Le lithium n’a pas traité ses derniers maux

Revues Pro, Stabilisateurs de l'humeur

Ce bon vieux lithium a encore de l’énergie à revendre. Utilisé classiquement dans la prise en charge du trouble bipolaire, pour traiter les accès maniaques et prévenir les rechutes, celui-ci semble également avoir un effet préventif en matière de démence.

Le taux d’Alzheimer se révélant réduit chez les patients bipolaires sous lithium, des chercheurs ont souhaité évaluer l’effet d’un tel traitement pendant un an chez des sujets souffrant d’un déficit cognitif léger, que l’on peut considérer à mi-chemin entre la simple amnésie liée à l’âge et les pathologies dégénératives de type Alzheimer. Les résultats, comparés à ceux du placebo, se sont révélés positifs autant en matière de performance cognitive qu’au niveau d’un des marqueurs biologiques de dégénérescence. Cette nouvelle piste potentielle gagnerait à être davantage explorée compte tenu de l’intérêt que pourrait présenter un traitement préventif de la maladie d’Alzheimer.

Young AH. More good news about the magic ion: lithium may prevent dementia. Br J Psychiatry. 2011 May;198:336-7.

Forlenza OV and al. Disease-modifying properties of long-term lithium treatment for amnestic mild cognitive impairment: randomised controlled trial. Br J Psychiatry. 2011 May;198:351-6.

Par ailleurs, l’effet protecteur du lithium vis-à-vis du suicide, bien connu aux doses qualifiées de thérapeutiques, pourrait bien s’appliquer à des doses plus faibles. Une équipe autrichienne a récemment confronté le taux de suicides et celui du lithium dans l’eau potable dans les 99 départements du pays. La mortalité par suicide apparait alors inversement associée à la concentration de lithium dans l’eau, un résultat troublant qui concorde avec celui d’une étude similaire au Japon mais pas avec celui d’une étude à nouveau similaire menée dans l’Est de l’Angleterre.

Kapusta ND and al. Lithium in drinking water and suicide mortality. Br J Psychiatry. 2011 May;198:346-50.

Ohgami H and al. Lithium levels in drinking water and risk of suicide. Br J Psychiatry. 2009 May;194(5):464-5; discussion 446.

Kabacs N and al. Lithium in drinking water and suicide rates across the East of England. Br J Psychiatry. 2011 May;198:406-7.

Antidépresseurs + anti-inflammatoires = ?

Antidépresseurs, Effets secondaires, Revues Pro

Une étude récente vient appuyer certains soupçons concernant l’interaction des anti-inflammatoires et des antidépresseurs. Du coté des analgésiques sont concernés les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) comme l’ibuprofène ou l’aspirine mais également d’autres médicaments comme le paracétamol, et du coté des antidépresseurs, il s’agirait uniquement des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS). Les molécules impliquées sont visiblement les cytokines, des protéines de l’inflammation dont les taux sont retrouvés abaissés dans la dépression et qui semblent être (ré)activées par les antidépresseurs. Les anti-inflammatoires ayant tendance à réguler ces protéines à la baisse, il n’est pas étonnant de constater qu’ils contrarient l’efficacité des antidépresseurs.

Dans un premier temps réalisés chez la souris, les tests ont montré la diminution d’efficacité antidépressive du citalopram et de la fluoxetine, que ce soit sur le plan biochimique (diminution du taux de cytokines dans le sang et certaines régions du cerveau) ou comportemental, lors de l’administration concomitante d’ibuprofène, de naproxène ou d’aspirine.

L’étude a concerné ensuite un panel de 1546 patients humains déprimés traités par citalopram et les résultats sont éloquents : le taux de rémission passe de 55,2 % à 44,5 % en cas de prise d’AINS associée, et de 53,9 % à 37,1 % en cas de prise d’un analgésique non AINS associée.

Il s’avère non seulement nécessaire d’informer les patients traités par ISRS de ce phénomène qui doit être mis en balance avec les bénéfices attendus d’un traitement anti-inflammatoire. Par ailleurs, l’intérêt d’une collaboration étroite entre le médecin traitant et le psychiatre n’en peut être que renforcé, ceux-ci restant volontiers prescripteurs respectifs des AINS et des ISRS.

Warner-Schmidt JL et coll. Antidepressant effects of selective serotonin reuptake inhibitors (SSRIs) are attenuated by antiinflammatory drugs in mice and humans. Proc Natl Acad Sci U S A. 2011 Apr 25

Sainte-Anne, hôpital psychiatrique

Considérations, Hospitalisation, Vidéo

Pathétique sur de nombreux point, ce film de 90 minutes ne fait pas honneur à la psychiatrie française, d’autant plus qu’il est tourné à Sainte-Anne, un hôpital historique et réputé, que l’on imagine volontiers de pointe mais dont les différentes sections demeurent aussi hétérogènes qu’ailleurs. Il s’agit principalement d’une unité fermée, donc apte à recevoir des patients dont l’état ne permet pas le consentement aux soins. Il serait inutile de revenir sur la façon dont est filmé ou monté le reportage, du fait qu’il insiste sur les éléments les plus lugubres et brutaux et qu’il en délaisse probablement d’autres. Ceci n’empêche pas certaines scènes d’exister, d’être incluses et de ne pas correspondre à une bonne pratique de la psychiatrie.

Un journaliste s’étonne notamment de plusieurs faits sur son blog :

Les « électrochocs » existent encore : oui effectivement et le sujet fait débat. La manière dont la sismothérapie est délivrée dans le film ne pose pas de problème. En revanche, l’obtention du consentement, même s’il ne s’agit probablement pas de la première fois pour ce patient, laisse quelque peu à désirer. Ce recueil du consentement apparait d’ailleurs paradoxal lorsque les patients sont hospitalisés et traités sans leur consentement. Pour plus d’information, rendez-vous dans la section concernée aux ECT.

La contention physique, autrement dit, attacher les malades sur le lit avec des sangles pendant un ou plusieurs jours, et fermer la chambre à double tour, existe encore : oui toujours. Il s’agit d’une mesure adoptée en urgence en cas d’agitation extrême ou de risque majeur de passage à l’acte, et qui ne doit durer que quelques heures, le temps que les médicaments administrés parallèlement agissent. La mise sous contention dans le reportage est discutable : un traitement sédatif et un temps d’isolement auraient peut-être été suffisants. Par ailleurs, la contention ne calme pas les patients pas plus qu’elle ne les rassure. Les soignants affirmant le contraire ne le font que pour se rassurer eux-mêmes. La contention n’est utilisée que pour prévenir le danger, pour le patient ou pour les autres (ce sont les médicaments qui calment).

Par la suite, un soignant visiblement excédé profère des menaces à l’encontre de ce même patient après la levée de la contention, du type « si tu continues tu seras à nouveau attaché ». Ce genre de comportement ne devrait pas être toléré et j’espère bien que ce jeune homme a été rappelé à l’ordre suite au reportage, d’autant plus qu’il cautionne de ce fait la contention en tant que mesure punitive. À ce moment même, le patient n’est pas agité ni agressif mais bruyant et sa chambre et bordélique. Au cours de ce moment de faiblesse, il se met à parler (ou plutôt à hurler) d’un sujet qui le touche profondément mais aucun des deux soignants présents ne saisit hélas cette occasion pour entamer le dialogue. Dans l’idéal, le second soignant aurait pu désamorcer le conflit, prendre le patient à part et discuter avec lui. Pourquoi cela n’a-t-il pas été fait? Est-ce réellement une question de manque de moyen? Une question de manque de formation? Une question de manque d’empathie? Une question d’ambiance au sein du service? Peu importe. Il fallait le faire.

L’enfermement, sans consentement, sur décision unilatérale du psychiatre, existe encore : cela n’est actuellement pas autorisé par la loi. Outre la demande d’un tiers, l’hospitalisation sans consentement nécessite l’avis d’un ou de deux autres psychiatres dans les 24 heures. Dans le reportage, le psychiatre reçoit (ou obtient selon l’interprétation) cette demande de tiers au cours du fameux entretien où il reconnait s’être parfois trompé, mais que les patients ne lui en veulent « jamais vraiment ». Cette citation, surtout tirée hors de son contexte (celui-ci rajoute par la suite qu’il préfère hospitaliser quelqu’un à tort pendant quelques jours que de le retrouver pendu chez lui) constitue un manque de respect profond pour les patients concernés. Si cette crainte du passage à l’acte nous ronge parfois, elle ne doit pas nous empêcher de pouvoir évaluer au mieux la dangerosité d’un patient pour lui-même ou pour les autres, même si cela implique de prendre davantage de temps.

L’utilisation massive de médicaments, qui peut prendre la forme de contention psychique, existe encore : oui hélas des progrès restent à faire en matière de psychotropes même si ceux-ci ont permis à certains patients de sortir des asiles et à d’autres de ne pas subir de contention physique. Les doses sont souvent plus élevées à l’hôpital qu’à l’extérieur, ce qui peut paraitre paradoxal mais qui peut s’expliquer par le fait que les patients sont en général hospitalisés pour des pathologies sévères en phase aiguë. Le vécu douloureux de l’enfermement et ce qu’il implique (ennui, frustration etc.) sont également en cause. La sédation se révèle notamment plus importante en chambre d’isolement et encore davantage lors de l’usage des contentions physiques, du fait de l’état du patient mais aussi pour lui permettre de mieux passer cette période délicate volontiers vécue comme interminable.

Le reste du reportage contient d’autres scènes tragiques notamment celles des réunions d’équipes qui dévoilent un chef de service odieux et qui pourraient s’apparenter à un sketch des Inconnus sans l’humour. Chaque équipe de psychiatrie devrait visionner ce reportage et s’instruire de ces quelques scènes pour progresser.

Sainte-Anne, hôpital psychiatrique : 12345678910

La thérapie d’acceptation et d’engagement

Livres, TCC

Plutôt que de se braquer, de se renfermer sur elle-même face à la critique, la TCC semble évoluer tout en prenant celle-ci en considération. Ainsi la troisième vague dénommée « conceptuelle » n’attaque plus le symptôme de front mais vise à le vaincre par d’autres processus. Au cours de la thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT), l’énergie souvent gaspillée par le patient pour lutter contre ses pensées ou émotions douloureuses est redirigée vers des facteurs d’épanouissement. La distanciation de cette souffrance est paradoxalement facilitée par son acceptation selon des techniques assez similaires à celles de la fameuse « pleine conscience », elle-même inspirée de la méditation. La phase active de la thérapie consiste alors à orienter le comportement vers ses propres valeurs, selon les méthodes d’exposition classiques.

La légitimité de l’ACT est avancée par de multiples études d’efficacité et le SAMHSA (United States Substance Abuse and Mental Health Services Administration) l’a récemment reconnue comme une thérapie empiriquement validée après évaluation par un panel d’experts indépendants. Les deux ouvrages francophones disponibles actuellement sont à recommander autant aux thérapeutes qu’aux patients car fort bien réalisés.

Le magazine ACT

Faire face à la souffrance

Antidépresseurs ou engrais pour neurones

Antidépresseurs, Revues Pro, Troubles de l'humeur

Il s’agit dans cette étude des effets de la dépression sur la production des neurones et du rôle des antidépresseurs à ce niveau. Nous savions que la dépression est associée à une perte de ces fameux neurones et nous savions également, grâce à plusieurs études (elles aussi disponibles), que ces médicaments augmentaient la neurogénèse (production de nouveaux neurones) chez l’animal. Encore restait-il à vérifier ce phénomène chez l’Homme et à en comprendre les mécanismes. Les chercheurs ont donc étudié des cellules souches (destinées à se transformer soit en neurones, soit en d’autres types de cellules) d’une région cérébrale particulièrement atteinte dans la dépression (l’hippocampe) et constaté les mêmes effets. L’administration d’un antidépresseur (sertraline) a favorisé la différenciation de ces cellules souches en neurones après quelques jours. Un récepteur aux glucocorticoïdes (GR) est visiblement impliqué dans cette neurogenèse, stimulé positivement par les antidépresseurs, et négativement par les hormones de stress qui semblent jouer un rôle dans la survenue de la maladie dépressive. Ce modèle humain permettra surement de tester de nouvelles molécules et de trouver, nous l’espérons, de nouveaux antidépresseurs plus efficaces.

C Anacker et coll. Antidepressants increase human hippocampal neurogenesis by activating the glucocorticoid receptor. Molecular Psychiatry (12 April 2011)