David Healy – Les médicaments psychiatriques démystifiés (2009) ♥♥♥♥½

Effets secondaires, Livres, Médicaments, Troubles psy

David Healy est psychiatre, historien de la psychiatrie, chercheur en psychopharmacologie, et directeur du North Wales Department of Psychological Medicine, College of Medicine, Cardiff University, Bangor, Royaume-Uni. Il est internationalement connu pour ses recherches et écrits sur les psychotropes.

Ce cher David Healy est également l’une des plus grosses bêtes noires de l’industrie pharmaceutique dont il ne cesse de dénoncer l’influence néfaste sur la médecine. Parmi les principaux acteurs du débat mêlant Prozac® et suicide, il est également de ceux qui dénoncent depuis longtemps les conflits d’intérêts dans les milieux académiques concernés. S’il peut donc être considéré comme l’un des scientifiques les plus indépendants, sa longue croisade semble l’avoir conduit bien loin d’une certaine neutralité, ce qui se ressent inévitablement à la lecture de ce livre.

Il s’agit pourtant d’un ouvrage admirable, parmi les plus intéressants de la dernière décennie, du moins en ce qui concerne la psychiatrie. Tout bon prescripteur de psychotropes devrait l’avoir lu au moins deux fois dans sa vie, sinon davantage, même si cela compensera difficilement l’influence de nos visiteuses préférées. L’auteur nous incite évidemment à relativiser les effets thérapeutiques des psychotropes. Certaines informations sont certes déjà répandues mais gagneraient à l’être davantage : des antidépresseurs à peine plus efficaces que le placebo ou des antipsychotiques atypiques qui ne représentent finalement qu’un progrès limité par rapport aux neuroleptiques classiques, notamment en matière d’effets secondaires, le tout étant camouflé à la perfection par nos laboratoires préférés qui sont trop souvent au centre de la formation continue et pour qui l’enfance troublée constitue un investissement aussi durable que lucratif. David Healy s’appuie judicieusement sur une perspective historique et sur quelques études trop vite oubliées pour appuyer son entreprise de démystification.

Face à une nosographie en perpétuelle évolution, à des maladies dont les limites demeurent floues, et avec une pharmacopée globalement peu spécifique, la prescription en psychiatrie devient un exercice extrêmement complexe, sans parler des variations interindividuelles et les problèmes de sevrage. Ceux-ci, tout comme certains effets secondaires, sont encore trop souvent assimilés à des symptômes de la maladie pour laquelle le médicament est prescrit. S’il faut certainement s’inquiéter d’une tendance à médicaliser les états d’âme, nous ne devons pas oublier qu’il existe encore beaucoup de vrais malades non diagnostiqués et non (ou mal) traités. Il conviendra donc de s’approcher d’une sorte de juste milieu, pile entre diabolisation et idéalisation du médicament, ce qui n’est peut-être pas suffisamment précisé dans ce livre : un médicament n’est ni miraculeux, ni démoniaque, et doit être manipulé avec une pleine conscience de la balance bénéfices/risques. Et par-dessus tout, il apparait primordial de prendre en compte le point de vue du patient et de l’informer au maximum, celui-ci restant le premier concerné par les effets des médicaments.

Extrait sur Google books

Les médicaments psychiatriques démystifiés

David Healy, Traduit par : Monique Debauche

FICHE TECHNIQUE
ISBN : 978-2-8101-0116-0
Date de parution : 11/2009
Format (l x h) : 170 x 240 mm
Référence : 10116
Nombre de pages : 352
Langue de publication : Français
Marque/Éditeur : ELSEVIER

La question de la prescription excessive de médicaments psychiatriques en France comme en Belgique revient de plus en plus fréquemment sur la place publique. Dans ce contexte, cet ouvrage apporte une information sur chaque classe de médicaments à la fois très complète et indépendante de celle fournie par les firmes pharmaceutiques. Il replace la psychopharmacologie dans sa dimension historique, fait le point sur la réalité des connaissances actuelles en matière de psychotropes : leurs effets réels et leurs risques potentiels dans la pratique clinique. Certaines alternatives aux traitements médicamenteux sont également abordées. Adapté au lectorat francophone par une mise en concordance de la dénomination commune internationale des médicaments avec les noms de marques vendus en France, en Suisse, en Belgique et au Canada, cette traduction tient également compte des différences de pratique entre les mondes francophone et anglo-saxon. Il est destiné à la fois aux prescripteurs et aux professionnels qui travaillent avec les personnes prenant des médicaments psychiatriques.

SOMMAIRE

1. Introduction.

I – La gestion des psychoses.

2. Les antipsychotiques. 3. Les effets indésirables des antipsychotiques et leur gestion.

II – La gestion de la dépression.

4. Les antidépresseurs. 5. Les effets indésirables des antidépresseurs.

III – La gestion des troubles bipolaires.

6. La gestion des troubles bipolaires aigus. 7. Les stabilisateurs de l’humeur.

IV – Les médicaments psychiatriques chez les enfants.

8. Les médicaments psychiatriques chez les enfants.

V – La gestion de l’anxiété.

9. Les troubles anxieux. 10. Les benzodiazépines. 11. L’anxiolyse et le système sérotoninergique. 12. Les bêtabloquants et l’anxiété.

VI – La gestion des troubles du sommeil et de l’insomnie.

13. Les troubles du sommeil et l’insomnie. 14. La gestion non pharmacologique de l’insomnie. 15. Les hypnotiques. 16. Les sédatifs.

VII – La gestion des déficits cognitifs.

17. L’amélioration des performances cognitives dans les démences. 18. L’amélioration des performances cognitives et la neuroprotection.

VIII – La gestion des difficultés sexuelles.

19. Les différents types de difficultés sexuelles. 20. Les effets des médicaments sur les différents aspects des fonctions sexuelles.

IX – La gestion de la dépendance et du syndrome de sevrage.

21. La dépendance physique de type 1. 22. La dépendance physique de type 2. 23. La dépendance physique de type 3.

X – Le consentement, l’abus et la responsabilité.

24. Le consentement. 25. L’abus pharmacologique. 26. La responsabilité. XI – Le commerce de la tranquillité. 27. L’industrie éthique. 28. La psychiatrie biaisée par les preuves. 29. La commercialisation des désordres psychiatriques. 30. Des soins de santé à Pharmageddon.

Adieu Mépronizine®

Effets secondaires, Hypnotiques, Revues Pro, Troubles du sommeil

Après l’annonce du retrait du Noctran® qui prendra effet le 27 octobre 2011, nous apprenons que la Mépronizine® subira le même sort, officiellement le 10 janvier 2012.

Des mesures de minimisation des risques avaient été mises en place il y a moins d’un an par l’AFSSAPS, incitant notamment les professionnels de santé à :

  • restreindre l’indication de Mépronizine® à l’insomnie occasionnelle chez l’adulte lorsque le rapport bénéfice / risque des benzodiazépines ne paraît pas favorable ;
  • limiter la prise du médicament à 1 comprimé par jour avant le coucher, pour une durée de traitement de 2 à 5 jours
  • déconseiller l’utilisation de Mépronizine® chez le sujet âgé, en particulier de plus de 75 ans, en raison du risque de sédation et/ou de sensations vertigineuses pouvant favoriser les chutes
  • réduire la taille du conditionnement à 5 comprimés par boîte, afin de limiter les risques de toxicité aigüe en cas de surdosage. Cette dernière mesure devrait avoir lieu début 2011.

Hélas, ces mesures n’ont pu empêcher la persistance des risques d’intoxication volontaire et de mésusage observés avec ce médicament, en particulier dans la population âgée.

La pharmacopée hypnotique se réduit donc drastiquement, laissant patients et praticiens face à des recommandations non médicamenteuses bien louables et à recommander systématiquement mais très difficilement applicables chez de nombreux patients, notamment en psychiatrie. Doit-on piocher dans les substances qu’il nous reste, au risque de voir celles-ci également retirées un jour sous prétexte que certains praticiens les prescrivent mal, que certaines personnes âgées en abusent, ou encore que certains patients se suicident avec? Les plus révoltés d’entre nous auront vite fait de reconstituer ces deux spécialités dont les différents constituants sont d’autres médicaments toujours disponibles sur le marché (benzodiazépines, antihistaminiques, neuroleptiques, carbamates).

Remercions l’AFSSAPS de nous rappeler les règles élémentaires d’hygiène du sommeil mais :

Il s’avère difficile de ne rester au lit que pour dormir en cas de dépression sévère et de clinophilie, tout comme d’éviter les siestes longues en cas de prise d’un traitement antipsychotique très sédatif, sans parler de l’exercice physique régulier dans ce cas de figure. Régulariser les heures de lever et de coucher reste recommandé mais difficile à obtenir dans le trouble bipolaire sans soutien hypnotique. Quant à ce qui est de limiter le bruit dans la chambre à coucher chez quelqu’un qui entend des voix…

Tous ces symptômes ne s’amendent parfois pas en quelques jours, ni en trois semaines…

Adieu Noctran®

Actualité, Effets secondaires, Hypnotiques, Médicaments, Publications, Revues Pro, Troubles du sommeil, Troubles psy

Ce médicament hypnotique, plus communément appelé somnifère, ne sera plus commercialisé dans quelques mois. Les raisons de ce retrait d’AMM (autorisation de mise sur le marché) sont précisées dans le petit courrier qui nous est délicatement adressé :

  1. L’association de trois substances actives expose les patients à un cumul des risques d’effets indésirables.
  2. La persistance d’un mésusage est constatée, notamment au sein de la population âgée.
  3. Un risque, potentiellement fatal, est encouru par le patient en cas de surdosage volontaire.

Ce courrier, rédigé dans un français contestable, irritera certainement de nombreux psychiatres prescripteurs et beaucoup de patients pour lesquels le Noctran®
reste le seul psychotrope garantissant quelques heures de sommeil.

Loin de moi l’idée de négliger le risque encouru par les personnes âgées et les suicidant, deux catégories de population qui frôlent souvent la mort sans pour autant la mériter plus que les autres. La présence de trois substances conduit certes les patients à cumuler les effets secondaires, mais ceux-ci se retrouveront probablement à cumuler d’autres molécules, s’ils ne le font pas déjà. L’association d’une benzodiazépine (ici le clorazepate dipotassique autrement connu sous le nom Tranxène®) et de deux antihistaminiques est fréquemment constatée sur les ordonnances de patients suivis en psychiatrie, notamment car ces effets antihistaminiques sont manifestées par certains antipsychotiques, anxiolytiques ou antiallergiques.

Parvenir à prescrire les hypnotiques de manière règlementaire sans dépasser les 2 à 5 jours dans insomnie « occasionnelle » ou 2 à 3 semaines pour l’insomnie « transitoire », chez tous les patients, demeure mission impossible en psychiatrie. Pour la plupart des patients, cette insomnie secondaire est chronique et parfois réfractaire à la plupart des hypnotiques de première intention.

Je remercie notre gentille correspondante de nous rappeler les règles hygiéno-diététiques suivantes : réduction des excitants (café, tabac), phytothérapie, TCC, rapprochement des consultations, prescription d’avis spécialisés, d’hospitalisation si nécessaire… Hélas, ces mesures ne sont ni miraculeuses, ni réalisables par la grande majorité des patients.

Le Noctran® est aujourd’hui prescrit de façon adaptée chez des patients qui l’utilisent de manière responsable. Ce sont eux qui vont payer ce retrait d’AMM…

Nous remercions donc l’AFSSAPS : Noctran® 10 mg comprimé sécable : retrait de l’autorisation de mise sur le marché (AMM) à compter du 27 octobre 2011 – Communiqué de presse

Commission Nationale de Pharmacovigilance du 3 mars 2011 (03/05/2011)