Souffrance et déni de psychanalys(t)e

Autisme, Considérations, Psychanalyse

Un éminent confrère et Professeur s’est récemment exprimé au sujet de la souffrance des enfants autistes qui lui semble « niée et déniée au fil des polémiques haineuses et ravageuses qui ont eu lieu ces dernières années, et qui ont amené la disqualification que l’on sait du soin psychique, de la psychanalyse et des psychothérapies dans le champ de l’autisme infantile ».

Cette énième posture victimaire (pauvres de nous) et démagogique (pauvres enfants), révélatrice de cet incroyable égocentrisme psychanalytique, semble surtout révéler la souffrance de celui qui ne sait plus aborder celle des autres sans avoir préalablement mis en avant la sienne. Les coupables sont logiquement désignés sans avoir vérifié le postulat de départ : ce sont bien évidemment les parents « qui n’aiment guère qu’on le leur rappelle tant ils souffrent eux-mêmes de la souffrance de leur enfant » et bien sûr ces fameuses « polémiques haineuses et ravageuses », à savoir les critiques de la psychanalyse. Nous assistons donc à la nouvelle éclosion d’un délire désormais bien connu, au sein duquel des persécuteurs instrumentalisent des parents fragilisés dans le but de nuire à la psychanalyse.

Déni de souffrance? Où es-tu? D’où viens-tu?

Cela fait maintenant quelques années que je côtoie plus ou moins directement des parents d’enfants autistes, à travers des échanges, des lectures de témoignages ou dans le cadre professionnel. Je n’ai encore jamais vu un parent refuser d’admettre la souffrance de son enfant autiste, ni même la sienne sous prétexte qu’elle serait moindre ou non prioritaire. Il s’agit évidemment de mon point de vue, celui d’un psychiatre, psychothérapeute et non psychanalyste, celui d’un critique catalogué plus haut comme haineux et ravageur mais qui, curieusement, n’a lui non plus jamais nié ou dénié cette fameuse souffrance. Ce déni ne pourrait il donc pas provenir des fantasmes de ceux-là mêmes qui le dénoncent, des interprétations sauvages effectuées sur la base d’un refus de diagnostic, de prise en charge ou à partir d’une simple réticence parentale?

Déni de souffrance? Où vas-tu? Que veux-tu?

La souffrance doit conduire au soin, le soin doit conduire à la psychanalyse (plus ou moins cachée derrière la psychiatrie et la psychothérapie) : cette croyance a été bien enracinée dans le pays par la communauté psychanalytique. Dans ce contexte, il n’est pas aberrant d’imaginer que refuser la psychanalyse implique de refuser les soins, de refuser la souffrance. Il s’agit d’une croyance que j’estime au moins partiellement responsable de la situation catastrophique en France, ce fameux retard de 40 ans. Le soin ne peut et ne doit pas être la réponse à toutes les souffrances. Le soin ne peut et ne doit pas être qu’un synonyme ou un dérivé de psychanalyse. Il est essentiel de dissocier la psychanalyse de ce qu’elle prétend être seulement quand ça l’arrange : une psychothérapie ou une médecine.

Mais pourquoi les parents refuseraient-ils de confier leur souffrance et celle de leur enfant autiste à la psychanalyse?

Cet article en est la parfaite réponse tant il illustre ce qu’un psychanalyste peut faire et ne peut pas faire de cette souffrance.

  • Ce qu’il peut faire dans un premier temps, c’est la romancer avec une imagination sans limites et un jargon qui ne l’est pas moins. Des « angoisses de chutes sans fond, angoisses de chute sans fin, angoisses de vidange, angoisses de liquéfaction, agonies primitives, angoisses catastrophiques ou encore des angoisses de perte d’objet sur le plan des relations qui se jouent en atmosphère triadique ou triangulée » (sans désigner directement les organes sexuels et les parents, c’est toujours mieux), mais aussi des « angoisses d’arrachage ou de dé-fusion sur le plan des liens primitifs qui se jouent en atmosphère dyadique, et des angoisses dites archaïques sur le plan des enveloppes qui se jouent en atmosphère principalement monadique » (l’angoisse est partout, dans toutes les situations).
  • Ce qu’il peut faire dans un deuxième temps, c’est bricoler une explication et surtout la verrouiller par l’irréfutabilité. Les autistes échoueraient donc à creuser un écart intersubjectif, ou pas : « Certains enfants autistes échouent à creuser l’écart intersubjectif et, pour eux, l’objet demeure, en quelque sorte, une question sans objet (autisme typique), tandis que d’autres, ou les mêmes après un certain temps d’évolution, sont capables de prendre en compte cet écart intersubjectif […] ». Si l’autiste ne l’est pas, ou ne l’est plus, il l’est quand même, mais sous une forme atypique.
  • Ce qu’il peut faire dans un troisième temps (du rebours intuitivo-interprétatif), c’est poursuivre l’édification de son mythe des profondeurs, remonter la seule et unique trajectoire qui soit compatible avec ses croyances de psychanalyste : celle qui mène à l’origine, à la source, à la coupable que nous connaissons tous. Ce grand professeur fait partie de ceux qui ont osé proclamer qu’il en était fini du temps où les psychanalystes culpabilisaient les mères, mais que resterait-il de la psychanalyse sans les mères toxiques, insuffisamment bonnes, phalliquement lourdes, mal censurées en tant qu’amantes de leur enfant ou pour qui quelque chose fait faillite au niveau de l’amour? Pour la cuvée 2014, la mère d’un enfant autiste sera donc qualifiée d’insuffisamment « synchronisante » et l’autiste restera considéré comme un être humain qui n’est pas né « psychiquement ».
  • Ce qu’il ne peut pas faire, c’est avant tout, et comme les lignes précédentes l’illustrent, faire évoluer ses idées et donc ses pratiques en fonction des progrès des autres, qu’il s’agisse des progrès de la science, des autres « courants » mais aussi de ceux des parents et des autistes eux-mêmes. Il existe certes plusieurs « écoles », plusieurs « vagues » de psychanalyse mais celles-ci ne diffèrent que par ce qu’elles ont à perdre, et donc par leurs méthodes de communication. Le brouhaha global qui s’en échappe mêle donc logiquement des propos ouvertement méprisants et d’autres plus rassurants : le double langage à l’échelle de la communauté psychanalytique. Mais il suffit de gratter très légèrement la croute de la frange la plus conciliante (incarnée par ce cher Professeur) pour constater que dans le fond, tous restent soudés à leurs convictions les plus délirantes.
  • Ce qu’il ne peut pas faire, c’est sortir d’un attentisme thérapeutique. La croyance dominante et terriblement ancrée demeure celle que quelque chose doit se débloquer, mais qu’il ne peut y contribuer de façon active (d’où la fameuse attente de « l’émergence du désir »). Il s’agit d’un mode de pensée typiquement superstitieux au sein duquel toute intervention trop directe du psychanalyste rendrait des progrès moins réels, moins valables, moins durables. Les bénéfices secondaires et hautement renforçateurs de cette croyance sont évidents : la psychanalyste ne peut pas se considérer responsable d’une absence de progrès à partir du moment ou ce fameux « déclic » ne doit pas venir de lui.
  • Ce qu’il ne peut toujours pas faire, c’est partager l’offre de soins avec d’autres modes de pensée ou d’autres approches qui ne valideraient pas ses principales croyances. La préservation de celles-ci reste la priorité absolue, un phénomène illustré d’un coté par les innombrables scissions effectuées dans l’histoire de la psychanalyse et de l’autre par ces approches « pluridisciplinaires » ou « intégratives », mais toujours très sélectives…

Que conclure et qui culpabiliser?

Je vous livre donc la conclusion de l’éminent Professeur concernant ce déni de souffrance :

C’est ce que j’ai voulu montrer ici pour dire que le déni de leur souffrance a, bien entendu, valeur de défense et de protection des adultes qui les côtoient, mais qu’il se retourne en dernier ressort contre les enfants et leur reconnaissance en tant que sujets en devenir.

Puis vous offre la mienne, qui diffère en un point :

C’est ce que j’ai voulu montrer ici pour dire que le déni de leur souffrance a, bien entendu, valeur de défense et de protection des adultes qui les côtoient, mais qu’il se retourne en dernier ressort contre les psychanalystes et leur reconnaissance en tant que sujets en devenir.

Mais finalement qui est donc dans le déni?

Psychanalyse, spiritisme et charlatanisme

Considérations, Internet, Psychanalyse

Chez les psychanalystes, il y a des modérés, des extrémistes et des illuminés. Les frontières entre ces trois catégories sont parfois si poreuses qu’il devient souvent difficile d’extraire le bon grain du charlatan, y compris chez les médecins et psychologues dont l’étiquette « psychanalyste » se révèle encore rassurante et protectrice auprès du grand public, des professionnels et des instances ordinales (les psychologues n’ont toujours pas d’instance ordinale?). Les œuvres fondatrices de la psychanalyse, à l’instar de la plupart des textes sacrés, ne sont d’aucune utilité à ce niveau puisqu’il est possible de leur faire dire absolument tout et son contraire (c’est bien là le problème). Ni l’association Psychothérapie Vigilance, ni même la Miviludes ne prennent véritablement position par rapport à cette discipline mais les conseils de la seconde sont certainement à recommander.

J’ai décidé de vous soumettre trois sites internet, récoltés durant mes errances plus ou moins récentes sur la toile, et qui ne sauraient se passer de commentaires.

La psychanalyse transgénérationnelle : une affaire de fantômes et de télépathie

L’inconscient freudien avait déjà bon dos, mais face à cette excroissance, le bossu de Notre-Dame n’a qu’à bien se tenir. Quand ce n’est pas la faute des parents, et notamment de la mère, c’est la faute des ancêtres ou plutôt de leur fantôme transgénérationnel. Le traumatisme n’aurait donc finalement pas eu lieu durant l’enfance, mais bien avant, parfois il y a bien longtemps, peut-être aussi dans une galaxie lointaine qui sait?

Voici ce qu’en présente l’auteur du site (psychologue et psychanalyste) :

La psychanalyse transgénérationnelle appelle « un fantôme », une structure psychique et émotionnelle parasite, issue de l’un ou de plusieurs de ses ancêtres, portée et agie inconsciemment par un descendant. […] Ces « fantômes » se signalent principalement par la répétition de symptômes, de comportements aberrants, de schémas relationnels stériles provoquant pour certains des difficultés de vie de toutes sortes et des affections psychiques assez graves. […] Le fantôme transgénérationnel est donc une structure psychique émotionnelle résultant d’un traumatisme. Il semble qu’elle soit « expulsée» par l’ancêtre qui n’a pas pu la métaboliser, la dépasser, la transcender. Certains auteurs parlent de « patate chaude », je préfère évoquer l’image d’une « grenade dégoupillée» : elle peut être transmise de génération en génération sans faire de dégâts visibles jusqu’à ce qu’elle éclate sous la forme de phénomènes pathologiques incompréhensibles. […] Par l’étude de l’arbre généalogique, mis à plat de façon exhaustive, les noms, prénoms, dates de naissance, de mariage, de mort et de traumatismes des aïeux sont autant de traces de ces  tremblements de terre originaux capables de provoquer, bien longtemps après, de véritables «tsunamis » familiaux. Le repérage de la répétition de ces signifiants tout au long d’une chaîne généalogique peut permettre de remonter, à partir d’un symptôme d’aujourd’hui jusqu’à sa source d’hier, parfois à cinq, six, voire sept générations antérieures. Ce n’est souvent qu’au prix de ce travail de recherche qu’un descendant peut enfin métaboliser cette émotion résiduelle qui le parasite et qui n’appartient pas à son vécu.

La télépathie occupe évidemment une place centrale dans la transmission de ces symptômes de génération en génération. L’auteur du site ne manque pas de rappeler que les plus grands psychanalystes croyaient en cette télépathie, notamment Freud, quelques-uns de ses disciples et bien sûr Dolto. La découverte des neurones miroirs vient évidemment appuyer son argumentaire.

Si les fantômes et autres télépathes peuvent être à l’origine de troubles graves, il n’y a aucune raison pour que la psychanalyse transgénérationnelle se cantonne à la bobologie neuropsychique. L’auteur nous expose d’ailleurs quelques séances de la prise en charge d’une enfant autiste, et n’hésite pas à conclure :

J’espère que ce témoignage pourra contribuer à montrer qu’il y a un avenir pour l’autisme dans le travail psychanalytique, à condition que ce travail prenne en compte les avancées de la psychanalyse transgénérationnelle. Je ne crois pas que la psychose, les troubles obsessionnels graves ou l’autisme soient en général le résultat d’une enfance qui s’est mal passée : sinon il y en aurait beaucoup plus et il faut avoir rencontré des « résilients » pour comprendre qu’on peut relativement bien s’en sortir avec des conditions précoces très difficiles. Les autistes sont à mon sens porteurs des traumas de leurs parents ou de leurs ancêtres, ou des deux comme il me semble pour Aline. Et mon expérience avec les enfants gravement atteints psychiquement m’a montré qu’il fallait parfois en trouver l’origine à plus de trois générations antérieures. Aline qui est « dans les structures psychiques de sa mère » (l’originaire), ne porte pas son trauma de fille mais l’incorporation du trauma de sa mère. Lors des séances, en lui parlant de son propre trauma, la mère libère sa fille : elle évite à sa fille de prendre en elle ses traumas de mère. C’est une notion fondamentale de psychanalyse transgénérationnelle : l’enfant thérapeute de son parent.

L’autisme viendrait donc bien de la souffrance de la mère qui viendrait de la souffrance de la mère de celle-ci et ainsi de suite jusque… Au traumatisme originel? Le big bang?

Le syndrome de Peter Pan : ôtez lui ce crochet qu’il ne saurait voir

Le socle du syndrome autistique m’est apparu comme lié au fait que l’enfant a voulu inconsciemment fuir devant les terreurs qu’il a pu vivre dans son enfance depuis sa conception ou qu’il a ressenti et pris comme une éponge dans l’inconscient de ses parents. En voulant redevenir le petit bébé de la mère (avec souvent le désir de revenir dans son ventre), l’enfant va bloquer lui-même toutes les puissantes forces de vie au fond de lui. […] Par ailleurs, en s’enfuyant devant les terreurs qu’il ressent en lui, il va « s’envoler en esprit » comme Peter Pan pour s’enfermer dans sa bulle, dans son monde imaginaire magique où son esprit risque de se perdre alors que son corps devient comme « une forteresse vide » terme utilisé par le psychanalyste et pédagogue américain Bruno Bettelheim. Si l’on essaye de sortir l’enfant de sa bulle protectrice qui lui sert à se protéger de ses peurs sans s’assurer de sa collaboration, cette entreprise sera extrêmement difficile et engendrera chez l’enfant des réactions très puissantes.

Ce concept fumeux dont la validité scientifique s’approche de celle de votre dernier horoscope (effet barnum quand tu nous tiens) a été lancé par un psychanalyste américain dans les années soixante-dix. Il s’agit tout simplement du « refus de grandir » qui concerne au bas mot une écrasante majorité de l’espèce humaine, donc une écrasante majorité des personnes atteintes de troubles psychiques. Ces derniers seront donc bien avisés de « grandir pour guérir » comme le scande l’auteur du site en question (médecin pédopsychiatre). Son approche au combien minimaliste et moralisatrice (malade car immature?) semble pouvoir résoudre tout un tas de problèmes plus ou moins graves chez l’enfant : anorexie, boulimie, violence, dépression, difficultés scolaires, dyslexie, encoprésie, énurésie, hyperactivité, immaturité (sans blague…), troubles de la concentration et du langage, tics, tocs et syndromes autistiques.

Lorsqu’il s’agit d’exposer sa démarche, apparemment aussi préventive que thérapeutique, le pédopsychiatre se disperse quelque peu à travers des vignettes cliniques de façade vouées à masquer une certaine vacuité. Il se réclame en revanche ouvertement des théories psychanalytiques et procède le plus souvent par l’interprétation de dessins qui finissent toujours par révéler un traumatisme maternel bien caché, parfois même oublié (faux souvenir quand tu nous tiens) et dont la révélation suffit à régler le problème.

Hélas, il semble que ce médecin ne puisse plus « accompagner de nouveaux patients en thérapie » comme il le mentionne sur sa page d’accueil. Quel dommage au vu de la guérison miraculeuse d’un enfant de trois ans et des nombreux témoignages de parents en sa faveur…

– « Alors, quelle maladie pensez-vous que votre enfant présentait lorsque vous êtes venus me voir la première fois ?
– On nous avait dit qu’il était autiste, mais vous nous avez dit qu’il présentait le syndrome de Peter Pan.
– Si je vous avais dit que votre enfant était entré dans l’autisme, qu’auriez-vous pensé ?»
– Nous aurions été effondrés et nous aurions cru qu’on ne pouvait plus rien faire pour lui ! »

La réclame psychanalytique : plus de buzz, plus de clients

Lorsqu’il est impossible de se revendiquer psychiatre ou psychologue (faute de diplôme), qu’il est désormais impossible de se revendiquer psychothérapeute, il est encore possible de se déclarer psychanalyste et de monter son cabinet. Le troisième site de ma sélection est consacré au rayonnement d’un psychanalyste qu’il serait hors de question de considérer comme illégitime puisque celui déclare avoir effectué une analyse personnelle, qu’il déclare être formé à la « psychopathologie clinique psychanalytique », et surtout car le titre de psychanalyste n’est pas protégé.

Ce statut de psychanalyste non médecin, non psychologue et non psychothérapeute lui offre une liberté promotionnelle sans limite qu’il exploite logiquement en occupant la toile par tous les moyens possibles : site et blog, Mediapart, Facebook, Twitter, YouTube etc. Le tout étant consacré à son activité professionnelle. Sa présence dans les moteurs de recherche est assuré par des billets de blog mêlant propagande psychanalytique (psychanalyse = humanistes/TCC = fachos) et psychologie de comptoir sans parler des articles qu’il relaie sans en être l’auteur.

Je constate que ce psychanalyste a retiré son désormais célèbre avertissement qui figurait en page d’accueil et qui lui avait attiré ma grande sympathie :

Seul les patients sérieux et animés par un réel désir de mieux-être sont invités à prendre contact, pour une prise en charge psychologique efficace. Pour ceux qui pensent ne pas en être: Vous pouvez prendre rendez-vous auprès d’un centre médico-psychologique de votre choix ou auprès d’un autre professionnel de santé. Merci de votre compréhension.

Il n’hésite pas par ailleurs à pointer les dangers concurrentiels du coaching, du DSM, des psychotropes et à mettre en garde contre les dérives sectaires, tout en insérant discrètement un lien vers un célèbre site antipsychiatrique tenu par un scientologue et j’en passe. Je ne suis en revanche pas en mesure de juger ses talents de psychothérapeute…

Conclusion

Elle sera simple et directe : s’il s’agit à l’évidence de dérives s’effectuant sous caution psychanalytique, il m’est en revanche impossible de conclure qu’il s’agit de mauvais psychanalystes.

Vous avez dit « totalitarisme »?

Affaire Le MUR, Autisme, Considérations, Psychanalyse, Vidéo

Il s’agit actuellement du mot-clef le plus en vogue chez les défenseurs de la psychanalyse. Plus ces derniers se sentiront cernés, plus ils le brandiront au sein d’éléments de langage parfaitement calibrés pour l’accueillir. Se proclamer dernier garant d’une certaine forme d’humanisme, de la liberté de choix des « méthodes » ou encore du respect de la singularité du « sujet » revient à se considérer comme le dernier rempart face au totalitarisme, ceci incitant logiquement à considérer toute critique, toute opposition ou tout rejet comme relevant de ce même totalitarisme.

Les psychanalystes ont longtemps bénéficié (pour ne pas dire joui) d’une certaine immunité auprès des classes politique et scientifique, ce qui, conjugué à l’absence d’instance régulatrice, disciplinaire, centrale et spécifique (type conseil de l’ordre psychanalytique) a laissé libre cours à certaines dérives, notamment dans le champ de l’autisme. Le phénomène le plus stable et caractéristique de la nébuleuse psychanalytique reste la tendance à jeter le discrédit sur les différents groupes d’opposants. Les premiers à remettre en cause la discipline n’étaient ni les scientifiques, ni même les philosophes mais les patients. Il s’agit d’une population plutôt facile à discréditer : ils sont malades, souffrants, influençables, ne comprennent pas ce qui leur arrive et ne savent forcément pas ce qu’ils disent. Viennent ensuite les membres de l’entourage, notamment familial dont on a découvert qu’ils étaient également malades, influençables mais aussi toxiques, à commencer par les mères. Les scientifiques ont ensuite été répartis en deux catégories : les « scientistes » qui rejettent plus ou moins activement la psychanalyse guidés par des fantasmes totalitaires, et les autres qui ne savent pas vraiment ce qu’ils font mais dont certains (rares donc précieux) ont le mérite d’essayer de malaxer les progrès scientifiques pour les mettre en adéquation avec les bonnes vieilles théories freudiennes. Plus récemment, certains acteurs politiques se sont positionnés en défaveur de la psychanalyse : lorsque la critique vient de la droite, elle viendrait en réalité de l’extrême droite (totalitaire) tandis que les opposants de gauche sont considérés comme poursuivant naïvement ou lâchement la politique antérieure de droite (et donc d’extrême droite).

Voici les propos tenus récemment par un membre du gouvernement :

« En France depuis quarante ans, l’approche psychanalytique est partout et aujourd’hui elle concentre tous les moyens. Il est temps de laisser la place à d’autres méthodes pour une raison simple : ce sont celles qui marchent et qui sont recommandées par la Haute Autorité à la Santé. […] N’auront les moyens pour agir que les établissements qui travailleront dans le sens où nous leur demanderons de travailler. »

Le professionnel très certainement naïf et perverti que je suis les interprète ainsi : L’approche psychanalytique fonctionne de manière totalitaire depuis 40 ans. Le gouvernement rappelle que les recommandations officielles (Haute Autorité de Santé) doivent être respectées, ce qui implique, non pas d’éradiquer la psychanalyse, mais seulement de laisser la place à d’autres méthodes. Le gouvernement ne soutiendra financièrement que les établissements qui suivent ces recommandations.

Une bonne partie des professionnels visés les interprète ainsi : Le gouvernement impose l’éradication de nos méthodes « pluridisciplinaires » au profit d’une méthode « unique ». Le gouvernement s’appuie sur des experts qui n’en sont plus vraiment depuis qu’ils remettent en question « nos approches », probablement à cause de l’influence des associations de parents, de patients, de l’industrie pharmaceutique et des scientistes. Il s’agit d’ingérence et de totalitarisme, notamment car les patients ne pourront plus choisir ce qu’ils veulent (ou ce que nous voulons).

Pour ceux qui osent encore imaginer que la vérité se situe « entre les deux », et qu’il s’agirait finalement de remplacer un totalitarisme par un autre, le professionnel naïf et perverti que je suis vous propose d’écouter (et d’observer) une grande spécialiste de la prise en charge de l’autisme, une psychanalyste de pointe. L’association dont elle se réclame a déposé un recours contre les recommandations de la HAS en matière d’autisme qui rangent la psychanalyse au rayon des approches « non consensuelles ».

Plus le mouvement psychanalytique sera mis face à ses contradictions, ses limites, ses dérives, plus il mettra en avant ces thématiques messianique (sauvons l’humanisme) et persécutive (opposants totalitaires). La cause a beau prendre des proportions délirantes, elle n’en reste pas moins noble, mais je crains qu’à force de déceler le totalitarisme chez tous ses opposants, le mouvement psychanalytique ait fini par oublier de se préoccuper du sien. Or, paraît-il, certains psychanalystes s’en soucient…

Marion Mari-Bouzid – Les enfants de la psychanalyse (2012) ♥♥♥♥

Livres, Psychanalyse

Ce sympathique bouquin, fruit de l’admirable travail de la psychologue Marion Mari-Bouzid, est particulièrement recommandé aux lecteurs imprégnés de psychanalyse, à savoir une bonne partie de la population française. Selon l’auteure, les enfants de psys, du moins ceux qu’elle a rencontrés, constituent un modèle idéal pour illustrer les conséquences négatives de cette imprégnation, tant celle-ci est profonde chez eux.

La plupart de ces enfants ont grandi dans une sorte de monde parallèle voué au culte de l’inconscient freudien et au sein duquel ils apprennent à adopter une position systématique de recul et d’analyse sans fin de tout ce qui les entoure selon la fameuse grille de lecture basée sur le symbolisme sexuel et les interprétations contradictoires.

Ces ruminations perpétuelles et souvent stériles en deviennent logiquement paralysantes au point de suggérer que finalement, c’est la psychanalyse qui crée la névrose comme elle la définit.

Ces pauvres enfants parviennent ils à sortir de cette emprise typiquement sectaire? Vous le saurez en lisant cet ouvrage qui aurait mérité davantage de promotion, toujours disponible sur le site de l’éditeur et dont les premières pages sont offertes à la lecture.

À qui s’adresse ce livre selon MMB

Je rencontre, dans ma pratique de psychothérapeute, certaines personnes souffrant d’anxiété ou de dépression et ayant acquis la conviction que le problème se situe à l’intérieur d’elles (un complexe inconscient non résolu, une incapacité structurelle, névrotique), soit qu’elles aient rencontré des psys formés à la psychanalyse, soit qu’elles aient lu des ouvrages parlant de psychanalyse. Elles passent un temps incroyable à chercher dans le fort intérieur, leur « inconscient », les causes présumées de leurs troubles, pensant que cela leur permettra de s’en sortir.

Ces personnes, sans le savoir, ont été bercées dans l’idée « psychanalytique » largement véhiculée par les médias que la source de tous nos maux se trouve à l’intérieur de nous. Elles en concluent qu’elles devraient donc rechercher en elles la solution. Or, cette conclusion amène à des tentatives de contrôle excessives, à une fragilisation des personnes face à leurs troubles et à une incapacité encore plus grande de puiser dans leur environnement les ressources disponibles pour faire face.

La problématique des enfants de psychanalystes est une expression paroxystique de ces tentatives de contrôle et de ce fantasme que tout se joue là, dans un « no man’s land » qui serait à l’intérieur de la personne et dont celle-ci, serait, paradoxalement, responsable : le questionnement sur soi qui tourne en boucle, les questions pour l’art sans les réponses, une tendance à se définir en négatif (complexe, défaut de…, tendances obsessionnelles, inhibition, etc…) avec les termes de la psychopathologie psychanalytique, une vision « désenchantée » du monde qui empêche de croire en autre chose qu’en le sacro-saint inconscient.

Au-delà de la problématique des enfants de psys, il sera donc bien question d’un monde, d’une culture « psychanalytique » et des aberrations auxquelles elle peut amener quand elle devient la référence absolue et s’applique, au-delà du cabinet du psychanalyste, à la société entière, présidant à la création de normes nouvelles et d’êtres nouveaux, d’une nouvelle façon de se définir.

Pour toute personne qui pense qu’un psy peut lire dans son inconscient comme s’il avait une boule de cristal ou qu’il existe une vérité cachée sur elle qu’elle ne connaitrait pas,

Pour toute personne baignée dans le champ de la psychanalyse sans le savoir (monde de l’éducation, secteur social, de la petite enfance…) et qui, lorsque son enfant se plaint d’un mal de ventre, se pose la question de ce qu’il essaie inconsciemment d’exprimer à travers ce mal de ventre avant même d’envisager l’hypothèse de l’indigestion,

Pour toute personne qui se demande si elle ne cherche pas à réaliser dans sa relation amoureuse le désir œdipien de coucher avec sa mère ou qui interprète sa difficulté à passer ses examens comme une peur de « tuer le père »,

Enfin, pour toute personne qui se pose des questions sur elle et qui pense que la psychanalyse peut lui offrir les réponses,

Ce livre pourrait apporter des éléments certains de réponse…

Quatrième de couverture

Vous vous êtes peut-être un jour adressé à un psy formé à la psychanalyse ou peut-être, du moins, l’avez-vous déjà envisagé…
Ce livre peut vous être utile, à vous, ainsi qu’à tous ceux qui se sont à un moment donné, de près ou de loin, intéressés au monde de la psychanalyse.
À travers les différents témoignages vivants d’enfants de psychanalystes célèbres collectés dans cet ouvrage, vous pourrez avoir un aperçu imagé de ce à quoi peut aboutir une pratique, une pensée, la pensée psychanalytique, lorsqu’elle n’est plus cantonnée au seul divan, mais qu’elle est appliquée, au-delà des patients névrosés, aux enfants des psys, voire à la société entière, présidant à la création de nouvelles normes et d’êtres nouveaux..
Et c’est bien ce que sont nos enfants de psychanalystes et également un peu nous tous, enfants de la psychanalyse, sans que nous n’en ayons parfois même conscience: un pur produit de la pensée, de l’idéologie psychanalytique largement véhiculée par les médias.
À quoi cela peut donc bien ressembler?
C’est ce que vous découvrirez en lisant ce livre auquel vous accorderez une « écoute non flottante » et que vous saurez apprécier avec « neutralité bienveillante ».

Le groupe AUTISME sur Facebook : une affaire de scission ?

Autisme, Internet, Psychanalyse

Il y a quelques mois, un psychanalyste (1) de renom fonde un premier groupe AUTISME sur Facebook dans le but d’y réunir des psychanalystes et des parents d’autistes, ceci sans pour autant limiter le rassemblement à ces deux qualités. Il m’est impossible de certifier des intentions précises de ce psychanalyste mais j’ai interprété cette initiative comme résultant d’une volonté de renouer un dialogue constructif entre ces deux populations.

Le descriptif de ce groupe est alors le suivant : L’AUTISME EST UNE CAUSE NATIONALE ET INTERNATIONALE, alors causons ici et maintenant.

Le groupe AUTISME attire rapidement plusieurs milliers de personnes et même si une faible proportion intervient, des échanges s’engagent. Je commence à y intervenir régulièrement et à y trouver une certaine place.

Première scission

Le psychanalyste fondateur (1) se met rapidement à nommer un très grand nombre d’administrateurs parmi les membres du groupe jusqu’à ce qu’un psychanalyste (2) prenne l’initiative de supprimer tout le monde de l’administration, sauf lui-même.

Devant ce qui est alors considéré par beaucoup comme une prise de pouvoir autoritaire et sans partage, le psychanalyste fondateur décide de fonder un deuxième groupe nommé  • AUTISME •Ÿ, ceci après avoir refusé de piloter le groupe AUTISME II : la réconciliation auparavant créé par quelqu’un d’autre suite au putsch. Il est alors suivi par la plupart des intervenants sans pour autant que ces derniers ne quittent le premier groupe dans lequel la plupart des échanges cesseront. Il est alors décidé que le nouveau groupe sera administré par une équipe de cinq personnes parmi lesquelles le psychanalyste fondateur (1), une psychanalyste (3), un juriste (4), la mère d’un enfant autiste et un ancien infirmier en psychiatrie également père d’un enfant autiste.

Deuxième scission

Je continue alors régulièrement à intervenir dans le nouveau groupe jusqu’à être sollicité pour faire partie de cette équipe d’administration en tant que psychiatre d’orientation TCC. J’accepte cette proposition et découvre que mon admission parmi les administrateurs a entrainé la démission de la psychanalyste (3) qui en faisait partie jusque-là. Elle fonde alors dans la foulée un nouveau groupe relatif à la psychanalyse.

Troisième scission

Quelques jours plus tard, le psychanalyste fondateur (1) exclue sans préavis tous les membres de l’équipe d’administration, sauf lui, ainsi que plusieurs intervenants du groupe. Je me retrouve même exclu du groupe tout comme le juriste. Le psychanalyste fondateur nomme une nouvelle équipe d’administration comprenant un psychanalyste renommé (5) qui déclinera rapidement l’invitation, un psychiatre d’orientation TCC également renommé qui quittera rapidement le groupe, la mère d’un enfant autiste précédemment citée ainsi que l’infirmier psychiatrique et père d’un enfant autiste. Le psychanalyste fondateur finit par quitter le groupe pour aller créer un nouveau groupe relatif à la psychanalyse et au sein duquel il insultera publiquement une psychanalyste (6) qui déposera une plainte contre lui au Conseil de l’Ordre.

Quatrième scission ?

Je suis rapidement réintégré au sein de l’administration du groupeŸ • AUTISME • Ÿen compagnie du juriste (4), de la mère d’un enfant autiste précédemment citée ainsi que l’infirmier psychiatrique et père d’un enfant autiste. Il est alors décidé d’inclure parmi les administrateurs un nouveau psychanalyste renommé (7). Quelques semaines plus tard, je m’aperçois que ce dernier m’a bloqué, ce qui implique que je ne peux pas lire ce qu’il poste sur le groupe. Le blocage est apparemment bien antérieur à la création des groupes dont il est question. Quelques heures après avoir révélé ce blocage, le psychanalyste (7) quitte l’administration et le groupe.

À suivre…