Cartel de Psychanalyse Préélectorale

Actualité, Grand Public, Prise en charge, Psychanalyse, Publications

Oyez, oyez! Vous qui souhaitez que soit dite la bonne aventure, approchez et appréciez un numéro de jonglage parmi les plus spectaculaires de la saison! En échange d’un simple lapsus ou d’un qu’en dira-t-on, nos saltimbanques vous offrent la vérité profondément inconsciente de vos politiciens favoris!

A l’instar du grand Stephane Rotenberg qui osa démystifier quelques-uns des plus grands numéros d’illusionnisme pour se mettre à dos l’ensemble de la profession, je consens aujourd’hui à vous livrer certains trucages utilisés depuis plus d’un siècle par nos divanateurs. Que ceux-ci se rassurent, la révélation de ces subterfuges a déjà eu lieu et ne les empêche guère de prospérer, à l’instar de leurs cousins astrologues ou voyants.

Pour commencer, il est indispensable d’établir une théorie « générale » de l’éclosion du politicien. Celle-ci doit être suffisamment vague et malléable pour concerner une bonne moitié de la population, et surtout s’en référer au saint complexe d’Œdipe dont le pouvoir d’inversion lui fournira son invincibilité par extension à l’autre moitié du peuple. Enfin, ce précepte doit atteindre, après de multiples détours de diversion, une opinion très répandue et incontestable : les politiciens sont narcissiques et avides de pouvoir.

Jean-Pierre Friedman y parvient avec brio en formulant : « Une relation fusionnelle avec la mère, qui accroit le narcissisme naturel de l’enfant, et une relation conflictuelle avec le père, qui crée un important désir d’exister ». Dans sa forme franche, cette rivalité paternelle s’encastre parfaitement dans les biographies de Martine Aubry et Marine Le Pen dont les pères sont bien connus, mais aussi chez Ségolène Royal dont la réactance légitime une partie de son action politique. La « narcissisation » paternelle fonctionne également lorsque ce père n’apparait pas comme un rival, comme chez François Bayrou dont la relation fusionnelle avec son père agriculteur lui permet de développer son estime de soi jusqu’au complexe de supériorité (la rivalité est ailleurs). Lorsque le fameux père est absent ou inconsistant, il faut le trouver ailleurs, dans une forme symbolique ou personnifiée. Dans le cas de Dominique de Villepin, nous parlerons de rivalité généalogique diffuse compte tenu du prestige familial disséminé. La fusion maternelle est également vérifiée, que cette mère soit réelle, ailleurs ou symbolique : si Nicolas Sarkozy n’a toujours pas réussi à se détacher du sein, il s’agit de celui du peuple et donc, d’une fusion avec les français.

Une fois l’autorité psychanalytique ainsi installée, les théories plus spectaculaires et farfelues peuvent fleurir en toute sécurité, notamment car derrière cette façade sexualisée, il ne s’agit que d’enfoncer des portes ouvertes :

Nicolas Sarkozy est bloqué au stade oral du nourrisson, et n’en sortira qu’à condition que son futur enfant soit une fille. En voulant tuer sa mère (symboliquement évidemment) par amour pour son père, celle-ci apaisera enfin les attitudes de séduction de son père face à la population (ce que confirmeront peut-être un jour les sondages).

Au sujet de François Hollande, j’apprends que : « Être normal, c’est être un antihéros, un homme sans qualités spécifiques, mais du même coup un homme moyen proche des autres hommes moyens. Le président normal, c’est à la fois un président qui ne se ferait pas remarquer et le président qui resterait, malgré sa fonction, un citoyen comme les autres ». Merci à vous Clotilde Leguil pour ces considérations ravissantes sur un candidat bien discipliné dans sa névrose.

François Bayrou délire : « son désir de pouvoir l’aveugle tellement que le principe de réalité n’a plus aucune prise sur lui ». Cette assertion de Jean-Pierre Friedman aurait pu concerner n’importe lequel des politiciens du moment, mais il aurait été regrettable d’en priver ce bon souffre-douleur qu’est Bayrou.

La psychologie de comptoir culmine avec Martine Aubry. Selon Michel Schneider : « Elle donne plutôt l’impression d’avoir envie d’avoir envie, ce qui s’appelle en psychanalyse l’inhibition ». L’inénarrable Serge Hefez se demande quant à lui si cette femme qui « a toujours l’air en colère, ne l’est pas contre elle-même ». Se blesser à l’œil avec un crayon de maquillage est à considérer comme un véritable acte manqué, notamment de la part d’une femme qui « ne déploie jamais aucun effort de séduction »…

Jean-Pierre Friedman voit en Ségolène Royal « un homme dans un corps de femme » : « Physiquement, elle joue la féminité en portant des jupes et des chaussures à talon, mais psychiquement, elle est beaucoup plus virile que la plupart des hommes : autoritaire, cassante, brutale, combative. C’est une guerriere! ». Voici encore une considération que l’on aurait pu appliquer à n’importe quelle politicienne et qui laisse encore et toujours entrevoir la grande misogynie de la pensée freudienne.

Le même Jean-Pierre Friedman signale au sujet de Dominique de Villepin : « le narcissique est très sensible à la flatterie et donc facile à illusionner. Si on lui répète qu’il a toutes ses chances, puisqu’il est le plus intelligent des candidats, il peut se mettre à y croire alors même que la réalité lui prouve le contraire ».

Jean-Pierre Winter signale l’attitude sadique de Jean-Luc Mélenchon à l’égard des journalistes : « il affirme que les journalistes jouissent d’être des laquais et se présente, lui, comme leur maître ». La cause est pourtant évidente : « il retourne contre les autres sa grande violence intérieure ». Coincé, ou plutôt devrais-je dire constipé au stade anal, « on lui parle de sexe, il répond scatologie » : à la question d’un journaliste sur la prostitution, il répond qu’il s’agit d’un sujet de merde (effectivement, c’est évident).

Il y aurait tellement à dire, sur la mythomanie de Jean-Louis Borloo, sur les personnalités multiples d’Eva Joly, sur les clivages de Christine Boutin ou les caprices de Nicolas Dupont-Aignan. Je conseille à ceux qui veulent en savoir plus de vous procurer ce fabuleux divertissement disponible dans le numéro 741 de Marianne sorti le 02 juillet 2011 : Ces névrosés qui veulent nous gouverner.

ECT, sismothérapie, électrochocs?

Effets secondaires, Prise en charge, Troubles de l'humeur

L’électroconvulsivothérapie (ECT), aussi nommé sismothérapie, électronarcose ou encore plus vulgairement « les électrochocs », reste sujette à controverse y compris au sein même du milieu médical. Dans le cadre de sa croisade antipsychiatrique, la scientologie calomnie logiquement cette modalité thérapeutique à grand renfort de désinformation et de diabolisation, profitant ainsi d’une certaine insuffisance de communication de la communauté psychiatrique envers le grand public. Celui-ci associe encore l’ECT à la psychiatrie asilaire, aux soins forcés, au non-respect de la volonté du patient, au totalitarisme, à la torture, à la punition voire même à l’exécution des condamnés à mort. Or elle est pratiquée dans les services des équipes de réanimation et nécessite le consentement libre et éclairé du patient.

Il semble nécessaire de pouvoir proposer des données claires et fiables, que ce soit sur les plan historique ou scientifique, en tenant compte des zones d’incertitude ou d’ignorance, ce afin d’éviter davantage de conflits ou d’égarements. Le format des questions/réponses parait alors le plus adapté pour atteindre cet objectif.

1. Qu’est-ce que l’ECT?

Il s’agit d’un traitement utilisé aujourd’hui pour quelques maladies mentales sévères, et qui consiste à faire passer du courant électrique à travers le cerveau dans le but d’obtenir une crise d’épilepsie. L’effet thérapeutique d’une crise d’épilepsie peut sembler paradoxal mais ce procédé s’est pourtant développé logiquement suite à une simple observation : certains patients schizophrènes ou déprimés, également épileptiques, voyaient leur état psychiatrique s’améliorer après une crise. Des médicaments comme le Cardiazol ont dans un premier temps été utilisés pour reproduire ces crises puis ont été progressivement remplacés par l’électricité. Celle-ci autorisait un meilleur contrôle du déclenchement et de la durée des crises, raccourcissait le délai de survenue et en minimisait l’appréhension, alors que les effets du Cardiazol se révélaient imprévisibles dans l’intensité comme dans la durée des crises.

2. L’ECT est-elle souvent utilisée?

Apparue dans les années trente, la technique a beaucoup été utilisée dans les années cinquante et soixante, à une époque où les médicaments étaient moins nombreux et moins efficaces qu’aujourd’hui. Sa pratique s’est ultérieurement raréfiée au cours des années soixante-dix, une décennie marquée par l’antipsychiatrie à une époque où celle-ci n’était pas encore récupéré et gangrénée par certaines dérives sectaires. Les décennies ultérieures sont caractérisées par un regain d’intérêt vis-à-vis de cette pratique dont la technique s’est parallèlement améliorée, mais dont l’utilisation reste très minoritaire comparée à celle des médicaments psychotropes qui sont aujourd’hui mieux tolérés et plus performants qu’auparavant. 70 000 séances sont pratiquées chaque années en France selon la société française d’anesthésie réanimation en 1999.

3. Comment ça marche?

Les mécanismes d’action de l’ECT restent encore mal cernés. Certaines théories sont avancées notamment celle d’un relargage de neuromédiateurs (la libération de ces substances par les neurones étant perturbée dans les maladies concernées) ou d’une stimulation de la croissance des vaisseaux sanguins dans certaines zones du cerveau, mais personne n’est aujourd’hui en mesure d’élucider les effets thérapeutiques de l’ECT.

4. Quelles en sont les indications?

L’ECT est indiquée dans la prise en charge de certaines formes sévères de troubles de l’humeur (dépression, manie) et de décompensations schizophréniques, notamment dans leur présentation délirantes ou catatoniques. Elle peut être utilisée en première intention en cas de risque vital à court terme (suicide, dénutrition, déshydratation…) compte tenu de sa rapidité d’action mais reste envisagée la plupart du temps après l’échec d’un, de plusieurs traitements médicamenteux de référence, de contre-indication ou d’intolérance à ceux-ci. L’ECT n’est en revanche pas indiquée dans les formes plus modérées de dépression ou certains troubles de la personnalité, notamment borderline, caractérisés par la fréquence de passages à l’acte suicidaires ou auto-agressifs.

5. L’ECT est-elle réellement efficace?

De nombreuses études ont été réalisées en comparaison du placebo qui consiste alors à appliquer les mêmes mesures (anesthésie, curarisation, lieu, personnel) sans utiliser de courant électrique. L’efficacité de l’ECT est bien supérieure à celle du placebo, et même supérieure à celle des médicaments de référence ainsi que plus rapide, d’où son intérêt en cas de risque vital à court terme. Le taux de rémission dans l’épisode dépressif majeur est évalué entre 80 et 90%, y compris après l’échec de deux traitements antidépresseurs bien conduits. Ce taux chute entre 50 et 60% lorsque 3 ou 4 antidépresseurs se sont révélés inefficaces.

6. Quels sont les effets secondaires de l’ECT?

Les effets secondaires observés à court terme sont la confusion postcritique, l’amnésie transitoire, les céphallées, les nausées et douleurs musculaires. Ils disparaissent au maximum dans les heures qui suivent la séance. La confusion peut se prolonger quelques jours, notamment chez le sujet âgé. À moyen terme, l’ECT peut engendrer des troubles mnésiques, de type amnésie antérograde (faits récents) et/ou rétrograde (faits anciens), la première disparaissant constamment, la seconde pouvant persister chez certains patients.

7. Quels sont les risques de l’ECT?

Le taux de mortalité est estimé à 1 sur 10 000 patients traités, soit 2 pour 100 000 séances. Ce risque est comparable à celui de l’anesthésie générale pour les interventions chirurgicales mineures. Le taux d’accident (morbidité) est lui estimé à 1 pour 1300 séances. Il s’agit la plupart du temps de laryngospasme, de traumatisme dentaire, de luxation ou de fracture, de défaillance circulatoire, d’état de mal épileptique, de paralysie des nerfs périphériques, de brûlure cutanée au point d’application des électrodes, ou encore d’apnée prolongée. Avant la mise en place de la curarisation qui permet de relâcher les muscles, ce taux d’accident était de 40%.

8. Quelles sont les contre-indications de l’ECT?

La seule contre-indication absolue est l’hypertension intracrânienne évolutive dont les causes peuvent être multiples. Le rapport bénéfice/risque doit être évalué au cas par cas, notamment en présence de lésions expansives intracrâniennes, en cas de proximité d’un épisode d’hémorragie cérébrale, d’un infarctus du myocarde récent ou d’une maladie emboligène, en présence d’anévrysmes ou de malformations vasculaires à risque hémorragique, en cas de décollement de rétine ou lors de l’existence d’un phéochromocytome, ces situations représentant la plupart du temps un risque majeur. Les pathologies cardiovasculaires, repiratoires, diabétiques ou thrombotiques sont à évaluer et à équilibrer au préalable. L’ECT n’est pas contre-indiqué chez la femme enceinte et peut même être considéré comme un traitement préférentiel compte tenu des risques médicamenteux pour le fœtus. L’ECT peut ainsi être pratiquée pendant toute la durée de la grossesse sous surveillance obstétricale.

9. Quelles sont les alternatives à l’ECT?

L’ECT est parfois nécessaire mais rarement indispensable. Si celle-ci est refusée par le patient ou non proposée par le médecin lorsqu’elle est indiquée, le patient est exposé à un délai de rétablissement plus long, ce qui implique parfois la persistance d’un risque vital, qu’il soit suicidaire, en rapport avec des comportements auto-agressifs ou un refus de s’alimenter ou de s’hydrater. Les alternatives sont principalement médicamenteuses, bien que cette stratégie ait souvent été tentée sans succès avant d’envisager l’ECT. La psychothérapie n’a pas fait la preuve de son efficacité dans les formes graves des troubles mentaux concernés par l’ECT.

10. Le consentement du patient est-il nécessaire?

A l’instar de l’ensemble des actes médicochirurgicaux, le consentement du patient doit être libre et éclairé, ainsi que renouvelé tous les six mois en cas de cure de maintenance. Ce consentement est recueilli par écrit après avoir délivré une information orale et écrite (fiche patient de l’ANAES). Lorsque l’état du patient ne lui permet pas de donner ce consentement ni de consentir aux soins dans leur ensemble, l’ECT peut être pratiquée après évaluation de la situation par l’équipe médicale et la sollicitation de l’entourage dont le consentement sera recueilli. Il est recommandé aux patients qui ne souhaitent pas bénéficier de l’ECT de l’écrire sous forme de directive prévisionnelle en dehors des phases de manifestation aiguë de la maladie.

11. Comment se déroule l’ECT

Un bilan préalable doit être réalisé et comprend au minimum un électrocardiogramme et la consultation d’un médecin anesthésiste au moins 48 heures avant la première séance. Celui-ci recueille l’histoire somatique du patient et recense notamment les traitements en cours, procède à un examen clinique et complète éventuellement ses investigation par des examens paracliniques tels qu’un bilan sanguin, une radiographie, scanner ou IRM, un fond d’œil ou encore un électroencéphalogramme, le tout à la recherche de contre-indications relatives, absolue ainsi que de risques à prendre en compte. Il recueille enfin le consentement à l’anesthésie du patient. Les séances d’ECT se déroulent dans les locaux d’un service d’anesthésie/réanimation, en présence de personnel (un médecins anesthésiste, un médecin psychiatre et une infirmière) dont l’attitude se veut rassurante et de matériel médical adaptés. L’anesthésiste et son assistant connecte l’équipement qui enregistre les activités cardiaques et cérébrales, la pression artérielle, le taux d’oxygène, injecte l’anesthésique puis la substance curarisante qui relâche les muscles une fois le patient endormi. Le courant électrique est alors délivré par deux électrodes durant quelques secondes et suivi de la crise épileptique qui dure entre 20 et 50 secondes. Quelques minutes plus tard, les effets du curare et de l’anesthésique se dissipent et le patient se réveille sans avoir ressenti la moindre douleur. Après une poursuite de la surveillance sur place, grâce aux équipements et le personnel sur place, le patient peut réintégrer le service de psychiatrie. Les séances durent donc une dizaine de minutes et sont renouvelées deux ou trois fois par semaine. Le nombre total de séances est variable (entre 4 et 20) et fonction de l’amélioration des symptômes. Le courant est parfois délivré par une électrode unique, ce qui permet de diminuer les effets secondaires, mais qui se paye par une efficacité moindre.

12. Que se passe-t-il après la fin des séances?

Le taux élevé de rechute (entre 35 et 80% à six mois) rend nécessaire la mise en place de stratégies thérapeutiques de consolidation. Le relai médicamenteux est mis en place dans un premier temps, le plus souvent à base antidépresseurs et/ou de lithium, et sera remplacé ou complété par des ECT de consolidation en cas d’efficacité insuffisante. Les séances seront ainsi espacées de 1 à 4 semaines sur une période d’environ six mois. Un protocole de maintenance est parfois nécessaire à un rythme d’une séance toutes les 2 à 8 semaines pendant 12 à 24 mois. A l’instar des traitements médicamenteux, l’ECT doit être associée à une prise en charge médicale et psychothérapeutique, au minimum de soutien.

13. Pourquoi tous les psychiatres ne prescrivent-ils pas l’ECT?

Le recours à l’ECT varie en effet grandement d’un psychiatre à l’autre. Les prescripteurs sont le plus souvent de sexe masculin, plutôt formés dans les années soixante ou quatre-vingt, davantage tournés vers une approche médicamenteuse que psychothérapeutique et pratiquent plutôt en clinique privée ou dans les centre hospitalo-universitaires dont le recrutement est surtout orienté vers les troubles de l’humeur. La plupart d’entre eux ont constaté l’efficacité de l’ECT chez des patients gravement déprimés pour qui les autres traitements s’étaient révélés inefficaces et pensent logiquement que les bénéfices sont supérieurs au risques, notamment suicidaire. Les non prescripteurs et récalcitrants sont plutôt formés dans les années soixante-dix marquées par l’antipsychiatrie et considèrent volontiers l’ECT comme un traitement dégradant voire inhumain qui devrait appartenir au passé. Ceux-ci en déplorent les effets secondaires qu’ils estiment sévères, souvent ignorés par leurs confrères et suspectent l’ECT de provoquer des dommages cérébraux irréversibles. Ils considèrent enfin que l’efficacité de cette méthode n’est pas un argument suffisant pour compenser ses effets néfastes et que celle-ci devrait être abandonnée.

14. Quelle est l’opinion des patients?

La proportion d’entre-eux qui jugent l’ECT utile varie de 30 à 80%, les taux de satisfaction les plus bas ayant probablement été obtenus dans les études menées par les patients tandis que les proportions les plus élevées semblent provenir d’enquêtes menées par les médecins. La plainte la plus fréquente porte sur les pertes de mémoires occasionnées.

 


Références :

Indications et modalités de l’électroconvulsivothérapie (ANAES, 1998)

Information on ECT (The Royal College of Psychiatrists, 2010)

Pratique de la sismothérapie (A. Bottéro, 2000)

Histoire de la psychiatrie : Les débuts de la sismothérapie (A. Bottéro, 1998)

Actualités de l’utilisation de l’électroconvulsivothérapie en psychiatrie (David Szekeli, 2008)

Update on ECT (Max Fink, 2008)

Les accidents de la psychiatrie française

Prise en charge, Revues Pro

Le rapport de l’Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS) sur les accidents en psychiatrie fait déjà couler beaucoup d’encre et de pixels. Certains brandissent, comme le CCDH, les drames et dysfonctionnements pour les généraliser à l’ensemble de la psychiatrie tandis que d’autres s’insurgent, notamment le Collectif des 39, contre ce qu’ils considèrent comme un appui gouvernemental prônant l’évolution vers une psychiatrie sécuritaire et stigmatisante. Si viser le risque zéro peut effectivement s’avérer préjudiciable à la majorité des patients, proclamer que ces évènements parfois gravissimes, et qualifiés d’exceptionnels, sont un mal nécessaire à l’humanisme et à la liberté de ces mêmes patients relève de la contrevérité la plus abjecte. Entre caricature, stigmatisation, démagogie, manipulation et lâcheté, rares sont les réactions sages et pertinentes.

Je me limiterai donc à sélectionner les données que je considère pertinentes dans ce rapport et qui ont été récoltées sur les cinq dernières années :

DONNÉES

  • 86 % des patients sont suivis en ambulatoires
  • 60 % des lits d’hospitalisation ont été fermés depuis 30 ans
  • Augmentation du nombre d’hospitalisations sans consentement (HO + HDT = 80 000 par an)
  • Une vingtaine d’homicides (ou tentatives) et une dizaine d’agressions sexuelles déclarées en cinq ans
  • Entre 20 et 70 agressions physiques de personnel par an et par établissement ayant entrainé un arrêt maladie
  • Agressions entre patients fréquentes mais mal recensées
  • Entre 8 000 et 14 000 fugues par an de patients hospitalisés sans consentement

La dangerosité est mal évaluée (grilles d’évaluation notamment peu utilisées en France), favorisée par le non-respect du droit des patients (confinement, négation de la vie privée et utilisation abusive des chambres d’isolement) et par l’attitude incohérente des hôpitaux vis-à-vis des addictions (dépenses liées au tabac, trafic de cannabis et d’alcool dans les hôpitaux). Les violences sont également favorisées par le fait que les hôpitaux sont mal aménagés et peu surveillés, que les patients sont mélangés de façon inappropriée,  que les ruptures thérapeutiques totales ou partielles sont fréquentes après les sorties, tout comme la reprise de consommation de drogue et d’alcool, et que les RDV au CMP sont trop espacés.

Contrairement à une idée répandue, ce ne sont pas les effectifs de personnel qui font défaut, sauf exception localisée : le nombre de médecins employés dans les CHS a régulièrement augmenté au plan national depuis 1989 et si le nombre d’infirmiers a diminué, il l’a fait dans des proportions moindres que la baisse du nombre de lits, ce qui a permis une croissance régulière du nombre de soignants par lits. En revanche, la charge de travail des infirmiers en hospitalisation complète s’est alourdie et surtout le temps de présence des personnels a été réduit. L’IGAS a constaté à plusieurs reprises une présence médicale manifestement insuffisante dans certains établissements. L’absentéisme des personnels soignants atteint parfois des niveaux inquiétants, les accords de réduction du temps de travail ont été négociés dans certains établissements de façon anormalement libérale et réduisent un temps de travail que viennent grignoter les trop nombreuses pauses des fumeurs. Enfin, dans certaines régions, le cumul d’emploi touche certaines catégories du personnel qui travaille de nuit et affaiblit leur vigilance. Par ailleurs, la formation initiale des infirmiers à la prise en charge des malades mentaux est mise en cause, car elle ne prévoit pas de module spécifique à la prévention et à la gestion des situations d’agressivité en psychiatrie. Ce constat est également valable pour les personnels plus expérimentés, qui n’ont toujours pas acquis les bons réflexes pour faire face à une situation difficile ou appris à contrôler leurs émotions envers les patients.

PROPOSITIONS

L’apparente rareté des conséquences graves a tenu lieu d’excuse face aux dysfonctionnements et les propositions d’amélioration ont été critiquées comme abusivement sécuritaires. Or la sécurité et la qualité des soins ne sont pas des notions opposées. Le respect des malades contribue à la prévention de la violence. Il ne faut pas demander à l’hôpital, à son directeur et à ses médecins (obligation de moyens, pas de résultats) plus qu’ils ne peuvent donner.

  • Créer de véritables sas d’entrée avec emploi de badges électroniques pour un contrôle des accès.
  • Équiper les personnels des dispositifs de protection du travailleur isolé
  • Mettre en place des moyens de distraction des patients hospitalisés
  • Remplacer les chambres collectives par des chambres individuelles, créer les infrastructures de pédopsychiatrie qui manquent, reconstruire les locaux dégradés en conciliant thérapie et sécurité.
  • Réorganiser les unités hospitalières pour éviter les cohabitations forcées et inappropriées
  • Élaborer et mettre en œuvre de bonnes pratiques pour les victimes d’agression sexuelle, la contention, les procédures de sortie et le suivi ambulatoire.
  • Former spécifiquement les nouvelles recrues à prévenir et gérer les situations d’agressivité.
  • Améliorer la communication avec les malades (information sur les droits, obligations, risques liés à leur conduite et respecter si possible leur choix), leur entourage (recueillir leur avis avant, pendant, après l’hospitalisation et en tenir compte) et d’autres professionnels appelés à intervenir (maires, police, gendarmerie, pompiers…).

Analyse d’accidents en psychiatrie et propositions pour les éviter (version complète du rapport de l’IGAS)

Un enfant de neuf ans à l’hôpital psychiatrique?

Grand Public, Hospitalisation

Pour ce qui est de la corporation des psychiatres, elle est plutôt scandalisée, au même titre que les soignants et le reste de l’opinion publique. Il s’agit d’une décision de justice, le placement ayant été ordonné par un juge qui laisse ainsi à l’établissement la responsabilité d’accueillir ce jeune enfant dans les meilleures (ou moins mauvaises) conditions.

L’hospitalisation de patients mineurs dans les services pour adultes reste hélas un phénomène fréquent en France, même si en général à un âge plus tardif. La plupart des lits d’hospitalisation pour mineurs ayant été fermés, les enfants ou adolescents dont l’état nécessite un séjour hospitalier temporaire sont souvent placés chez les adultes, faute de moins pire solution. Hélas, une fois admis, la nouvelle solution la moins pire se révèle de les isoler des patients adultes dont on peut imaginer que le contact ne soit pas forcément bénéfique. Ces enfants se retrouvent donc la plupart du temps en chambre d’isolement avec une présence plus ou moins constante d’un membre de l’équipe soignante selon sa disponibilité qui n’est pas garantie dans le service public. Les structures privées sont également amenées à prendre en charge de tels patients mais n’y sont pas obligées et refusent en général les cas les plus difficiles.

Il existe certainement des solutions permettant d’éviter ce genre de dérives. Pour preuve : le garçon sera désormais suivi par une association dans un établissement privé et par cinq personnes à temps plein financées par l’Assistance Publique. Cette résolution aurait certainement pu être mise en place préalablement à son placement chez les adultes plutôt que d’être motivée en grande partie par cette médiatisation.

Marseille : le scandaleux internement d’un enfant de neuf ans (La Provence, 27/05/2011)

Sainte-Anne, hôpital psychiatrique

Considérations, Hospitalisation, Vidéo

Pathétique sur de nombreux point, ce film de 90 minutes ne fait pas honneur à la psychiatrie française, d’autant plus qu’il est tourné à Sainte-Anne, un hôpital historique et réputé, que l’on imagine volontiers de pointe mais dont les différentes sections demeurent aussi hétérogènes qu’ailleurs. Il s’agit principalement d’une unité fermée, donc apte à recevoir des patients dont l’état ne permet pas le consentement aux soins. Il serait inutile de revenir sur la façon dont est filmé ou monté le reportage, du fait qu’il insiste sur les éléments les plus lugubres et brutaux et qu’il en délaisse probablement d’autres. Ceci n’empêche pas certaines scènes d’exister, d’être incluses et de ne pas correspondre à une bonne pratique de la psychiatrie.

Un journaliste s’étonne notamment de plusieurs faits sur son blog :

Les « électrochocs » existent encore : oui effectivement et le sujet fait débat. La manière dont la sismothérapie est délivrée dans le film ne pose pas de problème. En revanche, l’obtention du consentement, même s’il ne s’agit probablement pas de la première fois pour ce patient, laisse quelque peu à désirer. Ce recueil du consentement apparait d’ailleurs paradoxal lorsque les patients sont hospitalisés et traités sans leur consentement. Pour plus d’information, rendez-vous dans la section concernée aux ECT.

La contention physique, autrement dit, attacher les malades sur le lit avec des sangles pendant un ou plusieurs jours, et fermer la chambre à double tour, existe encore : oui toujours. Il s’agit d’une mesure adoptée en urgence en cas d’agitation extrême ou de risque majeur de passage à l’acte, et qui ne doit durer que quelques heures, le temps que les médicaments administrés parallèlement agissent. La mise sous contention dans le reportage est discutable : un traitement sédatif et un temps d’isolement auraient peut-être été suffisants. Par ailleurs, la contention ne calme pas les patients pas plus qu’elle ne les rassure. Les soignants affirmant le contraire ne le font que pour se rassurer eux-mêmes. La contention n’est utilisée que pour prévenir le danger, pour le patient ou pour les autres (ce sont les médicaments qui calment).

Par la suite, un soignant visiblement excédé profère des menaces à l’encontre de ce même patient après la levée de la contention, du type « si tu continues tu seras à nouveau attaché ». Ce genre de comportement ne devrait pas être toléré et j’espère bien que ce jeune homme a été rappelé à l’ordre suite au reportage, d’autant plus qu’il cautionne de ce fait la contention en tant que mesure punitive. À ce moment même, le patient n’est pas agité ni agressif mais bruyant et sa chambre et bordélique. Au cours de ce moment de faiblesse, il se met à parler (ou plutôt à hurler) d’un sujet qui le touche profondément mais aucun des deux soignants présents ne saisit hélas cette occasion pour entamer le dialogue. Dans l’idéal, le second soignant aurait pu désamorcer le conflit, prendre le patient à part et discuter avec lui. Pourquoi cela n’a-t-il pas été fait? Est-ce réellement une question de manque de moyen? Une question de manque de formation? Une question de manque d’empathie? Une question d’ambiance au sein du service? Peu importe. Il fallait le faire.

L’enfermement, sans consentement, sur décision unilatérale du psychiatre, existe encore : cela n’est actuellement pas autorisé par la loi. Outre la demande d’un tiers, l’hospitalisation sans consentement nécessite l’avis d’un ou de deux autres psychiatres dans les 24 heures. Dans le reportage, le psychiatre reçoit (ou obtient selon l’interprétation) cette demande de tiers au cours du fameux entretien où il reconnait s’être parfois trompé, mais que les patients ne lui en veulent « jamais vraiment ». Cette citation, surtout tirée hors de son contexte (celui-ci rajoute par la suite qu’il préfère hospitaliser quelqu’un à tort pendant quelques jours que de le retrouver pendu chez lui) constitue un manque de respect profond pour les patients concernés. Si cette crainte du passage à l’acte nous ronge parfois, elle ne doit pas nous empêcher de pouvoir évaluer au mieux la dangerosité d’un patient pour lui-même ou pour les autres, même si cela implique de prendre davantage de temps.

L’utilisation massive de médicaments, qui peut prendre la forme de contention psychique, existe encore : oui hélas des progrès restent à faire en matière de psychotropes même si ceux-ci ont permis à certains patients de sortir des asiles et à d’autres de ne pas subir de contention physique. Les doses sont souvent plus élevées à l’hôpital qu’à l’extérieur, ce qui peut paraitre paradoxal mais qui peut s’expliquer par le fait que les patients sont en général hospitalisés pour des pathologies sévères en phase aiguë. Le vécu douloureux de l’enfermement et ce qu’il implique (ennui, frustration etc.) sont également en cause. La sédation se révèle notamment plus importante en chambre d’isolement et encore davantage lors de l’usage des contentions physiques, du fait de l’état du patient mais aussi pour lui permettre de mieux passer cette période délicate volontiers vécue comme interminable.

Le reste du reportage contient d’autres scènes tragiques notamment celles des réunions d’équipes qui dévoilent un chef de service odieux et qui pourraient s’apparenter à un sketch des Inconnus sans l’humour. Chaque équipe de psychiatrie devrait visionner ce reportage et s’instruire de ces quelques scènes pour progresser.

Sainte-Anne, hôpital psychiatrique : 12345678910