Souffrance et déni de psychanalys(t)e

Autisme, Considérations, Psychanalyse

Un éminent confrère et Professeur s’est récemment exprimé au sujet de la souffrance des enfants autistes qui lui semble « niée et déniée au fil des polémiques haineuses et ravageuses qui ont eu lieu ces dernières années, et qui ont amené la disqualification que l’on sait du soin psychique, de la psychanalyse et des psychothérapies dans le champ de l’autisme infantile ».

Cette énième posture victimaire (pauvres de nous) et démagogique (pauvres enfants), révélatrice de cet incroyable égocentrisme psychanalytique, semble surtout révéler la souffrance de celui qui ne sait plus aborder celle des autres sans avoir préalablement mis en avant la sienne. Les coupables sont logiquement désignés sans avoir vérifié le postulat de départ : ce sont bien évidemment les parents « qui n’aiment guère qu’on le leur rappelle tant ils souffrent eux-mêmes de la souffrance de leur enfant » et bien sûr ces fameuses « polémiques haineuses et ravageuses », à savoir les critiques de la psychanalyse. Nous assistons donc à la nouvelle éclosion d’un délire désormais bien connu, au sein duquel des persécuteurs instrumentalisent des parents fragilisés dans le but de nuire à la psychanalyse.

Déni de souffrance? Où es-tu? D’où viens-tu?

Cela fait maintenant quelques années que je côtoie plus ou moins directement des parents d’enfants autistes, à travers des échanges, des lectures de témoignages ou dans le cadre professionnel. Je n’ai encore jamais vu un parent refuser d’admettre la souffrance de son enfant autiste, ni même la sienne sous prétexte qu’elle serait moindre ou non prioritaire. Il s’agit évidemment de mon point de vue, celui d’un psychiatre, psychothérapeute et non psychanalyste, celui d’un critique catalogué plus haut comme haineux et ravageur mais qui, curieusement, n’a lui non plus jamais nié ou dénié cette fameuse souffrance. Ce déni ne pourrait il donc pas provenir des fantasmes de ceux-là mêmes qui le dénoncent, des interprétations sauvages effectuées sur la base d’un refus de diagnostic, de prise en charge ou à partir d’une simple réticence parentale?

Déni de souffrance? Où vas-tu? Que veux-tu?

La souffrance doit conduire au soin, le soin doit conduire à la psychanalyse (plus ou moins cachée derrière la psychiatrie et la psychothérapie) : cette croyance a été bien enracinée dans le pays par la communauté psychanalytique. Dans ce contexte, il n’est pas aberrant d’imaginer que refuser la psychanalyse implique de refuser les soins, de refuser la souffrance. Il s’agit d’une croyance que j’estime au moins partiellement responsable de la situation catastrophique en France, ce fameux retard de 40 ans. Le soin ne peut et ne doit pas être la réponse à toutes les souffrances. Le soin ne peut et ne doit pas être qu’un synonyme ou un dérivé de psychanalyse. Il est essentiel de dissocier la psychanalyse de ce qu’elle prétend être seulement quand ça l’arrange : une psychothérapie ou une médecine.

Mais pourquoi les parents refuseraient-ils de confier leur souffrance et celle de leur enfant autiste à la psychanalyse?

Cet article en est la parfaite réponse tant il illustre ce qu’un psychanalyste peut faire et ne peut pas faire de cette souffrance.

  • Ce qu’il peut faire dans un premier temps, c’est la romancer avec une imagination sans limites et un jargon qui ne l’est pas moins. Des « angoisses de chutes sans fond, angoisses de chute sans fin, angoisses de vidange, angoisses de liquéfaction, agonies primitives, angoisses catastrophiques ou encore des angoisses de perte d’objet sur le plan des relations qui se jouent en atmosphère triadique ou triangulée » (sans désigner directement les organes sexuels et les parents, c’est toujours mieux), mais aussi des « angoisses d’arrachage ou de dé-fusion sur le plan des liens primitifs qui se jouent en atmosphère dyadique, et des angoisses dites archaïques sur le plan des enveloppes qui se jouent en atmosphère principalement monadique » (l’angoisse est partout, dans toutes les situations).
  • Ce qu’il peut faire dans un deuxième temps, c’est bricoler une explication et surtout la verrouiller par l’irréfutabilité. Les autistes échoueraient donc à creuser un écart intersubjectif, ou pas : « Certains enfants autistes échouent à creuser l’écart intersubjectif et, pour eux, l’objet demeure, en quelque sorte, une question sans objet (autisme typique), tandis que d’autres, ou les mêmes après un certain temps d’évolution, sont capables de prendre en compte cet écart intersubjectif […] ». Si l’autiste ne l’est pas, ou ne l’est plus, il l’est quand même, mais sous une forme atypique.
  • Ce qu’il peut faire dans un troisième temps (du rebours intuitivo-interprétatif), c’est poursuivre l’édification de son mythe des profondeurs, remonter la seule et unique trajectoire qui soit compatible avec ses croyances de psychanalyste : celle qui mène à l’origine, à la source, à la coupable que nous connaissons tous. Ce grand professeur fait partie de ceux qui ont osé proclamer qu’il en était fini du temps où les psychanalystes culpabilisaient les mères, mais que resterait-il de la psychanalyse sans les mères toxiques, insuffisamment bonnes, phalliquement lourdes, mal censurées en tant qu’amantes de leur enfant ou pour qui quelque chose fait faillite au niveau de l’amour? Pour la cuvée 2014, la mère d’un enfant autiste sera donc qualifiée d’insuffisamment « synchronisante » et l’autiste restera considéré comme un être humain qui n’est pas né « psychiquement ».
  • Ce qu’il ne peut pas faire, c’est avant tout, et comme les lignes précédentes l’illustrent, faire évoluer ses idées et donc ses pratiques en fonction des progrès des autres, qu’il s’agisse des progrès de la science, des autres « courants » mais aussi de ceux des parents et des autistes eux-mêmes. Il existe certes plusieurs « écoles », plusieurs « vagues » de psychanalyse mais celles-ci ne diffèrent que par ce qu’elles ont à perdre, et donc par leurs méthodes de communication. Le brouhaha global qui s’en échappe mêle donc logiquement des propos ouvertement méprisants et d’autres plus rassurants : le double langage à l’échelle de la communauté psychanalytique. Mais il suffit de gratter très légèrement la croute de la frange la plus conciliante (incarnée par ce cher Professeur) pour constater que dans le fond, tous restent soudés à leurs convictions les plus délirantes.
  • Ce qu’il ne peut pas faire, c’est sortir d’un attentisme thérapeutique. La croyance dominante et terriblement ancrée demeure celle que quelque chose doit se débloquer, mais qu’il ne peut y contribuer de façon active (d’où la fameuse attente de « l’émergence du désir »). Il s’agit d’un mode de pensée typiquement superstitieux au sein duquel toute intervention trop directe du psychanalyste rendrait des progrès moins réels, moins valables, moins durables. Les bénéfices secondaires et hautement renforçateurs de cette croyance sont évidents : la psychanalyste ne peut pas se considérer responsable d’une absence de progrès à partir du moment ou ce fameux « déclic » ne doit pas venir de lui.
  • Ce qu’il ne peut toujours pas faire, c’est partager l’offre de soins avec d’autres modes de pensée ou d’autres approches qui ne valideraient pas ses principales croyances. La préservation de celles-ci reste la priorité absolue, un phénomène illustré d’un coté par les innombrables scissions effectuées dans l’histoire de la psychanalyse et de l’autre par ces approches « pluridisciplinaires » ou « intégratives », mais toujours très sélectives…

Que conclure et qui culpabiliser?

Je vous livre donc la conclusion de l’éminent Professeur concernant ce déni de souffrance :

C’est ce que j’ai voulu montrer ici pour dire que le déni de leur souffrance a, bien entendu, valeur de défense et de protection des adultes qui les côtoient, mais qu’il se retourne en dernier ressort contre les enfants et leur reconnaissance en tant que sujets en devenir.

Puis vous offre la mienne, qui diffère en un point :

C’est ce que j’ai voulu montrer ici pour dire que le déni de leur souffrance a, bien entendu, valeur de défense et de protection des adultes qui les côtoient, mais qu’il se retourne en dernier ressort contre les psychanalystes et leur reconnaissance en tant que sujets en devenir.

Mais finalement qui est donc dans le déni?

Psychanalyse, spiritisme et charlatanisme

Considérations, Internet, Psychanalyse

Chez les psychanalystes, il y a des modérés, des extrémistes et des illuminés. Les frontières entre ces trois catégories sont parfois si poreuses qu’il devient souvent difficile d’extraire le bon grain du charlatan, y compris chez les médecins et psychologues dont l’étiquette « psychanalyste » se révèle encore rassurante et protectrice auprès du grand public, des professionnels et des instances ordinales (les psychologues n’ont toujours pas d’instance ordinale?). Les œuvres fondatrices de la psychanalyse, à l’instar de la plupart des textes sacrés, ne sont d’aucune utilité à ce niveau puisqu’il est possible de leur faire dire absolument tout et son contraire (c’est bien là le problème). Ni l’association Psychothérapie Vigilance, ni même la Miviludes ne prennent véritablement position par rapport à cette discipline mais les conseils de la seconde sont certainement à recommander.

J’ai décidé de vous soumettre trois sites internet, récoltés durant mes errances plus ou moins récentes sur la toile, et qui ne sauraient se passer de commentaires.

La psychanalyse transgénérationnelle : une affaire de fantômes et de télépathie

L’inconscient freudien avait déjà bon dos, mais face à cette excroissance, le bossu de Notre-Dame n’a qu’à bien se tenir. Quand ce n’est pas la faute des parents, et notamment de la mère, c’est la faute des ancêtres ou plutôt de leur fantôme transgénérationnel. Le traumatisme n’aurait donc finalement pas eu lieu durant l’enfance, mais bien avant, parfois il y a bien longtemps, peut-être aussi dans une galaxie lointaine qui sait?

Voici ce qu’en présente l’auteur du site (psychologue et psychanalyste) :

La psychanalyse transgénérationnelle appelle « un fantôme », une structure psychique et émotionnelle parasite, issue de l’un ou de plusieurs de ses ancêtres, portée et agie inconsciemment par un descendant. […] Ces « fantômes » se signalent principalement par la répétition de symptômes, de comportements aberrants, de schémas relationnels stériles provoquant pour certains des difficultés de vie de toutes sortes et des affections psychiques assez graves. […] Le fantôme transgénérationnel est donc une structure psychique émotionnelle résultant d’un traumatisme. Il semble qu’elle soit « expulsée» par l’ancêtre qui n’a pas pu la métaboliser, la dépasser, la transcender. Certains auteurs parlent de « patate chaude », je préfère évoquer l’image d’une « grenade dégoupillée» : elle peut être transmise de génération en génération sans faire de dégâts visibles jusqu’à ce qu’elle éclate sous la forme de phénomènes pathologiques incompréhensibles. […] Par l’étude de l’arbre généalogique, mis à plat de façon exhaustive, les noms, prénoms, dates de naissance, de mariage, de mort et de traumatismes des aïeux sont autant de traces de ces  tremblements de terre originaux capables de provoquer, bien longtemps après, de véritables «tsunamis » familiaux. Le repérage de la répétition de ces signifiants tout au long d’une chaîne généalogique peut permettre de remonter, à partir d’un symptôme d’aujourd’hui jusqu’à sa source d’hier, parfois à cinq, six, voire sept générations antérieures. Ce n’est souvent qu’au prix de ce travail de recherche qu’un descendant peut enfin métaboliser cette émotion résiduelle qui le parasite et qui n’appartient pas à son vécu.

La télépathie occupe évidemment une place centrale dans la transmission de ces symptômes de génération en génération. L’auteur du site ne manque pas de rappeler que les plus grands psychanalystes croyaient en cette télépathie, notamment Freud, quelques-uns de ses disciples et bien sûr Dolto. La découverte des neurones miroirs vient évidemment appuyer son argumentaire.

Si les fantômes et autres télépathes peuvent être à l’origine de troubles graves, il n’y a aucune raison pour que la psychanalyse transgénérationnelle se cantonne à la bobologie neuropsychique. L’auteur nous expose d’ailleurs quelques séances de la prise en charge d’une enfant autiste, et n’hésite pas à conclure :

J’espère que ce témoignage pourra contribuer à montrer qu’il y a un avenir pour l’autisme dans le travail psychanalytique, à condition que ce travail prenne en compte les avancées de la psychanalyse transgénérationnelle. Je ne crois pas que la psychose, les troubles obsessionnels graves ou l’autisme soient en général le résultat d’une enfance qui s’est mal passée : sinon il y en aurait beaucoup plus et il faut avoir rencontré des « résilients » pour comprendre qu’on peut relativement bien s’en sortir avec des conditions précoces très difficiles. Les autistes sont à mon sens porteurs des traumas de leurs parents ou de leurs ancêtres, ou des deux comme il me semble pour Aline. Et mon expérience avec les enfants gravement atteints psychiquement m’a montré qu’il fallait parfois en trouver l’origine à plus de trois générations antérieures. Aline qui est « dans les structures psychiques de sa mère » (l’originaire), ne porte pas son trauma de fille mais l’incorporation du trauma de sa mère. Lors des séances, en lui parlant de son propre trauma, la mère libère sa fille : elle évite à sa fille de prendre en elle ses traumas de mère. C’est une notion fondamentale de psychanalyse transgénérationnelle : l’enfant thérapeute de son parent.

L’autisme viendrait donc bien de la souffrance de la mère qui viendrait de la souffrance de la mère de celle-ci et ainsi de suite jusque… Au traumatisme originel? Le big bang?

Le syndrome de Peter Pan : ôtez lui ce crochet qu’il ne saurait voir

Le socle du syndrome autistique m’est apparu comme lié au fait que l’enfant a voulu inconsciemment fuir devant les terreurs qu’il a pu vivre dans son enfance depuis sa conception ou qu’il a ressenti et pris comme une éponge dans l’inconscient de ses parents. En voulant redevenir le petit bébé de la mère (avec souvent le désir de revenir dans son ventre), l’enfant va bloquer lui-même toutes les puissantes forces de vie au fond de lui. […] Par ailleurs, en s’enfuyant devant les terreurs qu’il ressent en lui, il va « s’envoler en esprit » comme Peter Pan pour s’enfermer dans sa bulle, dans son monde imaginaire magique où son esprit risque de se perdre alors que son corps devient comme « une forteresse vide » terme utilisé par le psychanalyste et pédagogue américain Bruno Bettelheim. Si l’on essaye de sortir l’enfant de sa bulle protectrice qui lui sert à se protéger de ses peurs sans s’assurer de sa collaboration, cette entreprise sera extrêmement difficile et engendrera chez l’enfant des réactions très puissantes.

Ce concept fumeux dont la validité scientifique s’approche de celle de votre dernier horoscope (effet barnum quand tu nous tiens) a été lancé par un psychanalyste américain dans les années soixante-dix. Il s’agit tout simplement du « refus de grandir » qui concerne au bas mot une écrasante majorité de l’espèce humaine, donc une écrasante majorité des personnes atteintes de troubles psychiques. Ces derniers seront donc bien avisés de « grandir pour guérir » comme le scande l’auteur du site en question (médecin pédopsychiatre). Son approche au combien minimaliste et moralisatrice (malade car immature?) semble pouvoir résoudre tout un tas de problèmes plus ou moins graves chez l’enfant : anorexie, boulimie, violence, dépression, difficultés scolaires, dyslexie, encoprésie, énurésie, hyperactivité, immaturité (sans blague…), troubles de la concentration et du langage, tics, tocs et syndromes autistiques.

Lorsqu’il s’agit d’exposer sa démarche, apparemment aussi préventive que thérapeutique, le pédopsychiatre se disperse quelque peu à travers des vignettes cliniques de façade vouées à masquer une certaine vacuité. Il se réclame en revanche ouvertement des théories psychanalytiques et procède le plus souvent par l’interprétation de dessins qui finissent toujours par révéler un traumatisme maternel bien caché, parfois même oublié (faux souvenir quand tu nous tiens) et dont la révélation suffit à régler le problème.

Hélas, il semble que ce médecin ne puisse plus « accompagner de nouveaux patients en thérapie » comme il le mentionne sur sa page d’accueil. Quel dommage au vu de la guérison miraculeuse d’un enfant de trois ans et des nombreux témoignages de parents en sa faveur…

– « Alors, quelle maladie pensez-vous que votre enfant présentait lorsque vous êtes venus me voir la première fois ?
– On nous avait dit qu’il était autiste, mais vous nous avez dit qu’il présentait le syndrome de Peter Pan.
– Si je vous avais dit que votre enfant était entré dans l’autisme, qu’auriez-vous pensé ?»
– Nous aurions été effondrés et nous aurions cru qu’on ne pouvait plus rien faire pour lui ! »

La réclame psychanalytique : plus de buzz, plus de clients

Lorsqu’il est impossible de se revendiquer psychiatre ou psychologue (faute de diplôme), qu’il est désormais impossible de se revendiquer psychothérapeute, il est encore possible de se déclarer psychanalyste et de monter son cabinet. Le troisième site de ma sélection est consacré au rayonnement d’un psychanalyste qu’il serait hors de question de considérer comme illégitime puisque celui déclare avoir effectué une analyse personnelle, qu’il déclare être formé à la « psychopathologie clinique psychanalytique », et surtout car le titre de psychanalyste n’est pas protégé.

Ce statut de psychanalyste non médecin, non psychologue et non psychothérapeute lui offre une liberté promotionnelle sans limite qu’il exploite logiquement en occupant la toile par tous les moyens possibles : site et blog, Mediapart, Facebook, Twitter, YouTube etc. Le tout étant consacré à son activité professionnelle. Sa présence dans les moteurs de recherche est assuré par des billets de blog mêlant propagande psychanalytique (psychanalyse = humanistes/TCC = fachos) et psychologie de comptoir sans parler des articles qu’il relaie sans en être l’auteur.

Je constate que ce psychanalyste a retiré son désormais célèbre avertissement qui figurait en page d’accueil et qui lui avait attiré ma grande sympathie :

Seul les patients sérieux et animés par un réel désir de mieux-être sont invités à prendre contact, pour une prise en charge psychologique efficace. Pour ceux qui pensent ne pas en être: Vous pouvez prendre rendez-vous auprès d’un centre médico-psychologique de votre choix ou auprès d’un autre professionnel de santé. Merci de votre compréhension.

Il n’hésite pas par ailleurs à pointer les dangers concurrentiels du coaching, du DSM, des psychotropes et à mettre en garde contre les dérives sectaires, tout en insérant discrètement un lien vers un célèbre site antipsychiatrique tenu par un scientologue et j’en passe. Je ne suis en revanche pas en mesure de juger ses talents de psychothérapeute…

Conclusion

Elle sera simple et directe : s’il s’agit à l’évidence de dérives s’effectuant sous caution psychanalytique, il m’est en revanche impossible de conclure qu’il s’agit de mauvais psychanalystes.

Évaluer les psychoses avec la COP 13 (2011) ♥½

Livres, Prise en charge, Troubles psychotiques

Les états psychotiques posent aux équipes soignantes et à la société des problèmes de grande ampleur : problème de leur description, de leur compréhension, de leur traitement, de leur évolution, et de l’évaluation des méthodes de soin. Les troubles psychotiques sévères durables nécessitent de longues périodes de soins. Prises dans l’action quotidienne, les équipes de soins ne peuvent que difficilement se faire une idée globale du « point » où en est chaque patient. Afin de mieux connaître le malade, de préciser la clinique, d’enrichir les perspectives de traitement, de procéder à des évaluations, voire de réévaluer le pronostic, les auteurs ont mis au point une méthode de description et d’évaluation clinique et psychopathologique des états psychotiques, la COP 13 (Clinique Organisée des Psychoses). Intuitive et accessible à tous les soignants tout en étant très complète, elle conjugue les ressources de la clinique psychiatrique, de la psychopathologie psychanalytique, et les enseignements de la psychiatrie de secteur.

L’exception psychiatrique française a encore frappé! Les trois auteurs sont psychiatres, psychanalystes, médecins à responsabilités (mentionné dans cet ordre sur le site) et semblent en mesure de rectifier la trajectoire pour le moins déviante empruntée par la psychiatrie du reste du monde, une psychiatrie que l’impérialisme américano-pharmaceutique mène par le bout du nez et dont ils pointent comme souvent admirablement les limites actuelles. Ils proposent une approche à la fois singulière et globale de la chronicité psychotique sous la forme d’un outil d’évaluation. Cette démarche aux allures de compromis avec l’envahisseur anglo-saxon est initialement présentée comme une voie possible vers la réconciliation mais le lecteur s’apercevra rapidement que cette réconciliation passe obligatoirement par le retour à une « base psychopathologique commune » (Laquelle? Vous plaisantez?) qui ne peut être autre que psychanalytique. Autrement dit : nous acceptons de nous plier à l’évaluation à condition que cette dernière soit éclairée par les lumières de la sagesse psychanalytique. Les plus optimistes y verront l’embryon d’un premier pas vers une réconciliation, d’autres, plus lucides, un serpent qui se mord encore un peu plus la queue tant cet instrument ne pourra finalement servir qu’à légitimer l’approche irréfutable qui le guide.

Pour exemple, parmi les conclusions les plus fréquentes rencontrées à la fin de la cotation, les auteurs retrouvent : « le traitement se déroule bien et rien ne doit être changé », « on doit inciter le patient à entrer dans une institution », « l’équipe a peur », « l’équipe est trop proche », « on peut penser à une psychothérapie familiale », « il faudrait infléchir le traitement médicamenteux », « il est opportun de proposer une séparation progressive du milieu familial », « le choix le plus dynamique est de proposer une séparation nette d’avec le milieu familial », « favoriser la sortie d’une institution », « mettre en place un cadre légal au traitement ». Il s’agit effectivement des grandes lignes de l’approche PSI (psychanalytique, sectorielle et institutionnelle) qui sévit en France depuis un demi-siècle. Pour un autre exemple, les considérations du patient et de la famille sur la prise en charge ne seront traitées qu’à travers le prisme freudien, soit comme autant de points à coter qui confirmeront son bienfondé : la disqualification du milieu soignant et la recherche de traitements parallèles à ceux proposés deviennent notamment des indices de sévérité alors qu’ils devraient en premier lieu amener à se questionner sur la prise en charge actuelle.

La cotation concerne donc bien sûr le patient mais sans sa présence. Elle est logiquement effectuée par le psychiatre responsable de la prise en charge, de préférence aidé par le reste de l’équipe « pluridisciplinaire » au cours de réunions cliniques. Si les auteurs promettent une fiabilité croissante avec le nombre d’intervenants, ils passent sous silence les nombreux biais occasionnés par ce type de méthode, ce qui aurait mérité au moins un chapitre supplémentaire.

Les différents items à coter (26 au total) sont regroupés au sein des six groupes suivants :

1. La destructivité

Il s’agit des troubles du comportement dans leur ensemble qui sont réunis ici sous la bannière de l’agressivité (de la consommation excessive de tabac à la violence physique en passant par ne pas donner de nouvelles). Les auteurs tentent de se prémunir d’éventuelles critiques en nous rappelant que l’agressivité est partout (chez tous les humains et dans tous les troubles psychiatriques) mais que la psychose détruit tout sur son passage : le corps, l’entourage, les soignants, le lieu de vie et les biens.

En guise d’éclairage psychanalytique, ils nous proposent évidemment un petit rappel sur la pulsion de mort freudienne et quelques conceptions sur la notion d’attaque dans la psychose émanant d’auteurs très variés. On y (ré) découvrira à quel point la conception médiatique d’une schizophrénie comme double personnalité reste d’actualité (la partie de la mort, narcissique et toute-puissante attaque la partie de la vie, douloureuse et consciente du mal qui la ronge etc.) et à quel point le psychotique a besoin de détruire ceux qui l’aiment et laisse ainsi entrevoir un certain sadisme. Tout cela reste bien sûr extrêmement libidineux, enfin libidinal, on se comprend. Et oui, sinon pourquoi le psychotique s’opposerait tant à ceux qui veulent l’aider? Le sadisme on vous dit… Inconscient? évidemment. D’autres hypothèses? Non. Bon OK.

2. Les modalités d’investissement et de désinvestissement

On retrouve ici les principaux symptômes schizophréniques (positifs, négatifs et en rapport avec la désorganisation) mais répartis sous les bannières de l’investissement ou du désinvestissement. Les auteurs tentent de se prémunir de nouvelles critiques en nous rappelant que les mauvais (dés)investissements sont partout (notamment dans le secteur bancaire et dans tous les troubles psychiatriques) mais qu’ils sont particulièrement foireux dans la psychose.

L’éclairage psychanalytique nous rappelle que la psychose, c’est d’abord se désinvestir du monde pour mieux le réinvestir, mais très mal en fait. Tout commence donc avec le désinvestissement, apparemment « muet cliniquement » durant lequel le patient détourne sa libido du monde (lui retire son amour) pour la retourner sur lui-même. C’est la fin de son monde, son apocaplypse, mais le bon point (plutôt le mauvais, enfin on ne sait pas), c’est qu’il aura accumulé suffisamment de vilain narcissisme pour en reconstruire un nouveau. Ce nouveau monde, c’est le délire du schizophrène dans lequel il est tout puissant et forcément menacé. Ce délire est donc une reconstruction et donc une tentative de guérison, mais carrément foireuse. Donc finalement, plutôt que d’aller essayer de bricoler son nouveau monde délirant, ce bel édifice qu’il a construit et qu’il aime, mieux vaudrait agir à la source du mal et chercher à réorienter sa libido. C’est magnifique, mais où suis-je déjà?

3. États du moi

Il s’agit là d’un beau fourre-tout qui trouve sa justification dans le fait qu’il contient tout un tas d’indices permettant d’évaluer ce que l’on pourrait désigner comme la solidité globale du patient. On y trouve des items relatifs à la dépendance et à l’autonomie (vis-à-vis de l’entourage principalement), à la sensibilité aux changements, à la survenue de crises psychiatriques dans les mois précédents, à la présence de troubles de l’humeur, d’angoisse, de symptômes « névrotique » ou autres, et enfin à la conscience que la patient peut avoir de ses troubles.

Cette fois, les lumières psychanalytiques sont plutôt timides et pour cause : il serait certainement bien difficile d’aborder le délicat sujet des rapports intra-familiaux sans évoquer, ne serait-ce qu’à demi-mot, certaines causalités qui ne sont pas bonnes à dire, mais qui doivent rester bonnes à penser (hum ça enregistre là?). Sinon pour changer de sujet, il paraît que la notion d’alliance thérapeutique « émane de la littérature psychanalytique ». Par ailleurs les phobies ou le TOC sont considérés comme « des éléments relativement favorables » au patient psychotique, et qu’ils protègent notamment des angoisses de néantisation, de dissolution ou de putréfaction (non pas celle-là), alors qu’on se le dise!

4. Description de la situation sociale

Ce groupe très pertinent rassemble des items qui permettent d’évaluer globalement la situation sociale. On y trouvera les items relatifs à la gestion des biens, à l’hébergement, à l’activité professionnelle, à la vie domestique ou encore aux loisirs, le tout permettant entre autres de faciliter le travail des assistantes sociales.

5. Équilibres interactifs patient-famille-dispositif de soin

Cette partie concerne les relations triangulaires entre le patient, son entourage et les soignants. Les interactions entre le patient et sa famille y sont finalement approfondies, notamment dans leurs aspects les plus destructeurs avec quatre possibilités de cotation dont la terrible intrusion « tyrannique ». Quand ça se passe bien, c’est moins intéressant et ça se limite à deux possibilités. Mais c’est surtout plus rare, tellement rare qu’on en viendrait à se demander si ça ne cache pas quelque chose de mauvais : la « bonne distance » restera donc seulement « apparente ». L’une de mes notions psychanalytiques fétiches, à savoir « l’effort pour rendre l’autre fou », trouve sa place dans la « paradoxalité » qui décrit un mode de communication parental discordant longtemps envisagé comme causal dans la survenue des troubles (injonction paradoxale, double lien etc.). Les auteurs restent bien entendu très prudents à ce sujet mais n’iront certainement pas jusqu’à remettre en cause cette croyance. Concernant, les rapports au dispositif de soins, les auteurs ne résistent pas à dénigrer l’éducation thérapeutique qu’ils considèrent impossible à mettre en place sans une alliance déjà « largement obtenue ». Il serait selon eux naïf de rechercher cette alliance thérapeutique par l’éducation des malades. Nombreux de leurs coreligionnaires auraient par ailleurs « montré qu’une valence hostile fait toujours partie du transfert psychotique ». Non, l’alliance thérapeutique doit se conquérir, mais passivement, par l’écoute et l’attente, point.

6. Repérage bi-axial et données complémentaires

Il est alors venu le temps de préciser le diagnostic, selon deux axes : la relation à autrui et l’expression symptomatique. La psychose pourra donc se révéler autistique, symbiotique, paranoïde, schizoïde, paranoïaque, sensitive, fétichique ou anaclitique, et s’exprimer sous la forme d’une paraphrénisation, d’une position persécutive, d’une panphobie, se révéler déficitaire, ritualisée, pseudo-psychopathique, dysthymique ou encore sombrer dans l’athymormie, la caractérose ou la discordance. Le DSM et la CIM n’ont qu’à bien se tenir, et n’auraient jamais du abandonner Freud comme ils l’ont fait voilà des décennies. Pour finir, des données qualifiées de « complémentaires » mais qui selon moi seraient plutôt primordiales apparaissent enfin : les pathologies ou complications somatiques (non psychiatriques) et le traitement médicamenteux. Il était effectivement temps d’aborder certains phénomènes d’importance tels que le syndrome métabolique, la détérioration buccodentaire ou encore les conséquences des abus d’alcool et de tabac, de même qu’il aurait été regrettable de ne pas mentionner les psychotropes administrés au patient. Ouf, tout y est.

Conclusion

Je suis trop fatigué pour fournir une conclusion digne de ce nom. D’ailleurs peu importe puisque dans quelques années, la COP 13 aura convaincu l’ensemble de la profession en France et à l’étranger. Les patients s’en porteront d’autant mieux. Allez donc visiter le site officiel, ultra-complet et régulièrement mis à jour, mais par pitié, pour le moment, laissez moi penser à autre chose.

Vous avez dit « totalitarisme »?

Affaire Le MUR, Autisme, Considérations, Psychanalyse, Vidéo

Il s’agit actuellement du mot-clef le plus en vogue chez les défenseurs de la psychanalyse. Plus ces derniers se sentiront cernés, plus ils le brandiront au sein d’éléments de langage parfaitement calibrés pour l’accueillir. Se proclamer dernier garant d’une certaine forme d’humanisme, de la liberté de choix des « méthodes » ou encore du respect de la singularité du « sujet » revient à se considérer comme le dernier rempart face au totalitarisme, ceci incitant logiquement à considérer toute critique, toute opposition ou tout rejet comme relevant de ce même totalitarisme.

Les psychanalystes ont longtemps bénéficié (pour ne pas dire joui) d’une certaine immunité auprès des classes politique et scientifique, ce qui, conjugué à l’absence d’instance régulatrice, disciplinaire, centrale et spécifique (type conseil de l’ordre psychanalytique) a laissé libre cours à certaines dérives, notamment dans le champ de l’autisme. Le phénomène le plus stable et caractéristique de la nébuleuse psychanalytique reste la tendance à jeter le discrédit sur les différents groupes d’opposants. Les premiers à remettre en cause la discipline n’étaient ni les scientifiques, ni même les philosophes mais les patients. Il s’agit d’une population plutôt facile à discréditer : ils sont malades, souffrants, influençables, ne comprennent pas ce qui leur arrive et ne savent forcément pas ce qu’ils disent. Viennent ensuite les membres de l’entourage, notamment familial dont on a découvert qu’ils étaient également malades, influençables mais aussi toxiques, à commencer par les mères. Les scientifiques ont ensuite été répartis en deux catégories : les « scientistes » qui rejettent plus ou moins activement la psychanalyse guidés par des fantasmes totalitaires, et les autres qui ne savent pas vraiment ce qu’ils font mais dont certains (rares donc précieux) ont le mérite d’essayer de malaxer les progrès scientifiques pour les mettre en adéquation avec les bonnes vieilles théories freudiennes. Plus récemment, certains acteurs politiques se sont positionnés en défaveur de la psychanalyse : lorsque la critique vient de la droite, elle viendrait en réalité de l’extrême droite (totalitaire) tandis que les opposants de gauche sont considérés comme poursuivant naïvement ou lâchement la politique antérieure de droite (et donc d’extrême droite).

Voici les propos tenus récemment par un membre du gouvernement :

« En France depuis quarante ans, l’approche psychanalytique est partout et aujourd’hui elle concentre tous les moyens. Il est temps de laisser la place à d’autres méthodes pour une raison simple : ce sont celles qui marchent et qui sont recommandées par la Haute Autorité à la Santé. […] N’auront les moyens pour agir que les établissements qui travailleront dans le sens où nous leur demanderons de travailler. »

Le professionnel très certainement naïf et perverti que je suis les interprète ainsi : L’approche psychanalytique fonctionne de manière totalitaire depuis 40 ans. Le gouvernement rappelle que les recommandations officielles (Haute Autorité de Santé) doivent être respectées, ce qui implique, non pas d’éradiquer la psychanalyse, mais seulement de laisser la place à d’autres méthodes. Le gouvernement ne soutiendra financièrement que les établissements qui suivent ces recommandations.

Une bonne partie des professionnels visés les interprète ainsi : Le gouvernement impose l’éradication de nos méthodes « pluridisciplinaires » au profit d’une méthode « unique ». Le gouvernement s’appuie sur des experts qui n’en sont plus vraiment depuis qu’ils remettent en question « nos approches », probablement à cause de l’influence des associations de parents, de patients, de l’industrie pharmaceutique et des scientistes. Il s’agit d’ingérence et de totalitarisme, notamment car les patients ne pourront plus choisir ce qu’ils veulent (ou ce que nous voulons).

Pour ceux qui osent encore imaginer que la vérité se situe « entre les deux », et qu’il s’agirait finalement de remplacer un totalitarisme par un autre, le professionnel naïf et perverti que je suis vous propose d’écouter (et d’observer) une grande spécialiste de la prise en charge de l’autisme, une psychanalyste de pointe. L’association dont elle se réclame a déposé un recours contre les recommandations de la HAS en matière d’autisme qui rangent la psychanalyse au rayon des approches « non consensuelles ».

Plus le mouvement psychanalytique sera mis face à ses contradictions, ses limites, ses dérives, plus il mettra en avant ces thématiques messianique (sauvons l’humanisme) et persécutive (opposants totalitaires). La cause a beau prendre des proportions délirantes, elle n’en reste pas moins noble, mais je crains qu’à force de déceler le totalitarisme chez tous ses opposants, le mouvement psychanalytique ait fini par oublier de se préoccuper du sien. Or, paraît-il, certains psychanalystes s’en soucient…

Le front anti-DSM

Considérations

La critique du déjà tristement célèbre DSM-5 reste légitime et nécessaire, notamment en raison des risques liés à l’usage d’un tel outil. Hélas, la critique franchouillarde vire à la diabolisation, un phénomène amplement relayé par les différents médias au détriment des réflexions plus sereines et logiquement au bénéfice d’une certaine désinformation. Les différents manifestes et autres pétitions « anti-DSM » émanent pour la plupart de professionnels se réclamant de la psychanalyse dont les théories ont été abandonnées à partir de la troisième version de ce DSM mais auxquelles la psychiatrie française reste assez attachée. La lecture attentive de ces doléances françaises permet donc d’identifier ce qui serait la grande cause de tous les problèmes liés au DSM, à savoir l’absence de prise en compte des théories psychanalytiques, ainsi que la seule et unique solution : réhabiliter la psychanalyse. Les stratégies utilisées sont globalement superposables à celles des mouvements pseudo-scientifiques qui ne disposent guère d’autres moyens que manipulatoires. En voici quelques grands principes :

  1. Révéler une conspiration dans laquelle l’industrie pharmaceutique tient un rôle central, jouant de son influence auprès des psychiatres pour créer de nouvelles et fausses maladies. Ces psychiatres sont logiquement étiquetés comme complices des ennemis de la psychanalyse (TCC, neurosciences etc.). Tous les êtres humains pourraient donc être considérés comme des malades psychiatriques et se voir prescrire des psychotropes, ceci avec la complicité de gouvernements et de sociétés sécuritaires qui ne voient pas plus loin que leur obsession de dressage et de normalisation.
  2. Adopter une posture victimaire et masquer ses revendications réelles derrière une façade incontestable. Il s’agit de mettre en avant des valeurs moralement indiscutables (liberté, écoute, singularité du sujet etc.), de s’en déclarer détenteur exclusif avant de conclure qu’elles ne seront plus respectées si les revendications ne sont pas obtenues. Ces revendications sont présentées de façon vague ou indirecte : le mot « psychanalyse » n’apparaît pas, celle-ci étant désignée à travers la « psychopathologie clinique », la liberté des méthodes, les approches « plurielles » ou « intégratives ».
  3. Utiliser les distorsions argumentatives (surgénéralisation, pensée dichotomique, abstraction sélective, autorité, étiquetage, inférence arbitraire, raisonnement émotionnel et bien sûr catastrophisme). Voici quelques exemples :
  • « Si le DSM considère l’anxiété sociale comme un trouble, tous les gens timides seront considérés comme des malades mentaux » (il existe tout un monde entre médicalisation de la timidité et négation de la phobie sociale en tant que maladie).
  • « Le DSM manque de scientificité, donc il n’est pas scientifique et nuit à la vraie science » (le manque n’est pas forcément l’absence).
  • « Si le deuil n’est plus exclu des critères de la dépression, le deuil sera considéré comme une maladie mentale » (le deuil n’est pas forcément associé à une dépression).
  • « Allen Frances, directeur de l’équipe du précédent DSM, est d’accord avec nous » (l’abandon des théories psychanalytique est pourtant bénéfique selon lui).
  • « L’augmentation du nombre de diagnostics entrainera forcément l’augmentation du nombre de malades mentaux et l’augmentation des prescriptions de psychotropes » (certains « nouveaux » troubles sont issus de la décomposition d’anciens et/ou peuvent aussi être pris en charge sans médicaments, par la TCC notamment).
  • « Plus il y aura de diagnostics, plus on va réduire les patients à une étiquette, et moins leur parole sera respectée » (voir ce qu’en disent les principaux intéressés).

Ces méthodes sont tout à fait superposables à celles de la scientologie, qu’il s’agisse de la théorie du complot, des ennemis désignés ou de l’exploitation du principe de liberté (de religion vs. des pratiques). Celle-ci avance quant à elle masquée derrière sa façade antipsychiatrique (le CCDH) qui dissémine la propagande sans réellement aborder son traitement, pour le moins contestable, de la maladie mentale.

Faudrait-il donc en revenir à Freud ou à Xenu pour mieux lutter contre les excès du DSM?


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