four-year outcome and predictors. Am J Ment Retard, 110(6), 417-438.

23. Sheinkopf, S. J., & Siegel, B. (1998). Home-based behavioral treatment of young children with autism. J Autism Dev Disord, 28(1), 15-23.

24. Smith, T., Buch, G. A., & Gamby, T. E. (2000). Parent-directed, intensive early intervention for children with pervasive developmental disorder. Res Dev Disabil, 21(4), 297-309.

25. Smith, T., Eikeseth, S., Klevstrand, M., & Lovaas, O. I. (1997). Intensive behavioral treatment for preschoolers with severe mental retardation and pervasive developmental disorder. Am J Ment Retard, 102(3), 238-249.

26. Smith, T., Groen, A. D., & Wynn, J. W. (2000). Randomized trial of intensive early intervention for children with pervasive developmental disorder. Am J Ment Retard, 105(4), 269-285.

27. Weiss, M. J. (1999). Differential rates of skill acquisition and outcomes of early intensive behavioral intervention for autism. , 14, 3-22.

Meta analyses

1. Spreckley M, Boyd R  (2009). Efficacy of Applied Behavioral Intervention in Preschool Children with Autism for Improving Cognitive, Language, and Adaptive Behavior: A Systematic Review and Meta-analysis, J Pediatr, 154:338-44.

2. Ortega JVR (2010). Applied behavior analytic intervention for autism in early childhood: Meta-analysis, meta-regression and dose–response meta-analysis of multiple outcomes, Clinical Psychology Review 30, 387–399.

3. Diggle TTJ, McConachie HHR. Parent-mediated early intervention for young children with autism spectrum disorder. Cochrane Database of Systematic Reviews 2002, Issue 2. Art. No.: CD003496. DOI: 10.1002/14651858.CD003496.

Revues et recommandations

1. Ludwig S, Harstall C. Intensive Intervention Programs for Children with Autism. HTA-8: Series B Health technology assessment, Alberta Heritage Foundation for Medical Research, February 2001.

2. INSERM. Psychothérapie : trois approches évaluées, expertise collective (O. Canceil, J. Cottraux, B. Falissard, M. Flament, J. Miermont, J. Swendsen, M. Teherani, J.M. Thurin), INSERM, 2004 ; synthèse en ligne : www.inserm.fr/content/download/1420/13020/file/psychotherapie_synthese

3. Fuentes-Biggi J., dir.- Guida de buena pratica para el tratamiento de los trastornos del espectro autista, in :Revista de Neurologia, 2006, n° 7, vol. 43, pp.425-438 / traduction de Ka rina Alt : Guide de bonnes pratiques dans le traitement des Troubles du Spectre Autistique. Recommandations du Groupe d’Etudes sur les Troubles du Spectre Autistique de l’Institut de Santé Carlos III, 30 pages. http://satellite.satedi.org/IMG/pdf/GUIDE_traitement_des_TSA_Institut_Carlos_III.pdf

4. Myers SM and Plauché Johnson C. Management of Children With Autism Spectrum Disorders, Pediatrics 2007;120;1162; originally published online October 29, 2007. DOI: 10.1542/peds.2007-2362.

5. National Health Service (NHS). Scottish Intercollegiate Guidelines Network (SIGN) : Assessment, diagnosis and clinical interventions for children and young people with autism spectrum disorders. A national clinical guideline, July 2007.

6. National Autism Center (NAC) : Findings and conclusion. Addressing the need for evidence based practice guidelines for autism spectrum disorders. 2009 National Autism Center 41 Pacella Park Drive Randolph, Massachusetts 02368.

Vous avez dit « psychose blanche »?

Considérations, Neuroleptiques, Psychanalyse, Troubles psy

Le diagnostic d’une psychose sans présence de délire ou d’hallucinations peut paraître assez déraisonnable pour la plupart des cliniciens les plus pragmatiques. Ces derniers, notamment en France, ne sont pas sans savoir que l’influence psychanalytique permet à certains de ses praticiens de détecter certaines manifestations invisibles de la folie, ou du moins certains éléments très signifiants hélas ignorés par leurs collègues trop réalistes.

La psychose sera ainsi légitimée comme une structure, refroidie ou blanchie grâce à un argumentaire plus ou moins ténébreux selon les références de l’étiqueteur ou selon ses dispositions pédagogiques. Il n’est pas nécessaire d’aller chercher bien loin pour constater à quel point ces concepts extrêmement aléatoires peuvent s’avérer néfastes pour les principaux intéressés, à savoir les patients. Un rapide coup d’œil sur les textes d’André Green (pour la psychose blanche) ou d’Évelyne Kestemberg (pour la psychose froide) permet de prendre conscience, par-delà l’écran de fumée du jargon psychanalytique, du caractère hautement fumeux et de la profonde vacuité de ces théories. Il s’agit tantôt de « psychose potentielle », de « psychopathologie de l’appareil à penser les pensées », de la fameuse « hallucination négative » ou encore de la « non-solution », le tout décrivant de manière assez systématique une sorte de vide de la pensée.

Au final, en pratique, la psychose, qu’elle soit blanche ou froide, est souvent évoquée face à une impression de vacuité ressentie par le clinicien face à son patient.

Il est évident qu’avec une si faible spécificité, un tel diagnostic ne peut qu’être porté à l’excès, ce qui, compte tenu de ce qu’il implique, notamment  en matière de traitement et de stigmatisation, s’avère volontiers désastreux pour les patients concernés. L’étiquetage psychotique est quasiment indélébile et très rarement remis en cause dans la suite du parcours d’un patient, notamment car l’instauration des neuroleptiques et leurs effets secondaires contribuent à renforcer ce diagnostic de psychose, tout comme les manifestations de sevrage lorsque le traitement est interrompu.

Ces cliniciens adeptes de la psychose non délirante ne sont pourtant pas extra-lucides et diagnostiquent comme les autres à partir de signes et de symptômes, la plupart du temps précipitamment, mais parfois plus tardivement, le diagnostic de psychose venant alors sanctionner le patient d’un échec thérapeutique qui n’est pourtant pas le sien.

Voici donc une sélection des principaux symptômes et troubles psychiatriques à rechercher derrière le masque vide d’une psychose blanche, froide, ou d’une « structure » psychotique :

Trouble de la personnalité limite

Autrement appelé borderline, ce trouble de la personnalité est regrettablement ignoré ou méprisé par de nombreuses écoles psychanalytiques, les patients concernés étant alors « rabattus » vers la névrose pour les plus chanceux, et vers la psychose pour les autres. Ce qui peut raisonnablement être considéré comme un désordre émotionnel entraine des manifestations parfois spectaculaires et impulsifs, notamment des passages à l’acte auto-agressifs, des abus de substances, de violentes crises d’angoisse ou de colère, mais également d’autres symptômes tels que le sentiment de vide, d’ennui ou l’alexithymie, le tout étant volontiers assimilé (à tort) à des manifestations psychotiques.

L’alexithymie

Il s’agit de la difficulté à exprimer ses émotions par des mots. Leurs manifestations, y compris corporelles s’accompagnent d’une relative incapacité à identifier la ou les émotions concernées qui sont pourtant bien présentes. L’impression de vide ressenti par l’interlocuteur n’est que le résultat de la perplexité de l’alexithymique devant sa « cécité émotionnelle ». Ce trouble ou symptôme peut être rattaché à des connexions déficientes entre le cerveau émotionnel et les régions plus en rapport avec la conscience, un dysfonctionnement qui proviendrait d’un défaut d’apprentissage émotionnel durant l’enfance. Qui dit défaut d’apprentissage dit possibilité de réapprentissage. L’alexithymie n’est donc pas figée, et certainement pas assimilable à une structure, et notamment à la psychose puisqu’il ne s’agit pas de perte de contact avec la réalité.

L’impulsivité

Il s’agit de l’incapacité à différer un comportement, un symptôme fréquemment retrouvé dans plusieurs troubles de la personnalité (limite et antisociale notamment) mais qui n’est en rien spécifique des troubles psychotiques. Cette impulsivité est volontiers perçue (à tort) comme une manifestation primaire, la conséquence d’une sorte de vacuité caché et intolérable pour l’inconscient, donc retenu comme argument en faveur d’une structure psychotique, ceci sans qu’aucune preuve scientifique ne soit jamais venue étayer ces intuitions.

Déficit intellectuel ou symptomatologie déficitaire

Rien n’évoque davantage le vide qu’un déficit cognitif ou intellectuel dont l’origine reste évidemment très variée. Des patients sont alors considérés comme psychotiques sur la base d’un déficit qui résulte de séquelles d’un accident traumatique, de troubles envahissants du développement mal pris en charge, mais également de maladies neurologiques dégénératives. La symptomatologie déficitaire qui, lorsqu’associée au symptômes positifs et à la désorganisation signe la schizophrénie, suffit parfois à certains pour diagnostiquer la psychose, ce alors même que cette symptomatologie déficitaire peut s’expliquer tout à fait autrement, notamment par des séquelles d’une intoxication alcoolique ou narcotique chronique. Une pauvreté du discours évoquera alors inévitablement le fameux vide de la pensée, et donc la psychose, que cette pauvreté intellectuelle ne soit qu’apparente ou réelle.

D’autres manifestations, moins évocatrices de cette vacuité psychique, sont également retenues en faveur d’une structure psychotique :

La bizarrerie

Il est parfois effarant de constater à quel point la bizarrerie peut être synonyme de psychose pour certains cliniciens, qu’ils soient ou non influencés par la psychanalyse. Or la bizarrerie, tout comme l’excentricité ou encore certaines croyances, n’est pas forcément le signe d’une perte de contact avec la réalité, même si ces manifestations peuvent être source de souffrance ou justifier le diagnostic de schizotypie, un trouble volontiers considérée comme une forme atténuée de schizophrénie.

Les troubles anxieux

Dans leurs formes les plus sévères, et souvent réfractaires aux prises en charge, certains troubles anxieux légitiment une passerelle extraordinaire entre névrose et psychose. Il s’agit notamment de certains troubles obsessionnels compulsifs dont les manifestations sont particulièrement absurdes, dont les rituels sont à la fois critiqués et justifiés par une pensée magique ou superstitieuse. Il s’agit également de certaines formes de phobie sociale dans lesquelles l’isolement et l’angoisse procurent une impression de vacuité chez l’interlocuteur, notamment car ces patients ne parviennent pas à maintenir le contact oculaire et restent parfois quasi-mutiques. Par ailleurs, la survenue d’une attaque de panique (crise d’angoisse) s’accompagne de certaines pensées automatiques extrêmes (peur de mourir, peur de devenir fou) qui sont hélas parfois prises au pied de la lettre pour justifier un diagnostic de psychose blanche.

Les effets secondaires des neuroleptiques

Il n’y a pas plus évocateur de psychose que l’allure schizophrénique ou l’effet zombie du à l’impregnation de neuroleptiques (voir le billet correspondant).

Mikkel Borch-Jacobsen – Les patients de Freud (2011) ♥♥♥♥

Livres, Psychanalyse

À l’instar de la plupart des critiques du freudisme, Mikkel Borch-Jacobsen est volontiers assimilé à une sorte de chien de garde des TCC, animé par la haine et la vénalité. Or, à l’instar de ces mêmes critiques du freudisme, notamment de Jacques Van Rillaer et plus récemment de la fameuse Sophie Robert, il s’est préalablement intéressé de près à la discipline et surtout à son histoire. Un rapide survol des quelques documents et interviews disponibles sur le net permet de constater qu’il n’est pas forcément acquis au modèle « psy » anglo-saxon, et loin de manifester une foi aveugle en l’industrie pharmaceutique.

Son dernier petit ouvrage s’attache à synthétiser les véritables parcours d’une trentaine de patients pris en charge par Freud. Cette triste réalité ne colle évidemment pas du tout aux vignettes clinique correspondantes dans les écrits du viennois, des écrits sur lesquels se basent ou reviennent régulièrement de nombreux psychanalystes, aujourd’hui encore. Ces cas cliniques arrangés demeurent ainsi autant de mythes fondateurs d’une discipline qui reste encore considérée « religieusement » comme thérapeutique alors qu’elle repose (et s’entretient) sur des mensonges.

Je reste pour ma part toujours navré de constater à quel point une certaine tolérance s’est installée parallèlement au développement de cette foi dans les différentes sphères de la santé mentale. Ainsi, face à l’évidence, les arguments demeurent inchangés, piégés par l’autorité, par la réciprocité, par la spirale de l’engagement, et totalement superposables à ceux d’Elisabeth Teissier défendant l’astrologie :

Les historiens de la psychanalyse qui ne sont pas acquis à la cause seraient pour la plupart des révisionnistes qui auraient des comptes (plus ou moins conscients) à régler avec la discipline. Leurs travaux ne seraient donc pas valables. L’auteur leur répond :

Demande-t-on au plombier pourquoi il fait de la plomberie ? Il se trouve qu’à force de travailler sur l’histoire de la psychanalyse, j’ai développé une certaine compétence en la matière. Eh bien, cette compétence, je l’exerce, voilà tout. Pour répondre plus précisément à votre question : je n’ai pas commencé à fouiller dans les archives du freudisme parce que je voulais me payer Freud. C’est l’inverse : c’est parce qu’au cours de mes recherches je suis tombé sur des documents et des témoignages qui contredisaient l’histoire officielle de la psychanalyse que je suis progressivement devenu critique à l’égard de la psychanalyse, ce que je n’étais pas au début. Dès lors que je découvrais, à la suite de bien d’autres historiens de la psychanalyse, des choses qui ne rentraient pas dans le cadre de la légende freudienne, je n’allais pas m’asseoir dessus. J’ai partagé le fruit de ces recherches avec le public, comme le ferait n’importe quel chercheur dans un autre domaine. Je trouve ça normal et je n’éprouve aucun besoin de m’en excuser ou de me justifier. Je sais bien qu’on m’accuse depuis longtemps d’être névrotiquement attaché à Freud, mais je laisse dire. Ce genre d’interprétations psychanalytiques me laissent froid.

Pour d’autres, ces falsifications freudiennes sont connues depuis longtemps, mais ça n’enlève rien à la valeur de la psychanalyse. Il s’agit d’un argument qui ne vaut guère mieux que l’éternel « il y a des bons et des mauvais psychanalystes » (le terme psychanalyste pouvant être allègrement remplacé par astrologue ou prêtre pour défendre respectivement ces deux domaines respectifs). Valider soi-même ses théories par la simple observation de ses propres patients constitue déjà en soi une méthode douteuse, mais s’il s’avère que ces fameux cas sont réarrangés pour confirmer ces fameuses théories, la méthode n’est plus douteuse, c’est une escroquerie. La médecine basée sur les preuves est loin d’être parfaite, et peut dévoiler des conflits d’intérêt colossaux, mais ne laisserait certainement pas se développer de telles mystifications de nos jours.

Je ne m’attarderai pas trop sur les diversions habituelles qui sont autant d’idées reçues et très bien relayées, comme quoi la psychanalyse serait la seule approche garante de la liberté, de la singularité du sujet, qu’elle constitue le seul rempart contre l’invasion du dressage TCC et des médicaments empoisonnés, que sans cette psychanalyse nous serons bientôt tous considérés comme malades, à dresser et à médicamenter…
Je rappelle tout d’abord qu’en divisant l’humanité entre névrose et psychose, Freud nous a tous rendus malades, ou du moins bien écartés de la possibilité d’une bonne santé mentale. Par ailleurs, la plupart de ses patients, issus de la bourgeoisie viennoise, étaient médicamentés (morphine, chloral etc.), et pas à petites doses, ce qui n’est évidemment pas précisé dans les vignettes officielles.

Par ailleurs, non seulement la psychanalyse implique l’écoute (comme la plupart des autres courants) mais elle consiste également à faire rentrer les patients dans des cases. Le psychanalyste, comme le comportementaliste, cherchera évidemment à modéliser le cas singulier selon la grille de lecture du « maître » auquel il se réfère (Freud, Jung, Lacan etc.), du moins s’il souhaite vraiment appliquer sa discipline et non improviser totalement. Ce qui caractérise davantage l’approche psychanalytique, c’est l’étape ultérieure : celle de l’irréfutabilité des pseudosciences, à savoir que le cas finira forcément par rentrer dans la case qui lui est destinée, même si cela implique des efforts d’interprétation symbolique ahurissants, et même si l’évolution du patient n’est pas favorable. L’approche des TCC implique de revoir cette modélisation initiale si l’évolution n’est pas favorable, et notamment d’établir une nouvelle analyse fonctionnelle en y intégrant certains éléments qui auraient été omis ou insuffisamment pris en compte dans la précédente, cette analyse fonctionnelle étant évidemment spécifique à chaque patient contrairement à ce qu’on entend.

Je m’arrête là et vous recommande bien entendu la lecture de ce petit livre très instructif.

Présentation de l’ouvrage (Sciences Humaine.com)

Qui étaient les patients de Freud ? (Sciences Humaine.com)

Mikkel Borch-Jacobsen : Que sont devenus les patients de Freud ? (Sciences Humaine.com)

On ne lira plus jamais Freud comme avant… (tobienathan’s Blog)

Le Religionnaire soutient Sophie Robert

Affaire Le MUR, Autisme, Musique, Psychanalyse

Ces trois lacaniens savent bien que « les écrits restent », d’où l’incroyable hermétisme de leurs publications, mais n’ont ils pas un instant oublié que les paroles ne s’envolent pas toujours ? Ces trois plaignants se sont effectivement fait piéger, et le regrettent amèrement. Or piéger n’est pas forcément tricher. Ces fameuses phrases, qu’elles soient ou non dans le désordre, qu’elles soient ou non précédées de questions rajoutées à posteriori, n’en restent pas moins très révélatrices du mode de pensée lacanien, des croyances qui apparaissent enfin délestées de leur masque d’impénétrabilité. Je ne m’étendrai pas davantage sur le sujet si ce n’est pour renouveler mon soutien à Sophie Robert et sa juste cause qui n’est certainement pas freudienne.

Le Religionnaire lui offre quant à lui l’un de ses plus beau titres : Lacanien

                    1. Lacanien
                    2. Refouler du Signifiant
                    3. l’Entonnoir Délirant
                    4. Lacanien (Reprise)
                    5. La Pratique Sexuelle de l’Homme Parlant
                    6. Contamination

Paroles :

Lacanien, un présage, un mirage au lointain
Lacanien, ainsi soit l’antimoine tibétain
Lacanien, bienveillant, transférant, magicien
Lacanien, vieux brigand, sacripant, haut les mains

 

Pourquoi mépriser l’astrologie, ne pas vanter la graphologie
Pour dissimuler dans l’inconscient, son ignorance dans le signifiant
Au diable la numérologie, et toute la parapsychologie
Quand on dit savoir la vérité, sans jamais vouloir la regarder
Comment sauver tous ces gens, de l’entonnoir délirant
Tout ce temps tout cet argent, pour n’en faire que des perdants

 

Je ne serai jamais envahi, par ce mépris de l’invisible
Par l’inconscience collective, de la contamination

 

Le reste de l’album est disponible ici : http://www.jamendo.com/fr/album/5087

 

Verdict le 26 janvier prochain.

 

En attendant, vous pouvez toujours visionner le reportage LE MUR : la psychanalyse à l’épreuve de l’autisme sur le site d’Autisme sans Frontières

 

Vous avez dit « hystérique »?

Considérations, Psychanalyse, Troubles de la personnalité

Le champ sémantique de l’hystérie, tout comme celui de la schizophrénie, demeure employé à tort et à travers que ce soit dans la population « générale » où dans les milieux « soignants ». Les fréquents abus d’étiquetage combinés à la connotation extrêmement négative de cette hystérie aboutissent hélas fréquemment à des conduites discriminatoires, notamment sexistes et bien sûr, à des soins de mauvaise qualité.

Depuis l’antiquité, la notion d’hystérie reste associée à la facticité, et par une malheureuse extension, à l’inauthenticité d’une souffrance. Ainsi, il n’est pas rare de constater chez certains soignants la rigidité d’une pensée très dysfonctionnelle : plus une souffrance est exprimée intensément, moins elle est authentique. Contrairement à une nouvelle idée reçue, ce type de pensée se retrouve équitablement répartie sur l’échelle soignante, à savoir aussi bien chez les aides-soignants que chez les médecins ou les psychologues.

Odieux simulateurs?

La véritable simulation reste heureusement rarissime. Il s’agit par ailleurs de l’un des (non) diagnostics les plus difficiles à poser. Une enquête poussée doit souvent s’associer à une observation minutieuse pour permettre ne serait-ce que de l’évoquer. Il est souvent de bon ton de rappeler que la notion d’hystérie et celle de simulation se distinguent l’une de l’autre par le fait que le symptôme soit exprimé consciemment (simulé) ou inconsciemment (hystérisé), mais le problème du « faux » symptôme demeure et notamment le fait que celui-ci soit interprété comme l’expression d’une « fausse » souffrance. Quant à la limite entre ce qui est conscient et ce qui ne l’est pas, entre ce qui est volontaire et ce qui ne l’est pas, celle-ci n’est souvent pas très claire.

Le mal est ailleurs?

Il s’agit de l’hypothèse principale développée au moins depuis l’antiquité. Les manifestations de l’hystérie, aussi variées soit-elles, ont rapidement été reliées à l’utérus (comme le nom l’indique), et expliquées par le fait que cet utérus puisse se déplacer dans le corps pour provoquer un vaste cortège de symptômes. Les rapports sexuels et la maternité constituaient le moyen de remettre et de tenir cet utérus à sa place, donc le traitement de choix.

Du chemin aurait été parcouru depuis cette antiquité, et depuis le moyen-âge durant lequel la plupart de ces femmes étaient envoyées au bucher. Le célèbre Charcot relocalise officiellement l’origine de ces manifestations au cerveau il y a plus d’un siècle et ose même envisager que cette hystérie puisse exister chez l’homme, ceci avant, ou pendant que Freud ne se réapproprie le concept pour fonder sa psychanalyse. Ce dernier postule initialement que de telles manifestations, notamment des crises souvent spectaculaires seraient la conséquence d’un traumatisme infantile à caractère sexuel, une hypothèse qu’il réfute lui-même ultérieurement sas vraiment l’abandonner. Il envisage tout d’abord que ce ou ces traumatismes soient oubliés et doivent être ramenés à la conscience avant de constater un phénomène aujourd’hui bien connu : celui des faux souvenirs induits qu’il qualifie alors de fantasmes. Une fois encore, il peine à renoncer totalement à cette idée d’une origine traumatique, probablement car cela impliquerait alors de remettre profondément en cause la discipline dont il est à l’origine.

Cette idée obsédante d’un traumatisme obligatoire demeure chez de nombreux thérapeutes, et pas seulement les charlatans. Ceci incite de nombreux patients à chercher une cause à leur mal être dans leur histoire personnelle, plutôt qu’un soulagement immédiat possible sans forcément avoir recours à des médicaments. Or l’identification d’une cause, réelle ou non, traumatique ou non, n’entraîne pas forcément le soulagement attendu.

Odieux insatisfaits?

L’hystérie reste également et très largement considérée comme un défi lancé (par l’inconscient d’un patient) à la médecine. Depuis la naissance de cette médecine, l’hystérie est évoquée face à des symptômes dont aucune cause organique n’est retrouvée. L’humanité ayant horreur de l’inexpliqué, celle-ci dévoile une tendance systématique à attribuer des causes à l’inexplicable : l’intolérance au doute prime alors volontiers sur la véracité de cette causalité. Ainsi, l’hystérie est envisagée avec plus ou moins de conviction face à ce genre de manifestations non élucidées : déplacer l’origine d’un problème là où il ne pourra pas être élucidé davantage relève pourtant de la diversion. Or pour beaucoup, cette explication est suffisante, même si elle n’apporte pas davantage de preuves.

Certains de ces postulats se retrouvent dans le principe du diagnostic d’élimination qui veut que : tout diagnostic psychiatrique ne peut être envisagé qu’après avoir éliminé une cause organique. Tout à fait louable sur le papier, cette démarche ne rend pas forcément compte du fait que le diagnostic d’une maladie organique prend parfois du temps, entre quelques minutes et plusieurs années, voire plusieurs décennies, sans parler des progrès de la science et de la médecine. L’effet pervers d’un étiquetage tel que l’hystérie réside dans l’enfermement dans un circuit psychiatrique duquel il est parfois difficile de sortir.

On entend volontiers certains cliniciens affirmer de façon péremptoire que l’hystérie, dans sa toute-puissance, continue à résister à la médecine en s’adaptant aux modes des différentes époques. Ceci pourrait alors expliquer que la présentation symptomatique de ce qu’ils qualifient d’hystérique soit résolument différente de celle de l’époque de Freud. Or il suffit de se pencher sur ces descriptions des grandes hystériques de Freud pour constater qu’il s’agit de troubles neurologiques et psychiatriques aujourd’hui clairement identifiés : épilepsie, syncopes, états confusionnels, attaques de panique, catatonie etc. soit autant de patients qui bénéficieraient aujourd’hui de traitements efficaces et adaptés. Les manifestations qualifiées aujourd’hui d’hystériques pourraient correspondre à d’authentiques maladies organiques non encore identifiées, ou reconnues. La fameuse fibromyalgie, actuellement encore très décriée, illustre bien ce phénomène.

Excellente parade médico-psychologique à l’échec, à l’absence de savoir, l’étiquetage hystérique se retrouve parfois  ainsi employé pour désigner des patients plaintifs et insatisfaits, éternels ou non. L’idée d’une impuissance ou de l’échec étant inenvisageable, il devient préférable de proclamer que la souffrance n’existe pas réellement, que ce genre de patient ne sera jamais soulagé donc satisfait. Comme les hystériques de Freud, ces gens-là ne sont pas nés à la bonne époque tout simplement.

L’hystérie n’existe pas?

D’un point de vue médical, l’hystérie désigne aujourd’hui les traits histrioniques de la personnalité, qu’un clinicien peut évoquer face à un égocentrisme, des attitudes théâtrales et séductrices, une suggestibilité ou un discours superficiel. Ces critères dont la plupart sont regroupés dans le DSM jusqu’à sa quatrième version se révèlent fort peu spécifiques. Il ne s’agit pas de nier l’existence de ce type de personnalité mais de rappeler que ces traits peuvent souvent masquer, ou découler d’authentiques pathologies psychiatriques, à commencer par certains troubles de l’humeur mixtes, à dominance dépressive ou maniaque. De même que l’exaltation (souvent liée à la consommation de certaines substances) ou que certains aspects culturels souvent négligés, l’angoisse peut provoquer de telles manifestations, et ce quelle que soit son origine (attaque de panique dans le cadre d’un trouble anxieux, dysphorie prémenstruelle, hallucinations, confusion etc.). Il est par ailleurs tout à fait possible qu’un patient soit naturellement « bruyant », exubérant, plaintif et dramatisant. Rien ne l’empêche alors de développer d’authentiques maladies psychiatriques. Or, quand ces maladies ne sont pas purement et simplement réfutées au profit de la sacrosainte hystérie, la maladie psychiatrique diagnostiquée s’en trouve souvent colorée : c’est le cas lorsque certains cliniciens proclament fièrement la « psychose hystérique », et sous-entendent plus ou moins directement que les symptômes manifestés (délire, hallucinations etc.), alors teintés par ces traits de personnalité, ne sont pas vraiment authentiques.

Il semble que dans la prochaine version du DSM, le trouble de la personnalité histrionique ait disparu, ce qui me réjouit profondément. Le diagnostic d’hystérie, dans toutes ses significations, qu’il soit porté par un médecin, un psychologue, un psychanalyste ou toute autre soignant, ne sert qu’à consoler, à rassurer, à légitimer l’impuissance et l’échec de celui qui le pose. Pour un patient, ce type de diagnostic est non seulement inutile mais nuisible.