B. Axelrad : Les ravages des faux souvenirs (2010) ♥♥♥♥½

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L’objectif de ce livre est de répondre de façon claire et pédagogique aux patients, aux familles, aux professionnels, aux juristes qui s’interrogent sur les thérapies dites de la mémoire retrouvée (TMR) et sur leurs conséquences destructrices pour tous ceux qui en sont victimes.

Les « ravages des faux souvenirs » ont commencé à sévir dans les années 80 aux États-Unis. Une association de défense des familles et des patients pris dans la tourmente des TMR s’est créée en 1992, à Philadelphie. Fondée par Pamela Freyd, elle a été rejointe par de nombreux chercheurs, professeurs d’universités, journalistes d’investigation. Les recherches et les publications scientifiques, ainsi que les nombreux procès intentés contre leurs thérapeutes et gagnés par des patients appelés « retractors », parce que revenus sur leurs accusations, ont contribué à faire reculer cette véritable « guerre des souvenirs », désignée ainsi à cause de l’âpre controverse entre ceux qui reconnaissaient le « syndrome des faux souvenirs » et ceux qui le niaient.

 

Ce livre ne parle pas des cas d’inceste avérés contre lesquels une lutte déterminée est nécessaire. Véritable « Chandelle dans les ténèbres », ce livre tente d’éclairer les ravages des « faux souvenirs retrouvés en thérapie » vingt à trente ans après que les faits incriminés sont supposés s’être produits, alors même qu’il n’existe aucune corroboration indépendante de leur existence. Les questions réponses sont les petites chandelles qui éclairent et balisent la route vers la compréhension de ce phénomène sociologique. Puisse-t-il aider tous les acteurs concernés par ce fléau, qui, en France, remonte à la fin des années 90 et gagne dans l’ombre de plus en plus de terrain.

 

Ce phénomène des faux souvenirs est encore très mal connu chez nous, y compris au sein des professionnels de santé mentale. Ceci n’empêche évidemment pas ces derniers de faire preuve de bon sens et de scepticisme face à des souvenirs d’abus qui (ré)apparaissent 20 ou 30 ans après les faits, mais les débats auxquels j’ai pu assister se limitaient souvent à considérer ces déclarations comme des fantasmes et/ou comme un moyen d’attirer l’attention.

Vous avez dit « refoulement » ?

Le fait qu’un psychothérapeute puisse induire des faux souvenirs chez son patient par la suggestion, ceci sans forcément s’en rendre compte, peut sembler invraisemblable mais ce phénomène est pourtant bien réel et prouvé par l’expérimentation. En revanche, le concept de refoulement, mécanisme de défense cher à nos amis freudiens, n’a jamais été validé par la recherche expérimentale depuis qu’il a été proposé il y a maintenant plus d’un siècle. Et pourtant, la croyance qu’un souvenir particulièrement douloureux puisse être rejeté hors de la conscience pour ne pas faire mal est encore largement partagée. Pire encore, selon cette théorie, le fameux souvenir serait conservé en parfait état, juste enfoui dans l’attente d’être plus ou moins délicatement réveillé par un bon psychothérapeute. Coïncidence, les professionnels qui y croient le plus semblent être les moins conscients du phénomène de suggestion, et ceux qui le considèrent de la façon la plus négative, refusant l’idée que l’influence et la manipulation puisse aussi s’avérer bénéfiques et constituer un processus essentiel de toute psychothérapie. Bref, ils n’influenceraient pas leurs patients car la manipulation, même thérapeutique et non consciente, c’est le mal.

Freud retourne son divan

Notre cher Sigmund Freud, encore et toujours lui, y est pour beaucoup dans cette méprise puisqu’il en a jeté les bases avec la théorie de la séduction. Convaincu que les problèmes de ses patients hystériques, obsessionnels et paranoïaques découlaient de traumatismes sexuels de l’enfance, il s’est consacré à leur extorquer ces fameux souvenirs « refoulés » jusqu’à finalement conclure, dans un grand élan de lucidité, que les aveux récoltés étaient probablement faux. Incapable de renoncer totalement à une si belle théorie, il se persuada que ces souvenirs refoulés étaient en réalité des « fantasmes » ! D’où sa nouvelle théorie du complexe d’Œdipe qui lui permettait de faire volte face tout en se raccrochant aux branches disponibles. Les souvenirs d’abus seraient alors considérés à priori comme des fabulations par les générations ultérieures de psychanalystes, ce qui n’a pas manqué de révolter certains courants féministes aux Etats-Unis, entre autres.

Les charlatans remplacent le divan

De nombreuses thérapies régressives et cathartiques ont vu le jour dans l’idée de faire ressurgir un passé enfoui et plus ou moins traumatique. Parmi les plus célèbres, il y a le « rebirth » qui consiste à revenir à l’état de nouveau né par des technique de respiration ou de compression (une fille est d’ailleurs morte étouffée sous un matelas), un courant qui incite à remettre des couches culottes, sucer son pouce et reboire au biberon, le « reparenting » qui consiste à trouver un nouveau parent au patient (en l’occurrence le thérapeute), le « cri primal » et ses dérivés qui consiste à trouver le bon cri pour se débarrasser de sa douleur etc. Certaines techniques plus sérieuses peuvent également être utilisées dans le but de retrouver des souvenirs enfouis. C’est notamment le cas de l’hypnose et de l’EMDR qui sont même parfois utilisés pour retrouver des souvenirs de vies antérieures… Il est d’ailleurs possible de viser la régression et le catharsis par l’intermédiaire de nombreux médiateurs : le divan, les linges mouillés, la pâte à modeler, la poterie, la purée de carottes et j’en passe. Il convient par ailleurs de rester extrêmement vigilant face à des activités régressives d’allure occupationnelles présentées d’emblée comme thérapeutiques.

L’évidence est plus ou moins flagrante

Face à des théories et des pratiques aussi farfelues, les chercheurs peinent encore à se faire entendre. Il existe pourtant de nombreux travaux scientifiques sur la mémoire et des données clairement établies :

  • Une victime d’un traumatisme s’en souvient très bien

Elle s’en souvient parfois même trop bien et développe ce qu’on appelle un état de stress post-traumatique qui consiste en des cauchemars, des reviviscences et un état d’hypervigilance. De nombreuses études réalisées sur des milliers de victimes de traumatismes, notamment des enfants abusés, ne retrouvent aucun cas d’amnésie de l’événement traumatique.

  • Les souvenirs se transforment

Ils s’affaiblissent et se déforment au fil du temps, ceci quelle que soit la charge émotionnelle et sensorielle associée. La mémoire ne fonctionne pas comme un diaporama, un disque dur ou un magnétoscope (pour les plus vieux). Un souvenir est reconstitué à partir de plusieurs morceaux éparpillés et plus ou moins combinés avec d’autres éléments qui correspondent à d’autres expériences. Il s’agit d’une opération plutôt complexe, et dynamique…

Ce petit bouquin de Brigitte Axelrad est conçu comme une entrevue avec des questions/réponses, le tout assez fluide, facile à lire et très synthétique. Elle passe en revue les bases théoriques freudiennes, le refoulement, la suggestion, la mémoire, les vrais et faux souvenirs et leurs conséquences, et même le fameux syndrome des personnalités multiples.

Son site est plutôt bien fourni et je conseille vivement de le parcourir, notamment pour y trouver des références. La traduction française d’une revue de A. Piper (What’s wrong in believing in repression?) intéressera ceux qui veulent aller un peu plus loin sur le sujet du refoulement.

I. Drouet & N. Gauvrit – Causes toujours ! (2013) ♥♥♥♥

Livres

Si les causes sont ainsi notre pain quotidien, elles ne vont pourtant pas sans soulever un certain nombre de problèmes conceptuels et pratiques.

Les philosophes essaient depuis maintenant plusieurs siècles de cerner la causalité, mais aucun n’a réussi à formuler une caractérisation qui soit complètement satisfaisante.
C’est qu’aucune de nos intuitions relatives à la causalité n’est infaillible et ne permet de formuler une définition valant sans exception.
Dans ces conditions, nous appuyer sur ces intuitions pour identifier les causes nous conduit parfois à nous tromper.
Il arrive que des causes réelles restent cachées, se manifestant si peu que nous ne pouvons les détecter.
Plus souvent, nos erreurs proviennent de ce que nous croyons voir des causes là où il y a, en fait, des coïncidences seulement fortuites ou des relations plus complexes que nous ne saisissons pas.
Enfin, dans le cas où il y a bien une cause qui explique ce que nous observons, il n’est pas rare que nous attribuions à ces phénomènes une autre cause, d’une façon qui, pour être plus intuitive, n’en est pas moins fausse.

C’est ce que nous découvrirons dans ce livre à partir de nombreux exemples de telles erreurs parfois inquiétantes, parfois amusantes.

Tout bon ou mauvais psy qui se respecte, qu’il soit chiatre, chologue, chothérapeute, chanalyste, se retrouve régulièrement lancé « à la recherche de la cause ». Cette quête parfois passionnante, parfois plus rébarbative, ne doit faire oublier que si elle semble nécessaire, elle n’est pas pour autant suffisante et qu’elle reste surtout soumise à des phénomènes qui dépassent aussi bien le psy que son patient.

Ce véritable besoin de causalité qui s’exprime chez l’Homme depuis la nuit des temps (et pas forcément lié à une sorte de frénésie actuelle dénoncée ici ou là) le conduit souvent à se laisser piéger par ses intuitions. Ce bouquin, petit mais brillant, nous le rappelle judicieusement, sans détours indigestes ni méthode miracle, ce qui n’empêchera personne de gagner en lucidité.

Entre les causes que l’on ne voit pas, celles que l’on voit mais qui n’en sont pas forcément, celles qui en sont mais qui peuvent en masquer d’autres, il devient parfois difficile de s’y retrouver. La moins mauvaise manière de se rapprocher de la vérité reste encore de bien connaître ce qui peut nous en écarter, à commencer par nos croyances et notamment l’illusion de contrôle, une tendance à surestimer notre maitrise de l’environnement, parfois au point de sombrer dans des prédictions excessives. Un psy (non déprimé) aura ainsi tendance à s’attribuer davantage les réussites de son patient que les échecs de ce dernier. Si un patient se sent mieux à l’hôpital, les soignants l’expliqueront davantage par les bon soins qui y sont prodigués que par ce qui pouvait lui nuire à l’extérieur (tendance à privilégier le fait par rapport au non fait). Si un patient va mieux depuis qu’il consulte un psy, cette amélioration n’est peut-être pas liée à l’intervention (corrélation n’est pas causalité). En effet, toutes les souffrances ne durent pas, certaines régressent naturellement de même que certaines maladies évoluent spontanément vers la guérison. Ce phénomène de régression vers la moyenne peut cependant être accéléré par une psychothérapie ou par un médicament. On pourrait s’attendre à ce que la détérioration de l’état d’un patient consécutive à l’intervention d’un psy conduise ce dernier à une remise en question de sa démarche mais ce n’est hélas pas systématique puisque souvent contraire à ses croyances. Il ira chercher des causes ailleurs, parfois même réelles (une cause peut en masquer une autre), sans examiner la possibilité que son attitude, ses conseils ou ses prescriptions médicamenteuses puissent également être à l’origine de cette dégradation. Certaines situations incitent même à inverser les causes et les effets, et notamment à croire que des dysfonctionnements parentaux seraient à l’origine d’une maladie mentale chez un enfant, alors que l’inverse est en général bien plus probable.

Si certaines questions ne trouvent pas à ce jour de réponses plus précises que le modèle stress-diathèse, nous disposons de quelques outils pour limiter nos erreurs d’attribution et pour tester certaines de nos hypothèses, notamment lorsqu’il s’agit de cerner les causes du maintien d’une souffrance ou d’un dysfonctionnement chez un patient.

Le livre est disponible ici

Causes toujours !

Les distorsions cognitives

TCC

Certaines pensées automatiques peuvent révéler des défaillances dans le traitement de l’information. Ces distorsions cognitives sont fréquemment associées à la dépression, à l’anxiété ainsi qu’à la plupart des troubles mentaux. Voici les dix plus courantes :

La pensée dichotomique : tout ou rien

Lorsque le raisonnement est privé de nuances, tout ce qui n’est pas une victoire devient une défaite, tout ce qui n’est pas sans risque devient dangereux, etc. Ce type de pensée se retrouve logiquement associé au perfectionnisme, aux sentiments dépressifs d’incapacité, de culpabilité, d’autodévalorisation mais également à certains traits de personnalités pathologiques.

« Si vous n’êtes pas avec moi, vous êtes contre moi »

« J’ai fait un écart, ça ne vaut plus la peine de continuer le régime »

« L’employeur ne m’a pas recruté, je ne suis pas fait pour ce boulot »

L’abstraction sélective : filtrage mental

D’un événement ou d’une expérience ne seront retenus que les détails les plus déplaisants. Ceux-ci viennent souvent confirmer une croyance négative préalable. Cette opération conduit la plupart du temps à une fixation et à des ruminations anxieuses, dépressives, obsédantes en rapport avec ces fameux détails.

« J’ai gâché mon RDV avec lui car en l’embrassant, je lui ai marché sur le pied »

« Mon exposé est raté, j’ai vu quelqu’un rire dans le public »

« Ce médecin a consulté le Vidal pendant la consultation, il n’est pas compétent »

La disqualification du positif : pas pour moi

Plus que d’un à priori négatif, il s’agit d’un rejet systématique du caractère positif d’un événement et de sa transformation neutre ou négative. Un événement négatif sera en revanche bien mérité. Ce genre de raisonnement constitue un puissant renforçateur de la dépression tant il a tendance à priver des conséquences positives de l’action.

« Oui j’ai eu mon diplôme cette année, mais c’est un coup de chance »

« Elle m’a fait un compliment sur ma cuisine, mais c’est parce qu’elle a pitié de moi »

« Le patron m’a offert une promotion mais c’est parce qu’il n’avait personne d’autre à qui la donner »

La surgénéralisation : toujours et partout

L’extrapolation peut devenir outrancière, notamment lorsqu’un ou quelques évènements négatifs suffisent à résumer l’ensemble des expériences et/ou des performances d’un individu. Cette surgénéralisation peut aussi bien concerner le passé, le présent ou l’avenir (verticale ou chronologique) qu’elle peut s’étendre à d’autres domaines plus ou moins en rapport avec l’événement.

« J’ai été licencié, j’ai toujours été incapable de garder un boulot »

« Aucune fille ne m’a invité à danser hier, et de toute façon personne ne s’intéresse à moi »

« Je suis encore tombé sur un homme marié, c’est sûr, je resterai seule toute ma vie »

L’étiquetage : jugement définitif

Coller sur soi ou les autres des étiquettes négatives procure volontiers des émotions toutes aussi négatives et contrarie parallèlement toute idée d’évolution positive. Cataloguer renforce notamment le sentiment d’incapacité et le désespoir caractéristiques de la dépression.

« J’ai oublié mon RDV, je ne suis pas quelqu’un de fiable »

« Il m’a doublé par la droite, c’est un chauffard! »

« Je me suis énervé contre lui, je ne sais pas garder mon sang froid »

L’inférence arbitraire : boule de cristal

Lorsque ce qui devrait rester une intuition devient une conviction, la conclusion se tire souvent trop hâtivement et sans preuve. Lire dans la pensée d’autrui ou prédire l’avenir restent deux pratiques divinatoires fréquemment associées à la souffrance émotionnelle et à la renonciation anxieuse ou dépressive.

« Ça ne sert à rien de lui demander une augmentation car si je la méritais, il me l’aurait donnée »

« Je ne serai jamais suffisamment solide pour pouvoir me passer des médicaments »

« Si elle ne m’a pas rappelé, c’est qu’elle n’a pas envie de me voir ».

La pensée catastrophique : pire du pire

Des scénarios désastreux peuvent se construire sur la base d’un simple incident sans gravité, et conduire à « s’en faire une montagne ». Assimiler ce qui devrait rester des pensées à des faits, toujours sans preuve, favorise l’escalade d’émotions négatives associées à ces prédictions funestes.

« Ma fille n’est toujours pas rentrée, elle a du se faire kidnapper, violer, assassiner… »

« J’ai laissé ma braguette ouverte toute la matinée, ils doivent tous se moquer de moi, ma réputation est fichue, je n’ai plus qu’à changer de boulot, à déménager, loin… »

« Ma femme rigole en lisant le SMS d’un collègue, elle me trompe, elle ne m’aime plus, nous allons devoir divorcer et je me retrouverai seul, personne ne voudra d’un cocu comme moi… »

Le raisonnement émotif : preuve par le sentiment

Lorsque l’importance accordée à une émotion devient excessive, celle-ci peut être assimilée à une véritable preuve, voire à un fait et aboutir à un jugement erroné. Les émotions fortes contrarient ainsi la prise en compte d’éléments contradictoires et donc l’analyse rationnelle d’une situation.

« S’il a réussi à m’énerver à ce point, c’est qu’il cherche les problèmes »

« Le patron m’a convoqué dans son bureau, je ne suis pas tranquille, il a certainement quelque chose à me reprocher »

« J’étais mal à l’aise au diner, je suis sûr qu’ils m’ont trouvé ridicule ».

La personnalisation : auto-flagellation

L’interprétation d’un événement peut conduire à surestimer sa responsabilité voire à la créer de toutes pièces, ceci favorisant logiquement l’émergence d’un sentiment de culpabilité. Ce phénomène se répète et s’intensifie au cours de la dépression jusqu’à parfois se sentir la cause de tous les malheurs du Monde.

« Mon fils a encore raté ses examens, je n’ai jamais réussi à lui donner le gout des études »

« Ma femme semble contrariée, j’ai forcément dit quelque chose de mal »

« Mon père fait une dépression, c’est de ma faute, je n’ai pas été à la hauteur de ses attentes »

Les fausses obligations : musturbation

Les règles fixées de façon arbitraire, les exigences rigides de soi-même ou des autres favorisent volontiers l’émergence de sentiments douloureux tels que la déception, la frustration, la culpabilité ou la colère. Les « je souhaiterais », « j’aurais préféré » laissent la place aux « je dois », « il faut ».

« Il faut toujours aider ses amis, je ne peux donc pas refuser de lui prêter de l’argent »

« Il est indispensable d’être apprécié de ses voisins, je ne dois donc pas leur faire de reproches quand ils font du bruit »

« Après tout ce que j’ai fait pour elle, comment ose-t-elle refuser de me confier sa voiture? »

KOllectif 7 janvier : pour une psychiatrie et une psychologie basées sur des preuves scientifiques

Prise en charge

S’il semble aujourd’hui légitime de baser la médecine sur des preuves, la psychiatrie française, du fait de son imprégnation psychanalytique persistante, bénéficie d’une sorte de dispense partielle dont les prétextes demeurent pour la plupart des idées reçues. Il s’agit pourtant d’une spécialité médicale qui doit non seulement pouvoir bénéficier des dernières avancées de la science mais également se soumettre aux règles de déontologie qui s’appliquent au reste de la médecine, avec comme préoccupation première la qualité des soins délivrés aux patients. Ce KOllectif 7 janvier aspire donc à une psychiatrie française basée sur les preuves scientifiques plutôt que sur des croyances. Je vous laisse découvrir son manifeste (également sur Facebook) :

KOllectif du 7 janvier

« Pour une psychiatrie et une psychologie basées sur des preuves scientifiques »

L’autisme a été déclaré « grande cause nationale » pour 2012.  Partout dans le monde, ce handicap est pris en charge par des méthodes éducatives qui ont fait leurs preuves, à la fois sur un plan scientifique et dans la vie des enfants qui en sont atteints, que ce soit en Europe du Nord, en Grande Bretagne, aux  États-Unis, en Australie, au Japon (et dans la plupart des pays d’Asie) en Espagne, au Canada, en Belgique.

Partout… Sauf en France où les familles se heurtent à la résistance de pédopsychiatres et d’autres professionnels d’obédience psychanalytique qui récusent ces méthodes d’inspiration cognitivo-comportementale.

Un récent documentaire, Le Mur, réalisé par Sophie Robert avec l’association Autistes Sans Frontières a dénoncé cette situation unique au monde en interviewant des psychanalystes reconnus sur leur approche de l’autisme. Cette démarche lui a valu d’être attaquée par trois des psychanalystes qui estimaient avoir été piégés. Elle a été condamnée à leur verser 34 000 euros pour « atteinte à l’image et la réputation », et à retirer les interviews concernées. Elle a depuis fait appel de ce jugement.

Ce procès a soulevé un vent de révolte du côté des parents et de nombreux psys qui réprouvent cette forme de censure et déplorent qu’aucune discussion ne soit possible. La presse a relayé cette atteinte à la liberté d’expression. Au fil des jours, un comité de soutien puis un groupe de dialogue se sont constitués, rassemblant des psychiatres, des psychologues, des parents, des patients, des scientifiques, des professeurs de collège, de lycée, d’université et une femme politique.

Ils partagent :

Une indignation certaine devant la prédominance de l’approche psychanalytique au sein de la psychiatrie et de la psychologie françaises
L’aspiration à une psychiatrie moderne, ouverte sur le monde, appuyée sur des recherches scientifiquement validées, qui concernerait aussi bien les personnes avec autisme que tous les autres patients.

Cette psychiatrie se reconnaîtrait dans les énoncés suivants :

1. La psychiatrie est une discipline médicale

Pour être humaniste, elle doit obéir aux mêmes exigences que l’ensemble des disciplines médicales :

– Être capable de nouer une alliance thérapeutique entre le patient, et éventuellement sa famille et les soignants

– Son enseignement et sa pratique doivent être fondés sur des preuves, avec réactualisation continue des connaissances.

–  Elle doit respecter la déontologie médicale, avec au premier chef le souci de la qualité du service rendu au patient

– Elle doit mettre en jeu l’ensemble des moyens pertinents et une information loyale et contradictoire du patient et le cas échéant de ses représentants légaux sur les troubles et sur les prises en charge.

2. Les psychothérapies sont les pratiques du soin psychologique

– Elles doivent s’appuyer sur des modèles psychologiques compatibles avec l’état des connaissances sur les troubles qu’elles entendent soigner.

– Au même titre que les autres modalités de soins, leurs effets doivent être évaluées en terme de service rendu : bénéfice / risque / coût.

– Elles doivent non seulement atténuer la souffrance qui s’exprime dans les symptômes, mais aussi améliorer la qualité de vie.

– Elles doivent faire appel à des professionnels spécialement formés, et à même de mettre à jour leur pratique avec l’évolution des connaissances.

– La formation initiale et continue des psychothérapeutes comme celle de tous les soignants doit être obligatoire : ce qui implique un dispositif de contrôle de sa qualité et de son suivi par les intéressés, tout comme à l’étranger.

3. Les personnes en situation de handicap psychique ont droit à la promotion de leur développement et de leur qualité de vie,

intégrant leur insertion sociale, familiale, scolaire et professionnelle selon les situations. Le soin n’est qu’un aspect de la réponse à la détresse. Le monde de l’enseignement et celui du travail sont aussi impliqués dans la promotion du bien-être et de la qualité de vie de chacun.

4. Les données concernant l’autisme infantile sont maintenant parfaitement claires

Les enfants autistes  ont besoin de soins efficaces fondés sur des preuves qui leur permettent une scolarisation en milieu habituel. L’élément qui choque le plus les étrangers réside en ce que 80% des autistes ne soient pas scolarisés en France et que nombre de familles doivent emmener leurs enfants en Belgique pour avoir enfin des soins conformes à l’état des connaissances scientifiques.

Or il existe 27 études, trois méta-analyses et des recommandations publiées par des agences officielles : françaises, américaines, anglaises et espagnoles qui affirment que les seules méthodes ayant prouvé leur capacité à atteindre cet objectif dans environ 50% des cas sont des méthodes comportementales et cognitives. Aucune autre méthode n’a jusqu’à présent fait preuve de son efficacité (cf. références).

Bien entendu, cet état des lieux est provisoire et devra être révisé en fonction du progrès des connaissances scientifiques. Pour cela, plus de recherches sont nécessaires, sans exclusivité théorique,  à la fois sur les facteurs biologiques et psychosociaux sous-jacents aux troubles, et sur l’amélioration et l’évaluation des approches psychothérapiques et éducatives.

Signataires initiaux :

Mme Brigitte Axelrad – Professeur honoraire de philosophie et de psychosociologie.

Dr. Jean Brissonnet – Physicien. Auteur et conférencier sur le thème des médecines non-conventionnelles.

Dr. Jean Cottraux – Psychiatre Honoraire des Hôpitaux, ancien chargé de cours à l’Université. Lyon 1, HDR.

Pr. Esteve Freixa i Baqué – Professeur d’Épistémologie et Sciences du Comportement.

Dr. Nicolas Gauvrit – Maître de conf. en Mathématiques (Univ. d’Artois et Paris VII), Docteur en sciences cognitives.

Dr. Nouchine Hadjikhani – Médecin-chercheur en neurosciences.

M. Yann Kindo, – Professeur d’histoire-géographie, militant rationaliste.

Dr. Guillaume de Lamérie – Psychiatre, psychothérapeute, praticien hospitalier.

Mme Alexandra Meert – Psychologue, psychothérapeute comportementaliste.

M. Gérard Mercuriali – Parent d’enfant TED, professeur d’EPS.

Mme Magali Pignard – Parent d’enfant TED, Agrégée de physique.

Dr. René Pommier – Maître de conférences honoraire docteur d’Etat  (littérature française Paris IV) et écrivain.

M. Jérôme Quirant – Maître de conférences , Université Montpellier II.

M. Jean-Louis Racca – Professeur de mathématiques, militant rationaliste.

Dr. Franck Ramus – Directeur de recherches au CNRS, docteur en sciences cognitives.

Mme Isabelle Resplendino – Secrétaire Nationale-Adjointe du Collectif des Démocrates Handicapés.

Mme Sophie Robert – Scénariste, réalisatrice et productrice.

Dr. Igor Thiriez – Psychiatre, psychothérapeute, praticien hospitalier

Mme Chantal Tréhin – Neuropsychologue, Parent d’enfant TED, formatrice.

Dr. Laurent Vercueil – Médecin neurologue hospitalier, doc. en neurosciences, INSERM U836.

Dr. Dominique Yvon – Parent d’enfants TED, Physicien-chercheur.


Références

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23. Sheinkopf, S. J., & Siegel, B. (1998). Home-based behavioral treatment of young children with autism. J Autism Dev Disord, 28(1), 15-23.

24. Smith, T., Buch, G. A., & Gamby, T. E. (2000). Parent-directed, intensive early intervention for children with pervasive developmental disorder. Res Dev Disabil, 21(4), 297-309.

25. Smith, T., Eikeseth, S., Klevstrand, M., & Lovaas, O. I. (1997). Intensive behavioral treatment for preschoolers with severe mental retardation and pervasive developmental disorder. Am J Ment Retard, 102(3), 238-249.

26. Smith, T., Groen, A. D., & Wynn, J. W. (2000). Randomized trial of intensive early intervention for children with pervasive developmental disorder. Am J Ment Retard, 105(4), 269-285.

27. Weiss, M. J. (1999). Differential rates of skill acquisition and outcomes of early intensive behavioral intervention for autism. , 14, 3-22.

Meta analyses

1. Spreckley M, Boyd R  (2009). Efficacy of Applied Behavioral Intervention in Preschool Children with Autism for Improving Cognitive, Language, and Adaptive Behavior: A Systematic Review and Meta-analysis, J Pediatr, 154:338-44.

2. Ortega JVR (2010). Applied behavior analytic intervention for autism in early childhood: Meta-analysis, meta-regression and dose–response meta-analysis of multiple outcomes, Clinical Psychology Review 30, 387–399.

3. Diggle TTJ, McConachie HHR. Parent-mediated early intervention for young children with autism spectrum disorder. Cochrane Database of Systematic Reviews 2002, Issue 2. Art. No.: CD003496. DOI: 10.1002/14651858.CD003496.

Revues et recommandations

1. Ludwig S, Harstall C. Intensive Intervention Programs for Children with Autism. HTA-8: Series B Health technology assessment, Alberta Heritage Foundation for Medical Research, February 2001.

2. INSERM. Psychothérapie : trois approches évaluées, expertise collective (O. Canceil, J. Cottraux, B. Falissard, M. Flament, J. Miermont, J. Swendsen, M. Teherani, J.M. Thurin), INSERM, 2004 ; synthèse en ligne : www.inserm.fr/content/download/1420/13020/file/psychotherapie_synthese

3. Fuentes-Biggi J., dir.- Guida de buena pratica para el tratamiento de los trastornos del espectro autista, in :Revista de Neurologia, 2006, n° 7, vol. 43, pp.425-438 / traduction de Ka rina Alt : Guide de bonnes pratiques dans le traitement des Troubles du Spectre Autistique. Recommandations du Groupe d’Etudes sur les Troubles du Spectre Autistique de l’Institut de Santé Carlos III, 30 pages. http://satellite.satedi.org/IMG/pdf/GUIDE_traitement_des_TSA_Institut_Carlos_III.pdf

4. Myers SM and Plauché Johnson C. Management of Children With Autism Spectrum Disorders, Pediatrics 2007;120;1162; originally published online October 29, 2007. DOI: 10.1542/peds.2007-2362.

5. National Health Service (NHS). Scottish Intercollegiate Guidelines Network (SIGN) : Assessment, diagnosis and clinical interventions for children and young people with autism spectrum disorders. A national clinical guideline, July 2007.

6. National Autism Center (NAC) : Findings and conclusion. Addressing the need for evidence based practice guidelines for autism spectrum disorders. 2009 National Autism Center 41 Pacella Park Drive Randolph, Massachusetts 02368.

Le Religionnaire soutient Sophie Robert

Affaire Le MUR, Autisme, Musique, Psychanalyse

Ces trois lacaniens savent bien que « les écrits restent », d’où l’incroyable hermétisme de leurs publications, mais n’ont ils pas un instant oublié que les paroles ne s’envolent pas toujours ? Ces trois plaignants se sont effectivement fait piéger, et le regrettent amèrement. Or piéger n’est pas forcément tricher. Ces fameuses phrases, qu’elles soient ou non dans le désordre, qu’elles soient ou non précédées de questions rajoutées à posteriori, n’en restent pas moins très révélatrices du mode de pensée lacanien, des croyances qui apparaissent enfin délestées de leur masque d’impénétrabilité. Je ne m’étendrai pas davantage sur le sujet si ce n’est pour renouveler mon soutien à Sophie Robert et sa juste cause qui n’est certainement pas freudienne.

Le Religionnaire lui offre quant à lui l’un de ses plus beau titres : Lacanien

                    1. Lacanien
                    2. Refouler du Signifiant
                    3. l’Entonnoir Délirant
                    4. Lacanien (Reprise)
                    5. La Pratique Sexuelle de l’Homme Parlant
                    6. Contamination

Paroles :

Lacanien, un présage, un mirage au lointain
Lacanien, ainsi soit l’antimoine tibétain
Lacanien, bienveillant, transférant, magicien
Lacanien, vieux brigand, sacripant, haut les mains

 

Pourquoi mépriser l’astrologie, ne pas vanter la graphologie
Pour dissimuler dans l’inconscient, son ignorance dans le signifiant
Au diable la numérologie, et toute la parapsychologie
Quand on dit savoir la vérité, sans jamais vouloir la regarder
Comment sauver tous ces gens, de l’entonnoir délirant
Tout ce temps tout cet argent, pour n’en faire que des perdants

 

Je ne serai jamais envahi, par ce mépris de l’invisible
Par l’inconscience collective, de la contamination

 

Le reste de l’album est disponible ici : http://www.jamendo.com/fr/album/5087

 

Verdict le 26 janvier prochain.

 

En attendant, vous pouvez toujours visionner le reportage LE MUR : la psychanalyse à l’épreuve de l’autisme sur le site d’Autisme sans Frontières