ISRS et grossesse

La dépression toucherait 20% des femmes enceintes si bien que la prescription d’antidépresseurs de type ISRS, réputés pour leur relative innocuité, progresse au sein de cette population. Si aucun effet tératogène direct n’est encore établi, ces ISRS semblent associés à une augmentation d’anomalies congénitales, notamment de type cardiovasculaires. Le risque est certes faible mais à prendre en compte.

Une étude finlandaise disponible en ligne met en garde contre les prescriptions de fluoxétine et de paroxétine chez la femme enceinte, la première étant associée à des anomalies du septum ventriculaire chez le nouveau-né tandis que la seconde semble associé à des problèmes d’éjection du ventricule droit. Les données concernant plus de 600 000 naissances ont été analysées, dont presque 7000 (1,1%) correspondaient à une exposition aux ISRS durant le premier trimestre. Ces antidépresseurs semblent de plus potentialiser les effets de l’alcool sur le fœtus durant la grossesse.

Malm H, Artama M, Gissler M, Ritvanen A. Selective serotonin reuptake inhibitorsandriskformajorcongenital anomalies. Obstet Gynecol. 2011 Jul;118(1):111-20.

Pour mémoire, une étude danoise analysant près de 500 000 naissances retrouvait il y a deux ans cette association entre anomalies septales et exposition aux ISRS en début de grossesse (particulièrement la sertraline et le citalopram).

Pedersen LH, Henriksen TB, Vestergaard M, Olsen J, Bech BH. Selective serotonin reuptake inhibitors in pregnancy and congenital malformations:populationbasedcohort study. BMJ. 2009 Sep 23;339:b3569.

6 Comments

  1. Les femmes enceintes sont-elles dépressives (20%, ça me semble énorme) ou juste… enceintes? La grossesse est un moment de bouleversement psychique intense, elle peut être génératrice d’angoisse, de sentiments contradictoires, etc… Or, quelle image de la femme enceinte nous renvoit la société? Celle d’une femme épanouie, au comble du bonheur. Pas facile dans ces conditions d’avouer qu’on n’y correspond pas, sous peine de passer pour un monstre aux yeux des stakhanovistes du bonheur absolu de l’enfantement, pas facile même de ne pas se juger mauvaise de ne pas y correspondre, logique dans ces conditions de se culpabiliser et de se mettre à déprimer. Je crois que les femmes enceintes et les jeunes mères se sentiront mieux quand on arrêtera de leur demander d’être au comble du bonheur 24h/24.

    1. Ce que vous dites n’est pas forcément faux, mais peut aussi s’appliquer au reste de la population, la société étant connue pour nous inciter « fortement » au bonheur (ce qui n’est pas forcément un mal). La grossesse semble bien prédisposer à la dépression si l’on en croit cet écart impressionnant avec le reste du peuple : les chiffres vont de 10% pour la vraie maladie au sens DSM (présence constante des symptômes pendant plus de 15 jours) à 20% pour les formes incomplètes. Hélas, lorsque cette dépression est installée, il ne suffit pas d’arrêter de leur demander d’être heureuses pour que ça cesse, d’où les problèmes avec les médicaments, et la nécessité de privilégier des approches psychothérapeutiques adaptées qui ne sont visiblement pas assez disponibles en France…

  2. Oui, c’est sûr, c’est valable pour l’ensemble de la société, mais le fait d’avoir un enfant est considéré comme le sommum du bonheur dans cette injonction générale au bonheur. Bien sûr qu’il ne suffit pas d’en parler pour que les femmes se sentent mieux, c’est une vision globale de la société qui est à changer. Je suis persuadée que les gens se rendent malheureux à force d’être obsédés par l’idée du bonheur. Le nombre des livres publiés et vendus sur ce sujet est hallucinant. Pour les femmes enceintes, j’ai eu un jour une cliente qui a recommandé un album de bébé parce qu’elle voulait qu’il soit sous plastique, il fallait que tout soit parfait pour lé bébé qui allait arriver m’a-t-elle dit. Comment peut-on être heureux si on veut une vie parfaite? Ca n’existe pas, et forcément on sera déçu.

    1. Le perfectionnisme pousse à la frustration et à l’insatisfaction, c’est sur, mais il ne me semble pas que les femmes enceintes soient davantage sujettes à ce perfectionnisme que le reste de la population. J’ai plutôt l’impression que la grossesse et ses bouleversements (biologiques, hormonaux et bien sur environnementaux) viennent accroître certaines émotions (pénibles ou agréables) et certains schémas de pensée (là aussi plus ou moins adaptés). Voilà peut-être la raison de cette extrême disparité entre des femmes pour qui la grossesse est un moment euphorique ou paradisiaque et d’autres dont l’état psychologique s’aggrave lorsqu’elles sont enceintes. Ces bouleversements persistent d’ailleurs dans le post-partum, une période durant laquelle surviennent de nombreuses perturbations psychologiques…

  3. En tout cas, pas mal de mères ou de femmes enceintes autour de moi ont en marre du discours dominant, à savoir que c’est merveilleux, extraordinaire, de quoi se plaignent-elles elles ont des enfants donc le bonheur assuré, etc… Sans parler de celles qui n’ont pas d’enfants et dont forcément la vie n’a pas de sens. Et dans ce domaine, dire le contraire passe plus mal que sur d’autres sujets.

    1. Oui ce genre de discours est très culpabilisant pour les femmes en général. On retrouve un peu le même phénomène avec l’allaitement : celles qui n’allaitent pas sont culpabilisées par les misogynes et les réactionnaires, celles qui allaitent sont culpabilisées par certaines féministes… Il y a toujours quelqu’un pour dire à une femme ce qu’elle doit faire…

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