Comment passer à la cigarette électronique ?

Cigarette électronique

Bien que très favorable à la cigarette électronique, je n’en ferai pas ici l’apologie. Je ne m’attacherai pas à restituer le contexte actuel mêlant notamment les industries pharmaceutique et du tabac. Je ne m’étendrai pas davantage sur les diverses théories du complot et sur les excès du principe de précaution qui ne sont d’aucun secours pour arrêter de fumer. Je vous renvoie tout de même à l’excellent Pharmachien dont je partage globalement le débat intérieur.

La cigarette électronique (ou vaporisateur personnel), n’est pas un produit miraculeux. Il semble même que d’après l’un des premiers essais randomisés contrôlés, les résultats ne soient pas supérieurs aux autres substituts de sevrage. Je me permets pourtant de croire fermement que jusqu’à ce jour, il s’agit du meilleur outil pour y parvenir. Selon moi, la plupart des mauvaises expériences avec la cigarette électronique sont dus à des problèmes de matériel et/ou de méthode. Entendons nous bien, l’objectif prioritaire est de ne plus s’intoxiquer avec la fumée du tabac, dont la nicotine est loin, bien loin d’être la substance la plus dangereuse. En effet, ce n’est pas cette nicotine qui déclenche les cancers liés au tabac, ni les complications cardiovasculaires. Si elle est incontestablement addictive, elle n’est pas la seule responsable de la dépendance au tabac. D’autres composés nommés IMAO, également utilisés comme antidépresseurs et présents dans la fumée de cigarette jouent un rôle non négligeable à ce niveau. Voilà probablement pourquoi l’interruption d’une consommation tabagique peut favoriser l’apparition dans un premier temps de symptômes évocateurs d’un sevrage en antidépresseurs (voir dans ce billet), puis dans un second temps de manifestations authentiquement dépressives. Pour revenir à la nicotine, il s’agit pourtant d’un poison, mais comme le disait Paracelse : « Toutes les choses sont poison, et rien n’est sans poison, seule la dose fait qu’une chose n’est pas un poison ». La dose à laquelle l’organisme doit faire face ne sera pas la même selon le mode d’absorption de la nicotine. Autant celle-ci passe très bien à travers la peau ou les parois du tube digestif, autant le passage par les alvéoles pulmonaires est beaucoup plus réduit, ce qui limite les risques d’intoxication grave par les voies respiratoires.

La principale difficulté n’est pas de vapoter mais d’abandonner la cigarette classique. Pour cela, je pense qu’il est essentiel, au moins dans un premier temps, que la cigarette électronique procure plus de sensations, plus de plaisir, plus d’intérêt que la clope à cendrier. La première expérience n’est pas toujours la bonne. J’ai notamment du m’y reprendre à deux ou trois fois et sur plusieurs années avant de finaliser la transition. J’estime actuellement qu’il existe trois facteurs déterminants à réunir pour la faciliter : l’engagement, le matériel, et les liquides.

1. L’engagement

Il ne suffit pas de se lancer. Un engagement ne peut se maintenir que s’il est renforcé. Il est essentiel de réunir le plus tôt possible les éléments qui favoriseront la consolidation de cette démarche, à commencer par son caractère public. S’afficher officiellement en tant que vapoteur aboutit à un effet d’étiquetage tout à fait bénéfique. Être identifié comme tel par son entourage ou par ses collègues de travail incite d’autant plus à s’y conformer, et ce ci quelles que soient les réactions, positives ou négatives du public en question. Les autres vapoteurs et ce qu’ils peuvent apporter en matière de conseil, de soutien, constituent également un puissant facteur de renforcement, d’où l’intérêt de ne pas rester isolé à ce niveau. Comme tout le monde n’a pas la chance d’en bénéficier à portée de main, il est vivement conseillé de se tourner vers Internet. La communauté est en effet très active, à travers les blogs (exemple), les forums (ici ou ) et même sur YouTube (exemple). Il est ainsi très facile d’obtenir des conseils et des encouragements d’un simple clic. Dans un deuxième temps, essayer de convertir d’autres fumeurs de son entourage procure également des effets renforçateurs sur son propre engagement. Enfin, ce qui reste selon moi le meilleur moyen de réussir, c’est de faire en sorte que la cigarette électronique devienne un centre d’intérêt. Il ne s’agit pas forcément d’en faire une passion mais d’y investir le temps nécessaire afin d’y trouver une satisfaction qui dépasse celle du briquet et du cendrier. C’est loin d’être impossible à l’heure actuelle au vu de la diversité du matériel (qu’il s’agisse de performances ou d’esthétisme) et de ce qu’il est possible de savourer avec les liquides.

2. Le matériel

Une part non négligeable des expériences non concluantes est attribuable à du mauvais matériel. Les trois problèmes les plus fréquents sont :

  • Une puissance insuffisante pour rivaliser avec la cigarette classique : insuffisance de vapeur ou d’effet de gorge (hit)
  • Le temps nécessaire pour recharger la batterie : incitation à se rabattre vers la clope
  • Les fuites de liquide et leurs conséquences : goût désagréable dans la bouche et surdosage en nicotine par la peau ou les voies digestives

Il est donc vivement conseillé de se procurer au moins deux batteries pour commencer, ce qui permet d’en recharger une tout en bénéficiant de la seconde, et de privilégier les modèles à puissance variable dont les ajustements sont souvent salvateurs. Les progrès effectués en matière d’atomiseur permettent aujourd’hui d’éviter la moindre fuite, ceci à condition d’opter pour le bon matériel. De manière générale, mieux vaut éviter les engins trop petits et ce qui n’est pas considéré comme une boutique spécialisée (ex. stations essence ou buraliste). Un matériel fiable n’est pas forcément onéreux, il suffit juste de se renseigner au sein de la communauté que je considère plus fiable que la plupart des commerçants. Les kits que j’aurais tendance à recommander aujourd’hui sont les kits eMow et eVod de chez KangerTech et les kits BDC ou Nautilus mini de chez Aspire dont les prix se situent en général entre 30 et 60€.

Bien utiliser un cigarette électronique implique de connaitre la façon dont elle fonctionne (ici ou  par exemple). Bien que le principe demeure globalement similaire pour tous les modèles, il existe parfois quelques différences plus ou moins subtiles à prendre en compte, ce qui implique parfois de consulter les nombreux tutoriels disponibles sur Internet.

3. Le liquide

L’importance de ce troisième facteur est régulièrement sous estimée par les vapoteurs débutants. Les problèmes auxquels ils se heurtent le plus fréquemment concernent d’une coté le taux de nicotine, de l’autre les saveurs.

Trouver le bon taux initial de nicotine n’est pas évident. Trop élevé, il expose à des signes de surdosage désagréables, les plus fréquents étant les nausées, les palpitations et les maux de tête. Ces symptômes s’atténuent logiquement en diminuant la fréquence des bouffées mais se contenter d’une telle solution, c’est aussi se priver un peu plus du geste et de l’effet de gorge qui sont justement les avantages de la cigarette électronique sur les autres moyens de sevrage. Trop bas, il expose à un manque de nicotine malgré la répétition des bouffées. Ce phénomène incite non seulement à se replier vers la cigarette classique, mais également à abandonner la cigarette électronique en raison d’un sentiment logique d’inefficacité. Le taux idéal sera donc celui qui apporte suffisamment de nicotine tout en permettant de vapoter le plus souvent possible en limitant les symptômes de surdosage. Il n’est pas rare de se voir conseiller un taux de nicotine sur la base de calculs plus ou moins complexes qui ne prendront cependant pas en compte les habitudes les plus singulières du fumeur. Ce que je recommande en général pour s’approcher de ce taux idéal, c’est d’en avoir plusieurs à disposition et de les tester pour finir par ne conserver que celui qui apportera le plus de satisfaction. Les concentrations les plus répandues sont (en mg/ml) : 0, 6, 12, 18.

Les multiples saveurs à disposition représentent un avantage indéniable sur la cigarette classique. Il est à ce titre bien regrettable de constater qu’une bonne part des échecs de passage à la cigarette électronique concerne des vapoteurs qui déplorent le mauvais goût des liquides, ceci alors qu’il n’en ont souvent pas essayé plus d’un ou deux. Compte tenu de la diversité des liquides et des saveurs, il est tout à fait impossible de ne pas y trouver son compte. Cela implique évidemment de chercher, et donc d’en essayer plusieurs, le plus possible. Ces liquides sont classiquement répartis en cinq catégories de saveurs :

  • Les tabacs dont l’objectif est soit de se rapprocher du goût des cigarettes classiques, soit de proposer d’en proposer des version plus exotiques
  • Les fruités qui, comme leur nom l’indique, concernent les fruits dans des assortiments plus ou moins complexes
  • Les mentholés qui regroupent les arômes frais de menthe mais aussi d’anis, de réglisse ou de chlorophylle
  • Les gourmands dont les saveurs sont généralement plus sucrées voire carrément pâtissières
  • Les inclassables peuvent rassembler certaines des catégories précédentes ou offrir des saveurs plus folkloriques

Il semble que pour une majorité des vapoteurs qui sont parvenus à abandonner la cigarette classique, l’évènement déterminant ait été de trouver le premier liquide qu’ils puissent consommer toute la journée sans s’en lasser ou s’en dégouter. D’autres liquides se révèlent également très appréciables mais peuvent devenir rapidement écoeurants. Leur importance n’est pourtant pas moindre puisqu’ils permettent de varier les plaisirs. En matière de liquide, il est également essentiel de ne pas trop se reposer sur ses acquis et de tenter régulièrement de nouvelles expériences, notamment car les goûts évoluent avec le temps, sans forcément prévenir…

J’espère que mes conseils seront utiles. Il s’agit de ceux que j’aurais aimé lire lorsque je me suis lancé il y a quelques années, et lorsque j’ai abandonné la clope il y a plus d’un an. Pour ceux qui souhaiteraient savoir sur quoi je vapote actuellement, il suffit de jeter un coup d’oeil au petit encadré sur la droite : mes vaporisations actuelles.

David Healy – Les médicaments psychiatriques démystifiés (2009) ♥♥♥♥½

Effets secondaires, Livres, Médicaments, Troubles psy

David Healy est psychiatre, historien de la psychiatrie, chercheur en psychopharmacologie, et directeur du North Wales Department of Psychological Medicine, College of Medicine, Cardiff University, Bangor, Royaume-Uni. Il est internationalement connu pour ses recherches et écrits sur les psychotropes.

Ce cher David Healy est également l’une des plus grosses bêtes noires de l’industrie pharmaceutique dont il ne cesse de dénoncer l’influence néfaste sur la médecine. Parmi les principaux acteurs du débat mêlant Prozac® et suicide, il est également de ceux qui dénoncent depuis longtemps les conflits d’intérêts dans les milieux académiques concernés. S’il peut donc être considéré comme l’un des scientifiques les plus indépendants, sa longue croisade semble l’avoir conduit bien loin d’une certaine neutralité, ce qui se ressent inévitablement à la lecture de ce livre.

Il s’agit pourtant d’un ouvrage admirable, parmi les plus intéressants de la dernière décennie, du moins en ce qui concerne la psychiatrie. Tout bon prescripteur de psychotropes devrait l’avoir lu au moins deux fois dans sa vie, sinon davantage, même si cela compensera difficilement l’influence de nos visiteuses préférées. L’auteur nous incite évidemment à relativiser les effets thérapeutiques des psychotropes. Certaines informations sont certes déjà répandues mais gagneraient à l’être davantage : des antidépresseurs à peine plus efficaces que le placebo ou des antipsychotiques atypiques qui ne représentent finalement qu’un progrès limité par rapport aux neuroleptiques classiques, notamment en matière d’effets secondaires, le tout étant camouflé à la perfection par nos laboratoires préférés qui sont trop souvent au centre de la formation continue et pour qui l’enfance troublée constitue un investissement aussi durable que lucratif. David Healy s’appuie judicieusement sur une perspective historique et sur quelques études trop vite oubliées pour appuyer son entreprise de démystification.

Face à une nosographie en perpétuelle évolution, à des maladies dont les limites demeurent floues, et avec une pharmacopée globalement peu spécifique, la prescription en psychiatrie devient un exercice extrêmement complexe, sans parler des variations interindividuelles et les problèmes de sevrage. Ceux-ci, tout comme certains effets secondaires, sont encore trop souvent assimilés à des symptômes de la maladie pour laquelle le médicament est prescrit. S’il faut certainement s’inquiéter d’une tendance à médicaliser les états d’âme, nous ne devons pas oublier qu’il existe encore beaucoup de vrais malades non diagnostiqués et non (ou mal) traités. Il conviendra donc de s’approcher d’une sorte de juste milieu, pile entre diabolisation et idéalisation du médicament, ce qui n’est peut-être pas suffisamment précisé dans ce livre : un médicament n’est ni miraculeux, ni démoniaque, et doit être manipulé avec une pleine conscience de la balance bénéfices/risques. Et par-dessus tout, il apparait primordial de prendre en compte le point de vue du patient et de l’informer au maximum, celui-ci restant le premier concerné par les effets des médicaments.

Extrait sur Google books

Les médicaments psychiatriques démystifiés

David Healy, Traduit par : Monique Debauche

FICHE TECHNIQUE
ISBN : 978-2-8101-0116-0
Date de parution : 11/2009
Format (l x h) : 170 x 240 mm
Référence : 10116
Nombre de pages : 352
Langue de publication : Français
Marque/Éditeur : ELSEVIER

La question de la prescription excessive de médicaments psychiatriques en France comme en Belgique revient de plus en plus fréquemment sur la place publique. Dans ce contexte, cet ouvrage apporte une information sur chaque classe de médicaments à la fois très complète et indépendante de celle fournie par les firmes pharmaceutiques. Il replace la psychopharmacologie dans sa dimension historique, fait le point sur la réalité des connaissances actuelles en matière de psychotropes : leurs effets réels et leurs risques potentiels dans la pratique clinique. Certaines alternatives aux traitements médicamenteux sont également abordées. Adapté au lectorat francophone par une mise en concordance de la dénomination commune internationale des médicaments avec les noms de marques vendus en France, en Suisse, en Belgique et au Canada, cette traduction tient également compte des différences de pratique entre les mondes francophone et anglo-saxon. Il est destiné à la fois aux prescripteurs et aux professionnels qui travaillent avec les personnes prenant des médicaments psychiatriques.

SOMMAIRE

1. Introduction.

I – La gestion des psychoses.

2. Les antipsychotiques. 3. Les effets indésirables des antipsychotiques et leur gestion.

II – La gestion de la dépression.

4. Les antidépresseurs. 5. Les effets indésirables des antidépresseurs.

III – La gestion des troubles bipolaires.

6. La gestion des troubles bipolaires aigus. 7. Les stabilisateurs de l’humeur.

IV – Les médicaments psychiatriques chez les enfants.

8. Les médicaments psychiatriques chez les enfants.

V – La gestion de l’anxiété.

9. Les troubles anxieux. 10. Les benzodiazépines. 11. L’anxiolyse et le système sérotoninergique. 12. Les bêtabloquants et l’anxiété.

VI – La gestion des troubles du sommeil et de l’insomnie.

13. Les troubles du sommeil et l’insomnie. 14. La gestion non pharmacologique de l’insomnie. 15. Les hypnotiques. 16. Les sédatifs.

VII – La gestion des déficits cognitifs.

17. L’amélioration des performances cognitives dans les démences. 18. L’amélioration des performances cognitives et la neuroprotection.

VIII – La gestion des difficultés sexuelles.

19. Les différents types de difficultés sexuelles. 20. Les effets des médicaments sur les différents aspects des fonctions sexuelles.

IX – La gestion de la dépendance et du syndrome de sevrage.

21. La dépendance physique de type 1. 22. La dépendance physique de type 2. 23. La dépendance physique de type 3.

X – Le consentement, l’abus et la responsabilité.

24. Le consentement. 25. L’abus pharmacologique. 26. La responsabilité. XI – Le commerce de la tranquillité. 27. L’industrie éthique. 28. La psychiatrie biaisée par les preuves. 29. La commercialisation des désordres psychiatriques. 30. Des soins de santé à Pharmageddon.