Caféine contre dépression

Revues Pro, Troubles de l'humeur

Régulièrement soupçonné de nuire à notre santé, le plus populaire des stimulants se révèle finalement plutôt inoffensif voire même bienfaiteur sur quelques points. Sans effet significatif (notamment néfaste) sur les maladies cardiovasculaires, la caféine diminue modérément les marqueurs de l’inflammation et pourrait avoir un effet protecteur face à certains cancers.

Mieux encore, une équipe finlandaise révélait en 2000 une association entre consommation de café et diminution du risque de suicide, ce jusqu’à sept tasses par jour au-delà desquelles l’association s’inversait.

Plus récemment, une étude prospective nous livre des données particulièrement intéressantes sur un possible effet protecteur de la caféine contre la dépression. Plus de 50 000 femmes non déprimées en 1996 ont été suivies pendant dix ans et évaluées concernant leur consommation de café et l’éventuelle apparition de cette maladie. Le risque de survenue de la dépression est apparu diminué de 15% chez celles qui consomment 2 à 3 tasses par jour (comparativement à celles qui en boivent 1 ou 0), et de 20% chez celles qui en boivent 4 ou plus. Ces chiffres surprenant ne sont pas retrouvés avec le café décaféiné, le thé, le chocolat ou les sodas sans caféine ce qui incite à penser que cette caféine est la substance qui les détermine.

La relation de causalité n’est pas ici prouvée, notamment car on ne peut éliminer l’effet inverse : la dépression pourrait effectivement inciter à diminuer sa consommation de café. Cette dépression est ici diagnostiquée par un clinicien et/ou validée lorsqu’un traitement antidépresseur est instauré, ceci pouvant suggérer quelques biais potentiels, notamment lorsque les antidépresseurs sont mis en place pour une autre pathologie.

Si les auteurs ne peuvent pas (encore) affirmer que la caféine protège de la dépression, se limiter à une tasse par jour ne leur semble pas forcément judicieux. N’oublions pas, tout de même, que la caféine peut aussi être source de certains désagréments : l’insomnie lorsqu’elle est consommée trop tard dans la journée, l’accentuation de certains symptômes physiques de l’anxiété ou encore une stimulation excessive et néfaste dans le trouble bipolaire.

Lucas, M et al. Coffee, caffeine, and risk of depression among women. Arch Intern Med 2011; 171(17): 1571-1578.

The Mental Elf

Medpage Today

Medscape

Un marqueur sanguin de vulnérabilité à la dépression

Revues Pro, Troubles de l'humeur

La publication récente des travaux de cette équipe française dans le Journal of Neuroscience me donne l’occasion d’aborder cette découverte capitale. Si ce marqueur d’un « phénotype » dépressif ne signe pas encore la victoire de l’Homme sur la dépression (d’autant plus que l’étude concerne des rongeurs), ce témoin sanguin de vulnérabilité permettra probablement d’anticiper et donc d’améliorer la prise en charge d’une maladie récidivante et très invalidante.

Voici le communiqué de presse :

Dépression : un marqueur sanguin pour détecter la prédisposition

Paris, le 15 septembre 2011. Lorsque des rats sont soumis à un stress intense, seuls ceux présentant une altération durable de la structure des neurones dans certaines régions du cerveau développent des symptômes dépressifs à la suite d’un nouvel épisode stressant. Ce résultat vient d’être mis en évidence par l’équipe, dirigée par Jean-Jacques Benoliel du Centre de Recherche de l’Institut du Cerveau et de la Moelle Epinière (UPMC Inserm U975 CNRS) à l’Hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Leur étude a également permis de caractériser chez le rat un marqueur biologique fiable permettant de détecter la vulnérabilité à la dépression.

Ces résultats viennent d’être publiés dans The Journal of Neuroscience. Ils ouvrent denouvelles perspectives pour reconnaître et prévenir la prédisposition à la dépressiondans une population à risque.

La prédisposition à la dépression peut être d’origine génétique ou acquise, commepar exemple à la suite d’un stress intense (perte d’un proche, divorce) ou d’un stresscontinu (sur le lieu de travail par exemple). Chez certains sujets, ce n’est qu’à la suited’un autre épisode stressant (même peu intense) que la dépression peut sedéclencher. Ainsi, le premier stress laisserait une trace dans le cerveau, en modifiantles réseaux de neurones de façon durable. Ces individus sont considérés à risque,c’est-à dire qu’ils présentent une forte probabilité de développer une dépressionsuite à un autre stress.

Parvenir à reconnaître ces populations à risque nécessite de caractériser lavulnérabilité à la dépression. Pour l’étudier, l’équipe de Jean-Jacques Benoliel s’estappuyée sur un modèle reproduisant un stress social intense chez le rat. Ceprotocole induit une modification de la structure des neurones de certaines régionsdu cerveau, en particulier dans l’hippocampe, une zone impliquée dans denombreux processus d’apprentissage et de mémorisation. En même temps, le tauxde BDNF, une molécule impliquée dans la croissance des cellules, était fortementdiminué dans cette région mais également dans le sang.

Après quelques semaines, la moitié des animaux stressés avaient retrouvé leur état normal, tandis que l’autre moitié avait conservé les modifications neuronales et un faible taux de BDNF. A la suite d’un nouveau stress de plus faible intensité, les symptômes dépressifs ne sont apparus que chez ce second groupe, l’identifiant comme population vulnérable. Les chercheurs ont alors caractérisé la mesure du taux de BDNF dans le sang comme marqueur biologique de la prédisposition à la dépression.

Cette étude ouvre de nouvelles perspectives visant à identifier au sein d’une population à risque les sujets prédisposés à développer une dépression. L’objectif est de permettre une thérapie, pharmacologique et/ou comportementale, précoce visant à prévenir le développement de la maladie.

Références de la publication : The Journal of Neuroscience, September 7, 2011 Vulnerability to Depression : From Brain Neuroplasticity to Identification of Biomarkers

http://www.jneurosci.org/content/31/36/12889.full.pdf+html

Aurélie Blugeot,1,2,3*, Cyril Rivat,1,2,3*, Elodie Bouvier,1,2,3, Jenny Molet,1,2.3, Amandine Mouchard,1,2,3, Brigitte Zeau,1,2,3, Christophe Bernard,4, Jean-Jacques Benoliel,1,2,3,5, and Chrystel Becker1,2,3,6.

1 Université Pierre et Marie Curie-Paris 6, UMRS 975, Pain Team, Site Pitié-Salpêtrière, 75013 Paris. 2 Inserm, U 975, 75013 Paris. 3 CNRS, UMR 7225, 75013 Paris. 4 Inserm, U 751, 13385 Marseille. 5 Service de Biochimie Endocrinienne et Oncologique, Hôpital de la Pitié-Salpêtrière, 75013 Paris. 6 Université Paris Descartes, Sorbonne Paris Cité, Faculté de Médecine, 75006 Paris.

Contact chercheur : Jean-Jacques Benoliel 01. 40. 77. 96. 57. jean-jacques.benoliel@upmc.fr

Contact presse UPMC : Claire de Thoisy-Méchin 01. 44. 27. 23. 34. – 06. 74. 03. 40. 19. claire.de_thoisymechin@upmc.fr

Le Mur : la psychanalyse à l’épreuve de l’autisme

Affaire Le MUR, Autisme, Internet, Psychanalyse
LE MUR : une plongée en apnée dans un monde ou l’idéologie a supplanté la raison.
Depuis plus de trente ans, la communauté scientifique internationale reconnaît l’autisme comme un trouble neurologique entraînant un handicap dans l’interaction sociale. Tous les autistes présentent des anomalies dans une zone du cerveau, le sillon temporal supérieur, identifiée en l’an 2000 par le Dr Monica Zilbovicius, psychiatre à l’INSERM. Hélas, en France la psychiatrie qui reste très largement dominée par la psychanalyse, ignore résolument ces découvertes. Pour les psychanalystes, l’autisme est une psychose, autrement dit un trouble psychique majeur résultant d’une mauvaise relation maternelle. Sophie Robert a réalisé une longue enquête auprès d’une trentaine de pédopsychiatres-psychanalystes afin de démontrer par l’absurde (de l’aveu même des principaux intéressés !) l’inefficacité de la psychanalyse comme traitement de l’autisme.

Ma colère laisse progressivement la place à un sentiment de honte tenace pendant le visionnage de ce reportage : un triste spectacle, des propos plus affligeants les uns que les autres. Comment a-t-on pu en arriver là? Comment ces dogmes ahurissants ont-ils pu se répandre et s’installer aussi durablement en France au sein de la sphère médicale (psychiatrique)? La croyance religieuse, voire délirante, n’a, il est vrai, jamais empêché de délivrer des soins adaptés lorsqu’une distance suffisante est établie entre science et croyance, mais ici…

L’autisme semble révéler au mieux les travers d’une discipline qui ne semble pouvoir vivre que par le monopole, et dont la profonde intolérance à la critique de certains de ses acteurs les rend dangereux. Si les théories psychanalytiques pouvaient représenter un progrès il y a un siècle, les proclamer solennellement et les appliquer sur des enfants autistes en 2011 sans tenir compte des progrès réalisés et des autres approches relève de la dérive sectaire.

Il est temps que ces fiers psychanalystes qui se disent ici en guerre contre « l’invasion du comportementalisme » abandonnent le spectre autistique et se replient dignement, si tant est que l’on puisse encore invoquer une certaine dignité face à une situation aussi catastrophique. La communauté psychanalytique réagira probablement à ce reportage, et avancera encore et toujours les mêmes arguments : ils seraient ainsi les seuls à prendre en compte la singularité du sujet, à défendre les pauvres patients contre l’horrible dressage des TCC, contre l’empire de l’industrie pharmaceutique, contre le gigantesque complot gouvernemental visant à nous transformer en marionnettes dociles, contre le scientisme galopant, le fascisme, le côté obscur de la force et l’immonde pouvoir de Satan. Finalement, nous devrions uniquement les remercier.

Le plus révoltant pour les patients et les familles reste cette profonde incapacité à reconnaitre ses erreurs et/ou ses errances, une remise en question rendue impossible par l’intensité de ces croyances et la profondeur de leur implantation…

David Healy – Les médicaments psychiatriques démystifiés (2009) ♥♥♥♥½

Effets secondaires, Livres, Médicaments, Troubles psy

David Healy est psychiatre, historien de la psychiatrie, chercheur en psychopharmacologie, et directeur du North Wales Department of Psychological Medicine, College of Medicine, Cardiff University, Bangor, Royaume-Uni. Il est internationalement connu pour ses recherches et écrits sur les psychotropes.

Ce cher David Healy est également l’une des plus grosses bêtes noires de l’industrie pharmaceutique dont il ne cesse de dénoncer l’influence néfaste sur la médecine. Parmi les principaux acteurs du débat mêlant Prozac® et suicide, il est également de ceux qui dénoncent depuis longtemps les conflits d’intérêts dans les milieux académiques concernés. S’il peut donc être considéré comme l’un des scientifiques les plus indépendants, sa longue croisade semble l’avoir conduit bien loin d’une certaine neutralité, ce qui se ressent inévitablement à la lecture de ce livre.

Il s’agit pourtant d’un ouvrage admirable, parmi les plus intéressants de la dernière décennie, du moins en ce qui concerne la psychiatrie. Tout bon prescripteur de psychotropes devrait l’avoir lu au moins deux fois dans sa vie, sinon davantage, même si cela compensera difficilement l’influence de nos visiteuses préférées. L’auteur nous incite évidemment à relativiser les effets thérapeutiques des psychotropes. Certaines informations sont certes déjà répandues mais gagneraient à l’être davantage : des antidépresseurs à peine plus efficaces que le placebo ou des antipsychotiques atypiques qui ne représentent finalement qu’un progrès limité par rapport aux neuroleptiques classiques, notamment en matière d’effets secondaires, le tout étant camouflé à la perfection par nos laboratoires préférés qui sont trop souvent au centre de la formation continue et pour qui l’enfance troublée constitue un investissement aussi durable que lucratif. David Healy s’appuie judicieusement sur une perspective historique et sur quelques études trop vite oubliées pour appuyer son entreprise de démystification.

Face à une nosographie en perpétuelle évolution, à des maladies dont les limites demeurent floues, et avec une pharmacopée globalement peu spécifique, la prescription en psychiatrie devient un exercice extrêmement complexe, sans parler des variations interindividuelles et les problèmes de sevrage. Ceux-ci, tout comme certains effets secondaires, sont encore trop souvent assimilés à des symptômes de la maladie pour laquelle le médicament est prescrit. S’il faut certainement s’inquiéter d’une tendance à médicaliser les états d’âme, nous ne devons pas oublier qu’il existe encore beaucoup de vrais malades non diagnostiqués et non (ou mal) traités. Il conviendra donc de s’approcher d’une sorte de juste milieu, pile entre diabolisation et idéalisation du médicament, ce qui n’est peut-être pas suffisamment précisé dans ce livre : un médicament n’est ni miraculeux, ni démoniaque, et doit être manipulé avec une pleine conscience de la balance bénéfices/risques. Et par-dessus tout, il apparait primordial de prendre en compte le point de vue du patient et de l’informer au maximum, celui-ci restant le premier concerné par les effets des médicaments.

Extrait sur Google books

Les médicaments psychiatriques démystifiés

David Healy, Traduit par : Monique Debauche

FICHE TECHNIQUE
ISBN : 978-2-8101-0116-0
Date de parution : 11/2009
Format (l x h) : 170 x 240 mm
Référence : 10116
Nombre de pages : 352
Langue de publication : Français
Marque/Éditeur : ELSEVIER

La question de la prescription excessive de médicaments psychiatriques en France comme en Belgique revient de plus en plus fréquemment sur la place publique. Dans ce contexte, cet ouvrage apporte une information sur chaque classe de médicaments à la fois très complète et indépendante de celle fournie par les firmes pharmaceutiques. Il replace la psychopharmacologie dans sa dimension historique, fait le point sur la réalité des connaissances actuelles en matière de psychotropes : leurs effets réels et leurs risques potentiels dans la pratique clinique. Certaines alternatives aux traitements médicamenteux sont également abordées. Adapté au lectorat francophone par une mise en concordance de la dénomination commune internationale des médicaments avec les noms de marques vendus en France, en Suisse, en Belgique et au Canada, cette traduction tient également compte des différences de pratique entre les mondes francophone et anglo-saxon. Il est destiné à la fois aux prescripteurs et aux professionnels qui travaillent avec les personnes prenant des médicaments psychiatriques.

SOMMAIRE

1. Introduction.

I – La gestion des psychoses.

2. Les antipsychotiques. 3. Les effets indésirables des antipsychotiques et leur gestion.

II – La gestion de la dépression.

4. Les antidépresseurs. 5. Les effets indésirables des antidépresseurs.

III – La gestion des troubles bipolaires.

6. La gestion des troubles bipolaires aigus. 7. Les stabilisateurs de l’humeur.

IV – Les médicaments psychiatriques chez les enfants.

8. Les médicaments psychiatriques chez les enfants.

V – La gestion de l’anxiété.

9. Les troubles anxieux. 10. Les benzodiazépines. 11. L’anxiolyse et le système sérotoninergique. 12. Les bêtabloquants et l’anxiété.

VI – La gestion des troubles du sommeil et de l’insomnie.

13. Les troubles du sommeil et l’insomnie. 14. La gestion non pharmacologique de l’insomnie. 15. Les hypnotiques. 16. Les sédatifs.

VII – La gestion des déficits cognitifs.

17. L’amélioration des performances cognitives dans les démences. 18. L’amélioration des performances cognitives et la neuroprotection.

VIII – La gestion des difficultés sexuelles.

19. Les différents types de difficultés sexuelles. 20. Les effets des médicaments sur les différents aspects des fonctions sexuelles.

IX – La gestion de la dépendance et du syndrome de sevrage.

21. La dépendance physique de type 1. 22. La dépendance physique de type 2. 23. La dépendance physique de type 3.

X – Le consentement, l’abus et la responsabilité.

24. Le consentement. 25. L’abus pharmacologique. 26. La responsabilité. XI – Le commerce de la tranquillité. 27. L’industrie éthique. 28. La psychiatrie biaisée par les preuves. 29. La commercialisation des désordres psychiatriques. 30. Des soins de santé à Pharmageddon.

Antidépresseurs et cardioprotecteurs?

Antidépresseurs, Revues Pro

Afin de clarifier d’éventuelles relations entre infarctus et antidépresseurs, quelques auteurs ont analysé une base de donnée issue de la médecine militaire américaine, soit plus de 93 000 patients âgés de 25 à 90 ans, indemnes d’affection cardiaque entre 1999 et 2000 mais ayant reçu un diagnostic de dépression durant cette période.

Le traitement antidépresseur, d’une durée supérieur à 12 semaines et quelle que soit sa classe, est associé à une diminution de survenue des infarctus du myocarde, et à une diminution de la mortalité toutes causes confondues.

Plusieurs explications pourraient convenir : effet cardioprotecteur d’une amélioration de l’humeur, notamment par l’intermédiaire d’une réduction des facteurs de risques cardiovasculaires, action directe du médicament antidépresseur ou augmentation de la compliance concernant les médicaments cardiologiques.

Scherrer JF, Garfield LD, Lustman PJ, Hauptman PJ, Chrusciel T, Zeringue A, Carney RM, Freedland KE, Bucholz KK, Owen R, Newcomer JW, True WR. Antidepressant drug compliance: reduced risk of MI and mortality in depressed patients. Am J Med. 2011 Apr;124(4):318-24.