Adieu Mépronizine®

Effets secondaires, Hypnotiques, Revues Pro, Troubles du sommeil

Après l’annonce du retrait du Noctran® qui prendra effet le 27 octobre 2011, nous apprenons que la Mépronizine® subira le même sort, officiellement le 10 janvier 2012.

Des mesures de minimisation des risques avaient été mises en place il y a moins d’un an par l’AFSSAPS, incitant notamment les professionnels de santé à :

  • restreindre l’indication de Mépronizine® à l’insomnie occasionnelle chez l’adulte lorsque le rapport bénéfice / risque des benzodiazépines ne paraît pas favorable ;
  • limiter la prise du médicament à 1 comprimé par jour avant le coucher, pour une durée de traitement de 2 à 5 jours
  • déconseiller l’utilisation de Mépronizine® chez le sujet âgé, en particulier de plus de 75 ans, en raison du risque de sédation et/ou de sensations vertigineuses pouvant favoriser les chutes
  • réduire la taille du conditionnement à 5 comprimés par boîte, afin de limiter les risques de toxicité aigüe en cas de surdosage. Cette dernière mesure devrait avoir lieu début 2011.

Hélas, ces mesures n’ont pu empêcher la persistance des risques d’intoxication volontaire et de mésusage observés avec ce médicament, en particulier dans la population âgée.

La pharmacopée hypnotique se réduit donc drastiquement, laissant patients et praticiens face à des recommandations non médicamenteuses bien louables et à recommander systématiquement mais très difficilement applicables chez de nombreux patients, notamment en psychiatrie. Doit-on piocher dans les substances qu’il nous reste, au risque de voir celles-ci également retirées un jour sous prétexte que certains praticiens les prescrivent mal, que certaines personnes âgées en abusent, ou encore que certains patients se suicident avec? Les plus révoltés d’entre nous auront vite fait de reconstituer ces deux spécialités dont les différents constituants sont d’autres médicaments toujours disponibles sur le marché (benzodiazépines, antihistaminiques, neuroleptiques, carbamates).

Remercions l’AFSSAPS de nous rappeler les règles élémentaires d’hygiène du sommeil mais :

Il s’avère difficile de ne rester au lit que pour dormir en cas de dépression sévère et de clinophilie, tout comme d’éviter les siestes longues en cas de prise d’un traitement antipsychotique très sédatif, sans parler de l’exercice physique régulier dans ce cas de figure. Régulariser les heures de lever et de coucher reste recommandé mais difficile à obtenir dans le trouble bipolaire sans soutien hypnotique. Quant à ce qui est de limiter le bruit dans la chambre à coucher chez quelqu’un qui entend des voix…

Tous ces symptômes ne s’amendent parfois pas en quelques jours, ni en trois semaines…

Les oméga-3 : anxiolytiques chez le sujet sain?

Anxiété, Revues Pro

L’efficacité antidépressive des oméga-3 a déjà fait l’objet de quelques études plus ou moins convaincantes mais une équipe s’est récemment penchée sur l’action de ces acides gras essentiels chez des sujets sains.

Cet essai randomisé contrôlé en double aveugle a concerné une soixantaine d’étudiants en médecine sur une période de trois mois. La supplémentation était administré trois fois par jour en capsules contenant 2085 mg d’EPA (acide éicosapentaénoïque, réputé le plus anti-inflammatoire et antidépresseur) et 348 mg de DHA (acide docosahexaénoïque). Les étudiants ainsi supplémentés ont présenté des scores d’anxiété inférieurs de 20% à ceux ayant reçus le placebo, un effet anxiolytique tout à fait impressionnant et probablement lié à l’action anti-inflammatoire des oméga-3 (la production d’interleukine 6 diminuant de 14%).

S’il n’y a pas (encore) lieu de prescrire une telle supplémentation à grande échelle, je ne saurais trop recommander à mes lecteurs de consommer des aliments riches en oméga-3 comme les poissons gras et les huiles de noix ou de colza qui sont d’ailleurs les huiles les plus recommandables.

Janice K. Kiecolt-Glaser, Martha A. Belury, Rebecca Andridge, William B. Malarkey, Ronald Glaser. Omega-3 supplementation lowers inflammation and anxiety in medical students: A randomized controlled trial. Brain, Behavior and Immunity, In Press, Uncorrected Proof, Available online 19 July 2011

Diminuons les doses, mais pas trop…

Effets secondaires, Neuroleptiques, Revues Pro, Troubles psychotiques

Une équipe s’est penchée récemment sur l’efficacité des antipsychotiques en prévention des rechutes dans la schizophrénie, et plus particulièrement sur l’intérêt éventuel de diminuer les doses après la phase aiguë. Il n’existe en effet pas de réel consensus à ce sujet. L’APA, tout comme l’HAS en France, recommande la fameuse « dose minimale efficace » dont la définition reste floue (une sorte de meilleur compromis entre effets secondaires et efficacité), et qui s’avère certainement plus facile à réclamer qu’à repérer. D’autres experts n’hésitent pas à préconiser la conservation des doses administrées durant la phase aiguë. Au final, patients et cliniciens sont souvent livrés à eux-mêmes, jonglant entre instinct, expérience et divers arguments d’autorité.

Cette méta-analyse inclut 1395 patients eux-mêmes auparavant inclus dans 13 études comparant au moins les effets de deux doses différentes d’antipsychotique. Au terme d’extractions et de combinaisons statistiques forcément sources de nombreux biais, il s’avère que les chercheurs ne peuvent formellement généraliser leurs conclusions en raison d’une quantité insuffisante de données. Les résultats tendent cependant à montrer qu’une dose moindre, mais au moins égale à la moitié de la dose initiale, se révèle aussi efficace que cette dernière.

Les patients ont été répartis en trois groupes :

  1. Ceux conservant la dose initiale standard
  2. Ceux pour qui la dose est « faible », mais au moins supérieure à la moitié de la dose initiale standard
  3. Ceux pour qui la dose est « minimale », c’est-à-dire inférieure à la moitié de la dose initiale standard

La dose « faible » (2) ne semble donc pas conduire à davantage de réhospitalisations que la dose standard (1). La dose « minimale » (3) est en revanche associée à une efficacité significativement inférieure. Si une dose plus faible s’avère bénéfique en ce qui concerne certains effets secondaires comme la somnolence, aucune différence n’est retrouvée entre les trois groupes pour ce qui est des interruptions de traitement.

Il n’est pas certains que ces données puisse convaincre les plus réticents d’entre nous… N’oublions pas que les patients restent les mieux placés pour évaluer le caractère invalidant des effets secondaires mais aussi pour juger de l’efficacité d’un traitement. En attendant des résultats plus solides, la meilleure solution reste (et restera) l’incontournable alliance thérapeutique.

Hiroyuki Uchida, Takefumi Suzuki, Hiroyoshi Takeuchi, Tamara Arenovich and David C. Mamo. Low Dose vs Standard Dose of Antipsychotics for Relapse Prevention in Schizophrenia: Meta-analysis. Schizophr Bull (2011) 37(4): 788-799

Article disponible intégralement sur Medscape

ISRS et grossesse

Antidépresseurs, Effets secondaires, Revues Pro

La dépression toucherait 20% des femmes enceintes si bien que la prescription d’antidépresseurs de type ISRS, réputés pour leur relative innocuité, progresse au sein de cette population. Si aucun effet tératogène direct n’est encore établi, ces ISRS semblent associés à une augmentation d’anomalies congénitales, notamment de type cardiovasculaires. Le risque est certes faible mais à prendre en compte.

Une étude finlandaise disponible en ligne met en garde contre les prescriptions de fluoxétine et de paroxétine chez la femme enceinte, la première étant associée à des anomalies du septum ventriculaire chez le nouveau-né tandis que la seconde semble associé à des problèmes d’éjection du ventricule droit. Les données concernant plus de 600 000 naissances ont été analysées, dont presque 7000 (1,1%) correspondaient à une exposition aux ISRS durant le premier trimestre. Ces antidépresseurs semblent de plus potentialiser les effets de l’alcool sur le fœtus durant la grossesse.

Malm H, Artama M, Gissler M, Ritvanen A. Selective serotonin reuptake inhibitorsandriskformajorcongenital anomalies. Obstet Gynecol. 2011 Jul;118(1):111-20.

Pour mémoire, une étude danoise analysant près de 500 000 naissances retrouvait il y a deux ans cette association entre anomalies septales et exposition aux ISRS en début de grossesse (particulièrement la sertraline et le citalopram).

Pedersen LH, Henriksen TB, Vestergaard M, Olsen J, Bech BH. Selective serotonin reuptake inhibitors in pregnancy and congenital malformations:populationbasedcohort study. BMJ. 2009 Sep 23;339:b3569.

L’Express et les psychothérapies

Grand Public, Prise en charge

L’Express propose cette semaine un dossier sur les psychothérapies que je ne retiendrai pas comme un modèle de vulgarisation. Les différents courants y sont représentés sans grande clarté, que ce soit dans leur démarche ou dans les indications respectives. Le lecteur, qu’il soit client, patient, souffrant, sceptique ou récalcitrant, n’y trouvera certainement pas les réponses idéales.

La psychothérapie au sens large concerne 9,5% de la population selon l’INPES et dure moins d’un an dans 60% des cas. L’approche psychanalytique est toujours privilégiée en France (30%), ce malgré le vécu persécutif bruyant de ses représentants, et une « amélioration » est rapportée dans 58% des cas.

Nous avons donc le droit à une énième définition des différents représentants psy (chiatres, chanalystes, chologues, chothérapeutes), une description approximative des branches psychothérapeutiques divisées de manière contestable (TCC, psychanalyse, humaniste, interpersonnelle, développement personnel), une mise en garde contre les dérives potentielles, notamment sectaires, et enfin une présentation de la psychologie positive appliquée au domaine de l’entreprise (j’entends déjà hurler les éternelles sirènes). Des suppléments sont disponibles sur internet, notamment un article sur le succès des magazines psy et une tribune qui permet à Jean Cottraux de répondre aux internautes ainsi que de faire la promotion de son dernier livre.

Psys: sauveurs ou imposteurs?

Psychologue, psychiatre… qui fait quoi?

Trouver la bonne thérapie

Les dérapages des psys

Ces entreprises qui po-si-tivent

Le boom des magazines psy

Le Pr Jean Cottraux, psychiatre, répond aux questions des internautes