Le punching-ball en psychiatrie : pourquoi pas ?

Considérations, Prise en charge, Uncategorized

Cela doit faire vingt ans que j’entends cette proposition revenir, régulièrement, dans différents services, en réunion ou entre deux portes : installer un punching-ball !

L’idée semble frappée (c’est le cas de le dire) au coin du bon sens : permettre aux patients en crise de se défouler, de « faire sortir » la colère, d’éviter que l’agressivité ne se retourne contre autrui ou contre eux-mêmes. N’est-ce pas élémentaire ?

L’objet est simple. La solution est visible. Le geste est concret. Mais la situation, elle, l’est-elle vraiment ?

Tout n’est pas trauma, mais…

Publications, Traumatismes, Uncategorized

Il est devenu courant, dans certains cercles psychiatriques et intellectuels, de s’alarmer d’une « épidémie de traumas ». Un billet publié il y a quelques mois par un psychiatre et un psychologue (tous deux extrêmement respectables) met en garde contre la tentation de tout expliquer par le trauma, dénonçant à juste titre les dérives de certains discours simplistes.

Je partage tout à fait leur agacement face aux raccourcis. Non, tout n’est pas trauma. Non, l’histoire individuelle ne peut être réduite à une grille de lecture unique. Mais en lisant leur critique, je crains que nous ne soyons en train de construire un bon gros « homme de paille » : et oui, à force de pointer les excès d’une minorité de charlatans, on finit par minimiser une réalité statistique et clinique pourtant écrasante…

Stigmatisation et psychophobie [rappels]

Considérations

Petits rappels mais chacun d’une grande importance si vous voulez éviter de sombrer dans la stigmatisation ou la psychophobie :

Cinéma et schizophrénie

Cinéma, Revues Pro, Troubles psychotiques

Les psychiatres ne cessent de clamer, à juste titre, que les médias stigmatisent les malades mentaux. Si la « diversité » des faits-divers reste encore majoritairement consacrée aux mauvaises nouvelles et aux tragédies, rien n’empêche à priori les œuvres plus ou moins fictionnelles de dresser des portraits positifs ou au moins réalistes de patients atteints de troubles psychiatriques.

Une psychiatre texane s’est ainsi penchée sur les films récents (principalement américains et sortis entre 1990 et 2010) dont au moins un personnage présentent les caractéristiques de schizophrénie. Il en ressort que ces malades psychiatriques du cinéma relayent une vision erronée et très caricaturale de la maladie.

Les amalgames avec d’autres troubles persistent si bien qu’il n’est pas rare de constater chez ces pseudo-schizophrènes des comportements violents pour ne pas dire psychopathiques dignes des tueurs en série, mais également des talents particuliers évoquant le syndrome d’Asperger, ceci jusqu’aux pouvoirs surnaturels, sans parler des personnalités multiples, un phénomène aussi rare que l’alignement de toutes les planètes du système solaire. Pour beaucoup de ces pseudo-schizophrènes, la maladie serait d’origine purement traumatique et la guérison peut survenir, notamment par amour. La grande majorité de ces personnages sont violents, ce que ne seront jamais plus de 90% des vrais schizophrènes. Le cinéma moderne ne semble hélas pas disposé à renoncer à la bonne recette du schizophrène sensationnel et/ou dangereux, et ne contribue que rarement à donner une image positive et/ou réaliste des malades mentaux. L’auteure attribue tout de même des bons points à trois films et trois acteurs : Le Soliste (Jamie Foxx), Some Voices (Daniel Craig) et Canvas (Marcia Gay Harden).

J’ai récapitulé dans ce tableau les données concernant la schizophrénie au cinéma et dans la réalité :

Cinema

Réalité

Sexe 79% d’hommes 50%
Ethnie 95% de caucasiens Pas de prédominance
Hallucinations auditives 62% 50-80%
Hallucinations visuelles 52% 15%
Hétéro-agressivité 83% 3-5% (risque X4 en cas d’abus d’alcool ou de drogue)
Homicide 31% 0,3% (contre 0,02% en population générale)
Auto-agressivité 69% 20-40%
Suicide 24% 10-15%

Owen PR. Portrayals of Schizophrenia by Entertainment Media: A Content Analysis of Contemporary Movies. Psychiatr Serv. 2012 Jul;63(7):655-9.

Article sur Medscape

Fazel S, Gulati G, Linsell L, Geddes JR, Grann M. Schizophrenia and violence: systematic review and meta-analysis. PLoS Med 2009;6(8):e1000120.

Violence en milieu psychiatrique

Hospitalisation, Troubles psy

Volontiers mise en avant par les médias, la violence concerne pourtant une petite minorité des patients suivis en psychiatrie. Si la plupart des agressions restent verbales, toute équipe soignante, notamment hospitalière, doit se montrer apte à gérer les violences physiques ainsi qu’à prévenir au mieux leur survenue.

Une équipe italienne vient de compiler plusieurs études sur le sujet à la recherche des facteurs les plus associés à ces épisodes d’agression. Les 66 études sélectionnées entre 1990 et 2010 concernent des patients adultes hospitalisés, non sélectionnés sur un diagnostic précis (à l’exception des troubles psychotiques).

Les variables les plus fréquemment associées à la violence et aux agressions sont :

  • De précédents épisodes de violence ou d’agression
  • L’impulsivité et l’hostilité
  • L’hospitalisation prolongée
  • L’admission non volontaire

Il ne s’agit pas d’une découverte révolutionnaire mais ces éléments doivent être pris en compte systématiquement, même si leur association à la violence ne les rend pas forcément prédictifs de celle-ci.

Pour d’autres facteurs, régulièrement soupçonnés d’intervenir à ce niveau, l’association est beaucoup plus faible. Il s’agit de :

  • La consommation de drogue et d’alcool
  • La psychose
  • Le jeune âge
  • La présence d’un risque suicidaire

Cependant, en isolant les études qui ne concernent que les patients psychotiques, les facteurs les plus associés à la violence sont :

  • La consommation de drogue et d’alcool
  • L’hostilité
  • La psychose aiguë (décompensée)
  • Le délire paranoïde

Enfin, il semble que l’agresseur et la victime soient le plus souvent de même sexe, et qu’une « harmonie » au sein de l’équipe se révèle plus efficace en matière de prévention que la plupart des autres stratégies testées, notamment la présence d’infirmiers masculins.

Cornaggia CM, Beghi M, Pavone F, Barale F. Aggression in psychiatry wards: a systematic review. Psychiatry Res. 2011 Aug 30;189(1):10-20.

The causes of aggression and violence in psychiatric settings: new systematic review. The Mental Elf.