L’akathisie

Parmi les nombreux effets secondaires attribuables aux neuroleptiques, l’akathisie demeure certainement le plus trompeur, et souvent le plus dommageable. Souvent réduite à une « impatience pathologique » ou à l’impossibilité de rester immobile qui n’est que l’une de ses potentielles conséquences motrices, l’akathisie serait mieux résumée par une surexcitation globale, et notamment émotionnelle.

Des présentations trompeuses

Ceux qui en ont un jour subi les effets décrivent l’une des pires expériences de leur vie : une sensation intense d’inconfort associée à un sentiment de perte de contrôle, le tout pouvant favoriser toutes sortes de complications plus ou moins graves.

L’illustration la plus typique est ce besoin presque impérieux de marcher, de déambuler pour soulager une impatience qui rend impossible la moindre immobilité prolongée. Or ces symptômes typiques ne sont que rarement isolés, et peuvent être absent dans les nombreuses formes plus discrètes d’akathisie qui surviennent depuis l’avènement des neuroleptiques atypiques.

L’akathisie se retrouve également à l’origine d’une exaltation parfois massive de certaines émotions négatives telles que l’anxiété, l’irritabilité, la dysphorie et la colère, dont les conséquences sur le plan comportemental se révèlent variables et parfois dramatiques : agitation, agressivité, impulsivité, fugue, raptus suicidaire…

Ces nombreuses présentations incitent volontiers les soignants, l’entourage, voire le patient lui-même à considérer que cette aggravation est le fait de la maladie qui l’a conduit à se faire soigner plutôt qu’un effet secondaire du traitement. Celui-ci est alors volontiers augmenté dans l’espoir de faire cesser les symptômes sans que l’hypothèse de l’akathisie ne soit évoquée, ce qui ne constitue guère la solution idéale.

En guise d’exemple, il n’est pas rare d’entendre au sujet de l’aripiprazole (Abilify®), même de la part de grands cliniciens, que celui-ci provoque de l’excitation, de l’angoisse, voire des accès maniaques ou délirants (étrange pour un neuroleptique…). Or il se trouve que cet aripiprazole est également un grand pourvoyeur d’akathisie, ce qui, combiné à son profil peu voire non sédatif, aboutit volontiers à ce genre de tableau.

Comment la démasquer?

Avant de la démasquer, il s’agirait déjà d’y penser, et bien avoir en tête ce chevauchement parfois complexe et flou entre les symptômes de l’akathisie et ceux de nombreuses maladies psychiatriques. Il n’existe pas de méthode distinctive miraculeuse mais les critères pour la recherche du DSM représentent une base diagnostique plutôt fiable à ce niveau.

Les voici dans la quatrième version révisée :

Critères de recherche pour l’akathisie aiguë induite par les neuroleptiques

A. Apparition de plaintes subjectives d’impatience après la prise d’un traitement neuroleptique

B. Au moins l’un des symptômes suivants est observé :

(1) Mouvements d’impatience ou balancement des jambes

(2) Balancement d’un pied sur l’autre en position debout

(3) Besoin de marcher pour soulager l’impatience

(4) Incapacité à rester assis ou debout sans bouger au-delà de quelques minutes

C. Les symptômes des critères A et B surviennent dans les 4 semaines qui suivent le début ou l’augmentation des doses d’un traitement neuroleptique ou bien la réduction d’un traitement médicamenteux visant à traiter (ou à prévenir) des symptomes extrapyramidaux aigus (p.ex., les anticholinergiques).

D. Les symptômes du critère A ne sont pas mieux expliqués par un troubles mental (p. ex., la Schizophrénie, le Sevrage à une substance, l’agitation d’un Épisode dépressif majeur ou d’un Épisode maniaque, l’hyperactivité d’un Déficit de l’attention/hyperactivité). Les arguments en faveur d’un trouble mental sont notamment la survenue de symptômes avant la prise de neuroleptiques, l’absence d’amélioration sous traitement pharmacologique (p. ex., la réduction de la dose de neuroleptiques ou l’administration d’un médicament visant à traiter l’akathisie n’entraine pas d’amélioration).

E. Les symptômes du critère A ne sont pas dus à une substance non neuroleptiques ou à une affection neurologique ou à une autre affection médicale générale. Les arguments en faveur d’une affection médicale générale sont notamment la survenue des symptômes avant la prise de neuroleptiques ou l’aggravation des symptômes en l’absence de changement du traitement médicamenteux.

Il semble évident que le meilleur argument en faveur de cette akathisie reste chronologique, celle-ci devant être évoquée devant toute aggravation de l’état d’un patient après instauration d’un traitement neuroleptique.

Comment s’en débarrasser?

Là également, il n’existe pas à ce jour de solution miraculeuse. La meilleure reste l’arrêt total et définitif du traitement neuroleptique en cause. Celui-ci pourra être remplacé si nécessaire par un autre sans pouvoir garantir du retour ou non de cet effet secondaire. L’intensité de l’akathisie demeurant dose dépendante, une diminution du traitement peut également apporter un soulagement plus ou moins partiel.

Certaines molécules dévoilent un effet correcteur mais ne doivent être envisagée qu’en cas d’impossibilité d’interrompre le traitement neuroleptique. Les anticholinergiques, les beta-bloquants tels que le propranolol (Avlocardyl®) ou encore les benzodiazépines comme le lorazepam (Temesta®) peuvent se révéler efficaces à conditions que soit mis en balance les bénéfices et risques d’une telle prescription.

Diagnostiquer, prendre en considération et traiter cette akathisie reste une démarche essentielle en psychiatrie, notamment en vue de prévenir certaines complications telles que l’automédication (l’alcool est hélas aussi un correcteur efficace) ou l’interruption brutale d’un neuroleptique par le patient avec les risques de rechute qui y sont liés.

Quels neuroleptiques sont concernés?

Ils le sont tous, les anciens comme les nouveaux, ces derniers provoquant des akathisies plus discrètes mais pas forcément moins dangereuses. Les variations interindividuelles entrainent une grande difficulté à prévoir cet effet secondaire avant la mise en place d’un traitement. Il est donc essentiel d’aller le traquer (tout comme les autres effets secondaires) sans attendre que le patient s’en plaigne. Un tableau répertoriant les principaux effets secondaires des neuroleptiques est disponible ici.

Et le syndrome des jambes sans repos?

Il s’agit d’un autre trouble à envisager comme diagnostic différentiel et que l’on différencie de l’akathisie grâce à plusieurs critères :

  • Absence d’exposition aux neuroleptiques
  • Symptômes limités aux membres inférieurs
  • Présence de symptômes sensoriels associés (paresthésies, chaud/froid, douleur etc.)
  • Myoclonies (mouvements brusques, involontaires et de faible amplitude)
  • Troubles du sommeil
  • Aggravation vespérale, voire manifestations uniquement le soir
  • Antécédents familiaux
  • Sensibilité à d’autres traitements

Un peu de lecture pour finir :

L’akathisie sous-diagnostiquée (A. Bottéro)

The Causes of Underdiagnosing Akathisia (Shigehiro Hirose)

40 Comments

  1. Merci de m’apprendre quelque chose à chaque billet ! 😀

    1. « Avec plaisir » comme dirait Christophe André!
      A noter que cette akathisie peut aussi survenir après le prise de certains antidépresseurs…

      1. Bonjour,
        Quels sont les antidepresseurs les plus concernés ?
        L’association ISRS – agoniste dopaminergique ( en l’occurence Deroxat – Haldol à dose « homeopathique » (0,4mg/jr)) pourrait-elle favoriser ce genre de symptome ?

        Si vous avez de la lecture à ce sujet je suis preneur.
        A part ça, excellent site !

        Cordialement

        1. Difficile de vous répondre. L’akathisie provoquée par les antidépresseurs est un phénomène moins connu.

  2. Bonjour Igor Thiriez

    Nous nous sommes permis de reprendre un billet issu de votre blog.

    Le comité de rédaction l’a en effet trouvé intéressant et l’a donc publié à l’adresse suivante :
    http://www.carevox.fr/sante-maladies/article/l-akathisie-faisons-le-point

    N’hésitez pas à nous contacter si pour une raison particulière, vous ne souhaitez pas garder en ligne cet article sur notre site.

    En vous souhaitant une agréable journée, Le comité de rédaction CareVox

    Ils ne perdent pas de temps…!

  3. Les aléas de la célébrité !

  4. Bonjour,

    Grâce à votre billet, lis un nom sur un trouble qui jusque là ne m’avait pas été exprimé comme tel, mais plutôt éludé dans le style  » on ne sait pas, c’est peut être une forme d’épilepsie particulière …  » … .. j’en suis stupéfaite ….
    Ce trouble ,sur un sujet qui prend des neuroleptiques qui lui sont indispensables , est’il aléatoire ? ou le sujet qui l’a déjà manifesté une fois, a t’il un terrain de prédisposition et peut’il récidiver ?
    Cordialement,
    Flo

    1. Aléatoire je ne pense pas, mais tout de même très variable d’un sujet à l’autre et d’un neuroleptique à l’autre.
      Pour une éventuelle prédisposition, franchement, je n’en ai aucune idée.
      Ce qui est sûr en revanche, c’est que cet effet récidive si le même médicament est réintroduit.
      Il semble également que la polymédicamentation constitue un facteur favorisant.
      Mais l’akathisie peut être invivable avec un neuroleptique et absente avec un autre…

  5. Ce que je trouve dingue dans l’histoire de Flo, et malheureusement c’est très courant, c’est le silence des psys sur les effets secondaires. Même moi je connais cet effet secondaire, et je ne peux pas croire qu’il existe des psychiatres qui ne le connaissent pas, ou qui ne sachent pas que les neuroleptiques font grossir, provoquent des chutes de tension, etc. Pensent-ils qu’en nous disant que ces effets secondaires sont imaginaires, ça va nous aider? Le résultat le plus probable, devant ce déni et je dirais même cette faute professionnelle qui consiste à mentir ou disons le carrément à prendre les patients pour des cons, est l’arrêt de traitement, puisqu’aucune solution ne nous est donnée et que le simple dialogue qui pourrait faire accepter l’effet secondaire est impossible.

    1. Je pense que les psychiatres qui ne connaissent pas l’akathisie sont très rares.
      En revanche, beaucoup connaissent très mal cet effet secondaire et peinent à l’identifier, ce qui n’est pas toujours évident, même pour les meilleurs.
      Après, je rejoins votre indignation face au fameux « c’est dans votre tête »…
      Le meilleur moyen d’éviter ce genre de désagrément est à la fois de mieux former les psychiatres et d’informer les patients, notamment que ces derniers soient prévenus ainsi que leur entourage des effets secondaires potentiels.

  6. … je rajoute, que ce n’est pas forcément l’incompétence des psys ou leur indifférence qui nous frustrent ou nous mettent en colère, il y a également ce dédain , voire ce mépris, que certains affichent devant les proches qui accompagnent un malade . Quand vous connaissez bien le malade, que vous voulez faire passer des précisions importantes sur son caractère, son comportement , son histoire , pour éclairer la situation ou donner des pistes d’investigations potentielles , et que certains psy vous font sentir que vous n’êtes pas ni spécialiste ni objectif , que vous n’avez pas de conseils à donner et que empiétez sur leur plate-bandes , c’est particulièrement horrible…. Les proches n’ont pas la prétention de donner des leçons
    à quiconque, mais veulent juste échanger pour aider ….. La colère est là l’orsque vous apprenez , plus tard , que vous aviez raison de donner ces pistes !!!!!

    1. Vaste sujet que celui de l’entourage du patient… J’en parlerai peut-être un jour.
      Vous risquez cette fois de ne pas forcément être d’accord avec Lana…

  7. … nous ne sommes peut être pas dans le même contexte avec Lana , car c’est effectivement un vaste sujet aux multiples situations : une personne = une situation particulière …..

    1. Oui bien sûr.
      Selon moi, exclure l’entourage d’emblée est forcément une très mauvaise solution « médicale ».
      En revanche, un problème épineux se pose lorsque c’est le patient qui souhaite exclure son entourage de la prise en charge.
      Si celui-ci est majeur, sa demande doit être acceptée même si l’on ne pense pas forcément que ce soit bon pour lui.
      Mais il faut bien reconnaître qu’en pratique, ce n’est pas si facile…

  8. perso , il ‘agit d’accompagner un proche qui est déficient mental , épileptique , et qui est atteint ( en + ) du SPW. D’où l’indispensable nécessité d’être accompagné…..

  9. Je ne suis pas contre les proches mais contre l’Unafam, ce qui est différent. Cela dit, il faut avouer que beaucoup de parents de psychotiques (je ne parle pas des frères et soeurs ou conjoints) sont souvent dans un refus total de se remettre en question et restent dans la plainte. « Vous voyez, Docteur, comme il déraille » dit une mère au psy de son fils devant lui dans le documentaire de Depardon « San Clemente ». Par contre, si la famille est d’accord pour faire une thérapie familiale, je pense que c’est super. Le tout est de respecter l’avis du patient. Moi je m’en suis sortie parce que je n’ai pas eu mes parents sur le dos et que j’ai pu comprendre les graves problèmes de communication qu’il y avait dans ma famille et ainsi pouvoir m’en protéger. Les gens qui ont une communication manipulatrice voire perverse ne se remettent jamais en question, donc il vaut mieux fuir que de s’embourber dans des conflits sans fin. C’est souvent à voir au cas par cas, le tout est que la famille reste dans son rôle d’accompagnante et pas qu’elle prenne tout pouvoir sur les soins et le patient. Le livre d’Isabelle Caro (« La petite fille qui ne voulait pas grossir ») montre à quel point l’influence de sa mère a été dramatique dans sa prise en charge.

    1. Merci pour ces précisions

  10. Je suis tout à fait consciente de l’emprise que peut avoir la famille ( on parle des parents, je crois que c’est clair ! ) sur leurs enfants, même adultes , qui présentent des problèmes psychotiques, ou autres . Le souci avec beaucoup de parents , c’est qu’ils sont persuadés que leurs enfants leur  » appartiennent  » , et ce , dès la conception. C’est une notion que je réfute totalement et depuis toujours, et cela m’a valu beaucoup de discussions passionnées . Ce sentiment de possession est incrusté profondément dans les les esprits , et ce depuis toujours je crois. Même les animaux , après s’être occupé passionnément de leurs petits ( les mères !!! ) , les lâchent dans la nature une fois les apprentissages essentiels inculqués.
    Nous devons à nos enfants beaucoup de choses, mais certainement pas de parler à leur place , de décider pour eux, de s’imposer , d’influencer ,même si l’enfant a des fragilités…… ET QUAND ILS ONT LES CAPACITES DE S’EXPRIMER !!!!
    Personne n’appartient à personne , à tous les niveaux ….

  11. C’est tout à fait juste, et le fait que l’enfant soit psychotique semble pour beaucoup de parents une raison pour qu’il leur appartienne à vie. Ils gardent une emprise sur lui tout en se plaignant que leur enfant ne soit pas un adulte comme les autres, en se plaignant de sa maladie et de tout le malheur qu’il apporte mais trouve des bénéfices secondaires à cet état. La personne malade est prise dans une injonction paradoxale: arrête d’être malade, mais en fait non car cet état nous arrange bien. Je pense que beaucoup ne s’en sortent pas à cause de cette emprise qui les maintient dans l’état de malade.

    1. Ah zut, maintenant c’est moi qui ne suis plus d’accord.
      En fait je pense qu’il est tout aussi faux de dire qu’un patient ne veut pas guérir que de dire que ses parents ne veulent pas qu’il guérisse.
      Je ne sais pas si c’est très clair mais en relisant, ça me va.

  12. Ce n’est pas qu’ils ne veulent pas que leur enfant guérisse, mais tout en le voulant, il le maintienne dans une emprise qui l’empêche de guérir: par exemple ils font tout à sa place, critiquent ses moindres projets, le dévalorisent sans cesse, contrôlent ses prises de médicaments, ses rendez-vous chez le psy, etc. Des familles comme ça, il y en a plein, et les schizophrènes qui vivent toujours avec des parents comme ça ne s’en sortent pas.

    1. Dans ce cas, ils l’empêchent tout simplement de vivre.
      Je ne suis pas sur que cette attitude ait un lien direct avec la maladie mentale.
      Ce serait plutôt un type de fonctionnement parental, effectivement assez répandu, qu’il y ait maladie ou non.

  13. Oui, mais le fait qu’il y ait maladie fait qu’on peut moins se défendre contre ça, pour des raisons psychologiques ou matérielles. Et puis ce genre d’attitude, mêlé à de l’amour et de la sympathie, est très destructeur tant qu’on n’a pas compris de quoi il s’agissait. Je ne connais pas de schizophrènes qui aient une famille où la communication est saine. Je ne dis pas que c’est ça qui est la seule cause de la maladie, ni que tous les enfants ayant des parents comme ça deviennent schizophrènes, ni que les parents font ça consciemment, mais pour moi ça joue dans la maladie et son évolution. Rien n’est clair dans ces familles et il y a vraiment de quoi rendre fou un enfant. Pour parler de mon histoire, ma mère me faisait confiance en me laissant gérer mon argent ou sortir, mais me faisait comprendre que j’étais nulle et bonne à rien, ce qui est forcément vrai quand c’est la personne censée vous aimer le plus qui vous le dit. Jamais elle ne m’a félicitée quand je faisais quelque chose de bien, au contraire elle y trouvait du négatif, ou disait qu’elle ne croyait pas que j’y arriverais. Elle se plaignait que je ne lui raconte rien mais quand je lui parlais, elle ne m’écoutait pas ou m’engueulait, voire me disait de me taire. Elle me faisait comprendre qu’elle voulait une chose tout en disant le contraire, je ne pouvais donc jamais la contenter. Elle se plaignait quand je n’étais pas là mais ne supportait pas ma présence (je me faisais engueuler quand je toussais, que j’éternuais, ou quand je tournais les pages d’une revue quand elle regardait la télé parce que je faisais trop de bruit). J’ai décompensé à l’âge où j’ai découvert que ma famille était dysfonctionnelle et j’ai commencé à aller mieux quand j’ai pu analyser tout ça et donc ne plus me laisser détruire par cette communication.

    1. Je vous suis parfaitement mais cela reste votre expérience.
      Les parents dysfonctionnels peuvent être très toxiques, peuvent aggraver effectivement l’évolution d’une maladie comme la schizophrénie, mais ne la causent pas.
      Quand vous dites que vous ne connaissez aucun schizophrène dont la famille communique sainement, je vous répond d’abord que ce n’est pas mon cas, je connais des schizophrènes dont la famille est particulièrement saine.
      Et si tant est que votre constat puisse être vérifié, il est également possible que les problèmes de communication intrafamiliale soient causés ou renforcés par la maladie elle -même.

  14. Les problèmes de communication sont là depuis bien avant la maladie. C’est mon expérience et celle des gens que je connais, plus les témoignages à l’Unafam ou Mens Sana qui est une association dix fois pire dans le genre parents pathogènes, mais bien sûr ça n’a pas valeur de statistiques. Cependant, ça pose questions. Il y a des familles qui ont l’air saines de l’extérieur, c’est souvent ça le problème, c’est ce qui fait qu’on ne sait pas vraiment nommer les choses et qu’on est pris dans des relations toxiques. Mais tant mieux s’il y a des familles saines de schizophrènes, ça ne peut qu’être bénéfique pour eux. Je ne dis pas que c’est la cause de la schizophrénie, mais je trouve qu’on a trop évacué le problèmes des interactions familiales, sous la pression des associations de parents notamment, suite à un excès de culpabilisation. Quand on dit qu’on dénonce une éducation et qu’on culpabilise les parents, je ne suis pas d’accord. Pour moi, ces théories parlent des interactions entre les membres de la famille, ce qui n’est pas du tout la même chose que l’éducation, c’est un mode de communication qui inclut tous les membres de la famille, et qui est donc forcément différent avec chaque enfant, et ensuite on ne parle pas de culpabilité mais de responsabilité, c’est différent. Je trouve dommage que ça devienne totalement politiquement ou devrais-je dire psychiatriquement incorrect de parler de ça. Ma psychiatre a le projet d’écrire un article à ce sujet, et sur les problèmes que ça peut causer chez les psychotiques, et tout le monde lui a dit « mais tu ne peux pas écrire ça! ». Dans les associations de parents, pour évacuer ça à tout prix, on en vient à parler de maladies uniquement biologiques voire neurologiques, et je crois que c’est une erreur.

    1. J’entends bien vos arguments, qui sont basés, sur votre expérience, celle de votre entourage, voire celle de votre psychiatre, mais je reste plutôt d’avis que si les relations entre parents et enfants schizophrènes sont mauvaises, c’est avant tout à cause de la maladie.
      Je ne pense pas qu’en matière de schizophrénie, on puisse parler de parents pathogènes, du moins pas davantage qu’en matière d’autisme. L’organicité de cette maladie est prépondérante, plus la science avance, plus cette organicité apparaît importante. Si je trouve des papiers scientifiques récents, je vous les transmettrai…
      Enfin là où je ne peux vraiment pas vous rejoindre, c’est lorsque vous me dites que si des familles de schizophrènes ont l’air saines, ce n’est qu’une apparence. Non, franchement, quand un patient va bien, c’est qu’il va bien jusqu’à preuve du contraire. C’est pareil pour ses parents. La spéculation sur l’inconscient n’amène en général rien de bon si ce n’est de la suspicion, de la méfiance, et du malaise.

  15. PS: les parents ont tellement souvent peur d’être mis en cause que parfois ça tourne au ridicule. J’avais mis sur mon blog un article qui expliquait que la schizophrénie était peut-être causé par un virus pendant la grossesse, ou le stress, je ne sais plus, enfin un truc de ce genre. Une mère m’a répondu que c’était honteux de dire des choses pareilles, que ça culpabilisait les mères! Comme si une mère qui attrapait un virus était coupable de quelque chose! Je trouve ça bizarre à la fin de toujours rejeter toute la faute sur le dos de son enfant. Ma mère a dit qu’elle n’irait jamais voir un psy, même parler au mien, même si c’était pour m’aider. Franchement, quand on a peur de se remettre en question à ce point-là, ça cache quelque chose. On fait tous des erreurs, on se trompe, on blesse les autres, ça ne veut pas dire qu’on le fait exprès mais juste qu’on est humains! Et la meilleure façon de montrer qu’on n’est pas coupable et d’améliorer les choses est d’accepter de regarder ça en face. Une mère m’a dit un jour qu’elle et les parents de son association remettaient tout sur le dos de leur enfant parce que c’était trop dur de regarder en face sa responsabilité. Franchement, ça m’a sciée qu’elle avoue ça, c’est trop dur pour elle mais pas pour son enfant qui est déjà malade?

    1. J’ai l’impression que vous pensez que si l’on ne culpabilise plus les mères, on culpabilisera davantage les patients. Mais c’est faux. Ce n’est pas lié. Pour d’autres maladies non psychiatriques, on ne culpabilise ni les parents, ni les enfants, et tant mieux. La culpabilité n’est pas un poids qu’on doit refiler pour s’en débarrasser, dans un sens ou dans l’autre.

  16. Je n’ai pas dit que toutes les familles qui ont l’air saines ne le sont pas, mais que certaines ne le sont pas sous des dehors sains. Et je ne parle pas de culpabilité, justement. Enfin, nous ne sommes pas d’accord, mais sur la maladie qui complique la communication, oui, quand elle est là c’est plus compliqué, mais ces problèmes de communication sont là depuis toujours ou presque et on devient schizophrène beaucoup plus tard.
    Les neurosciences n’expliquent pas tout pour moi, on peut avoir le cerveau qui change suite à des évènements, c’est la neuroplasticité, donc qui sait ce qui est là en premier? Et puis parfois, je trouve ça limite ridicule dans les « découvertes ». Récemment, un article annonçait que la musique agissait sur les sensations de détente. Quelle découverte! Qu’on dise qu’on a découvert dans quelles zones du cerveau agit la musique, comment elle détent, ok, mais dire qu’on découvre qu’elle détent alors que tout le monde le sait depuis la nuit des temps, c’est vraiment con. Pareil pour un livre qui vient de sortir « Proust était un neuroscientifique » parce qu’il a écrit sur le fait qu’un goût fait surgir un souvenir. Mais qui a besoin d’être neuroscientifique pour savoir ça? Les neuroscientifiques voient comment fonctionne le cerveau, mais je crois que les hommes préhistoriques ressentaient déjà tous ces sentiments, pas besoin de savoir les expliquer avec un EEG pour ça. Et ce dont je parle n’a rien à voir avec l’inconscient. Les non-dits, les doubles messages, l’ambiguïté, etc…, c’est inhérent à la communication, après, tout est dans le dégré et l’utilisation qu’on en fait, et surtout dans le fait de réfléchir à comment la personne en face reçoit le message.

    1. Ces découvertes – quand scientifiques – sont loin d’être inutiles. Elles nous aident déjà à discerner ce qui a une valeur générale et ce qui ne dépend que de l’autosuggestion.
      Mais aussi, elles essayent au possible de préciser les mécanismes en question : vers une compréhension plus globale et l’élaboration de meilleurs modèles de notre vision du cerveau et de ses modélisations.

      À bientôt !

    2. Oui c’est le cas de la plupart des grandes découvertes scientifiques.
      On pose d’abord une hypothèse, mais c’est sa vérification expérimentale qui valide le fait scientifique.
      Il ne faut pas en sous estimer l’importance, notamment en médecine.
      Si la médecine « occidentale » a tant progressé par rapport aux autres médecines du monde, c’est parce qu’elle se doit d’être basée sur les preuves.
      Selon moi, on ne peut pas se baser sur un « tout le monde le sait » pour soigner correctement quelqu’un.

      Bref sinon, la neuroplasticité est un phénomène incontestable mais qui ne peut pas tout expliquer, notamment les pathologies post-traumatiques qui sont davantage dues à des modifications de la partie plus primitive du cerveau. La neuroplasticité, c’est plutôt une manière pour le cerveau de s’adapter à l’environnement sur des périodes plus longues (les modifications cellulaires ne sont pas immédiates), ce qui intervient par exemple lors d’une psychothérapie. Il se trouve justement par ailleurs que certaines maladies mentales (dépression, schizophrénie) entravent cette neuroplasticité. Résumer l’interaction gènes/environnement au problème de la poule et de l’oeuf convient à certains troubles mentaux, mais pas à ceux dont l’organicité est prépondérante comme la schizophrénie ou l’autisme, selon moi, ce qui ne veut pas dire quel’environnement ne compte pas pour un patient, au contraire. L’environnement est souvent déterminant dans le déclenchement ou la survenue de la maladie, mais ce n’est pas la cause. Le fait qu’on devienne schizophrène beaucoup plus tard n’est pas un argument en défaveur d’une origine biologique ou génétique. Il existe des tas de maladies qui se déclenchent tard dans la vie et dont la part génétique est prépondérante.

      Je ne suis pas sur que notre désaccord soit si grand. Je vous rejoins totalement sur l’importance d’une « bonne » communication intrafamiliale. En revanche, je ne suis pas persuadé que toutes les thérapies que l’on qualifie de « familiales » permettent réellement d’améliorer cette communication rapidement. L’affirmation de soi offre des outils de base très pertinents pour mieux communiquer dans un premier temps, sans forcément passer des années à se réunir et à s’entredéchirer en thérapie familiale.

  17. Je ne dis pas que les neurosciences sont inutiles, mais que tout ne se ramène pas à ça. D’accord « tout le monde le sait » n’est pas un argument scientique, mais si on découvre comment fonctionne le goût par exemple on ne découvre pas que les humains aiment manger des aliments qui ont bon goût, le tout est dans la formulation de la découverte. Ce que me deplaît, c’est quand on explique tout par les neurosciences, comme Lucy Vincent le fait avec l’amour, je crois que l’humain est plus complexe que ça, et que comme vous dite l’environnement est important. En réalité, je suis plutôt conciliante, parce que je trouve que toutes les théories psy se complètent, et je trouve réducteur de se cantonner à une seule comme beaucoup de gens le font. Quant aux thérapies familiales, je les considère comme un complément, pas comme les soins principaux. Mais ce n’est pas une façon de s’écharper, au contraire ça permet d’améliorer les choses. Depuis que j’ai compris comment fonctionne ma famille, j’ai de bien meilleurs rapports avec mes parents. Je me suis adaptée en me protégeant, je sais comment éviter les conflits, ce que je peux attendre ou pas. Ca permet d’éviter la colère et les ressentiments, de sortir de l’amertume, de ne plus être blessée, etc. Car il ne s’agit pas d’accuser quelqu’un mais de comprendre comment ça marche. On peut le faire en thérapie individuelle d’ailleurs, c’est ce que j’ai fait, et il ne faut pas des années. Pour faire une thérapie familiale, il faut encore que tout le monde soit prêts à le faire.

    1. Tout phénomène neuropsychiatrique est amené à être un jour expliqué par les neurosciences, qu’il s’agisse de processus ou non pathologique, tout simplement parce que c’est le principe de la science. Ce qui n’est pas scientifiquement avéré reste une croyance. Je conçois que certains veuillent garder un minimum de croyances ou de mystères sur les phénomènes psychique (la religion aide beaucoup de gens à se soigner notamment), mais ce n’est pas mon cas. Je suis trop curieux pour ça.
      J’admets tout à fait que toutes les théories « psy » puissent se compléter, mais dans ce cas, il faut y rajouter les théories philosophiques, religieuses, sociologiques etc.
      En ce qui concerne les troubles psychiques considérés comme des « maladies », je considère que toute prise en charge doit être centrée sur une base scientifique, à savoir la médecine, éventuellement les médicaments et les psychothérapies dont l’efficacité peut être prouvée. Ensuite, il est tout à fait légitime et bénéfique d’y greffer d’autres démarches qui ne se prêtent pas forcément à l’évaluation expérimentale : art-thérapie, psychanalyse, groupe de parole, yoga etc.

  18. Je voulais plutôt parler de psychologie clinique, sociale, cognitive, etc… Ce n’est pas scientifiquement prouvé, mais est-ce que ce sont des croyances pour autant? J’appellerais plutôt ça des théories.

  19. Enfin, je ne parlais pas que branches de la psycho, mais aussi des neurosciences, de la psychiatrie, etc. Je pense juste que l’être humain est un être bio-psycho-social comme on dit, et je trouve réducteur de n’étudier l’homme que par un seul de ces côtés.
    On ne peut quand même pas dire que toutes les sciences humaines sont des croyances. Il y a des choses qu’on ne peut pas prouver scientifiquement, ce ne sont pas des croyances pour autant. La linguistique n’est pas une croyance, la littérature non plus. Il y a tout de même une différence entre croire en un Dieu que personne n’a jamais vu et établir une théorie sur le langage, qui lui existe bien.

    1. Les théories non vérifiées expérimentalement demeurent des croyances. La linguistique et la littérature peuvent être considérées comme des sciences humaines, pas comme des théories. Ces sciences humaines peuvent fournir des théories, mais je vous renvoie alors à la définition d’une théorie : une idée ou une connaissance spéculative, souvent basée sur l’observation ou l’expérience, donnant une représentation idéale, éloignée des applications. Tout est dit.

  20. Et vous considérez les sciences humaines comme valables ou pas?

    1. Bien sûr ! Pourquoi ne le seraient-elles pas ?

  21. Ca me rassure! Je pensais que tout ce qui n’était pas validé par les sciences exactes était pour vous des croyances.

    1. Mais c’est le cas. Ce n’est pas pour autant que les sciences humaines ne sont pas valables. Certaines théories non validées scientifiquement peuvent même être plus bénéfiques à l’humanité que certains faits scientifiques avérés. Des deux côtés, il peut y avoir des excès, mais l’avantage de la preuve scientifique, c’est qu’elle peut constituer une garantie fiable dans des domaines comme la médecine.

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