ECT, sismothérapie, électrochocs?

Effets secondaires, Prise en charge, Troubles de l'humeur

L’électroconvulsivothérapie (ECT), aussi nommé sismothérapie, électronarcose ou encore plus vulgairement « les électrochocs », reste sujette à controverse y compris au sein même du milieu médical. Dans le cadre de sa croisade antipsychiatrique, la scientologie calomnie logiquement cette modalité thérapeutique à grand renfort de désinformation et de diabolisation, profitant ainsi d’une certaine insuffisance de communication de la communauté psychiatrique envers le grand public. Celui-ci associe encore l’ECT à la psychiatrie asilaire, aux soins forcés, au non-respect de la volonté du patient, au totalitarisme, à la torture, à la punition voire même à l’exécution des condamnés à mort. Or elle est pratiquée dans les services des équipes de réanimation et nécessite le consentement libre et éclairé du patient.

Il semble nécessaire de pouvoir proposer des données claires et fiables, que ce soit sur les plan historique ou scientifique, en tenant compte des zones d’incertitude ou d’ignorance, ce afin d’éviter davantage de conflits ou d’égarements. Le format des questions/réponses parait alors le plus adapté pour atteindre cet objectif.

1. Qu’est-ce que l’ECT?

Il s’agit d’un traitement utilisé aujourd’hui pour quelques maladies mentales sévères, et qui consiste à faire passer du courant électrique à travers le cerveau dans le but d’obtenir une crise d’épilepsie. L’effet thérapeutique d’une crise d’épilepsie peut sembler paradoxal mais ce procédé s’est pourtant développé logiquement suite à une simple observation : certains patients schizophrènes ou déprimés, également épileptiques, voyaient leur état psychiatrique s’améliorer après une crise. Des médicaments comme le Cardiazol ont dans un premier temps été utilisés pour reproduire ces crises puis ont été progressivement remplacés par l’électricité. Celle-ci autorisait un meilleur contrôle du déclenchement et de la durée des crises, raccourcissait le délai de survenue et en minimisait l’appréhension, alors que les effets du Cardiazol se révélaient imprévisibles dans l’intensité comme dans la durée des crises.

2. L’ECT est-elle souvent utilisée?

Apparue dans les années trente, la technique a beaucoup été utilisée dans les années cinquante et soixante, à une époque où les médicaments étaient moins nombreux et moins efficaces qu’aujourd’hui. Sa pratique s’est ultérieurement raréfiée au cours des années soixante-dix, une décennie marquée par l’antipsychiatrie à une époque où celle-ci n’était pas encore récupéré et gangrénée par certaines dérives sectaires. Les décennies ultérieures sont caractérisées par un regain d’intérêt vis-à-vis de cette pratique dont la technique s’est parallèlement améliorée, mais dont l’utilisation reste très minoritaire comparée à celle des médicaments psychotropes qui sont aujourd’hui mieux tolérés et plus performants qu’auparavant. 70 000 séances sont pratiquées chaque années en France selon la société française d’anesthésie réanimation en 1999.

3. Comment ça marche?

Les mécanismes d’action de l’ECT restent encore mal cernés. Certaines théories sont avancées notamment celle d’un relargage de neuromédiateurs (la libération de ces substances par les neurones étant perturbée dans les maladies concernées) ou d’une stimulation de la croissance des vaisseaux sanguins dans certaines zones du cerveau, mais personne n’est aujourd’hui en mesure d’élucider les effets thérapeutiques de l’ECT.

4. Quelles en sont les indications?

L’ECT est indiquée dans la prise en charge de certaines formes sévères de troubles de l’humeur (dépression, manie) et de décompensations schizophréniques, notamment dans leur présentation délirantes ou catatoniques. Elle peut être utilisée en première intention en cas de risque vital à court terme (suicide, dénutrition, déshydratation…) compte tenu de sa rapidité d’action mais reste envisagée la plupart du temps après l’échec d’un, de plusieurs traitements médicamenteux de référence, de contre-indication ou d’intolérance à ceux-ci. L’ECT n’est en revanche pas indiquée dans les formes plus modérées de dépression ou certains troubles de la personnalité, notamment borderline, caractérisés par la fréquence de passages à l’acte suicidaires ou auto-agressifs.

5. L’ECT est-elle réellement efficace?

De nombreuses études ont été réalisées en comparaison du placebo qui consiste alors à appliquer les mêmes mesures (anesthésie, curarisation, lieu, personnel) sans utiliser de courant électrique. L’efficacité de l’ECT est bien supérieure à celle du placebo, et même supérieure à celle des médicaments de référence ainsi que plus rapide, d’où son intérêt en cas de risque vital à court terme. Le taux de rémission dans l’épisode dépressif majeur est évalué entre 80 et 90%, y compris après l’échec de deux traitements antidépresseurs bien conduits. Ce taux chute entre 50 et 60% lorsque 3 ou 4 antidépresseurs se sont révélés inefficaces.

6. Quels sont les effets secondaires de l’ECT?

Les effets secondaires observés à court terme sont la confusion postcritique, l’amnésie transitoire, les céphallées, les nausées et douleurs musculaires. Ils disparaissent au maximum dans les heures qui suivent la séance. La confusion peut se prolonger quelques jours, notamment chez le sujet âgé. À moyen terme, l’ECT peut engendrer des troubles mnésiques, de type amnésie antérograde (faits récents) et/ou rétrograde (faits anciens), la première disparaissant constamment, la seconde pouvant persister chez certains patients.

7. Quels sont les risques de l’ECT?

Le taux de mortalité est estimé à 1 sur 10 000 patients traités, soit 2 pour 100 000 séances. Ce risque est comparable à celui de l’anesthésie générale pour les interventions chirurgicales mineures. Le taux d’accident (morbidité) est lui estimé à 1 pour 1300 séances. Il s’agit la plupart du temps de laryngospasme, de traumatisme dentaire, de luxation ou de fracture, de défaillance circulatoire, d’état de mal épileptique, de paralysie des nerfs périphériques, de brûlure cutanée au point d’application des électrodes, ou encore d’apnée prolongée. Avant la mise en place de la curarisation qui permet de relâcher les muscles, ce taux d’accident était de 40%.

8. Quelles sont les contre-indications de l’ECT?

La seule contre-indication absolue est l’hypertension intracrânienne évolutive dont les causes peuvent être multiples. Le rapport bénéfice/risque doit être évalué au cas par cas, notamment en présence de lésions expansives intracrâniennes, en cas de proximité d’un épisode d’hémorragie cérébrale, d’un infarctus du myocarde récent ou d’une maladie emboligène, en présence d’anévrysmes ou de malformations vasculaires à risque hémorragique, en cas de décollement de rétine ou lors de l’existence d’un phéochromocytome, ces situations représentant la plupart du temps un risque majeur. Les pathologies cardiovasculaires, repiratoires, diabétiques ou thrombotiques sont à évaluer et à équilibrer au préalable. L’ECT n’est pas contre-indiqué chez la femme enceinte et peut même être considéré comme un traitement préférentiel compte tenu des risques médicamenteux pour le fœtus. L’ECT peut ainsi être pratiquée pendant toute la durée de la grossesse sous surveillance obstétricale.

9. Quelles sont les alternatives à l’ECT?

L’ECT est parfois nécessaire mais rarement indispensable. Si celle-ci est refusée par le patient ou non proposée par le médecin lorsqu’elle est indiquée, le patient est exposé à un délai de rétablissement plus long, ce qui implique parfois la persistance d’un risque vital, qu’il soit suicidaire, en rapport avec des comportements auto-agressifs ou un refus de s’alimenter ou de s’hydrater. Les alternatives sont principalement médicamenteuses, bien que cette stratégie ait souvent été tentée sans succès avant d’envisager l’ECT. La psychothérapie n’a pas fait la preuve de son efficacité dans les formes graves des troubles mentaux concernés par l’ECT.

10. Le consentement du patient est-il nécessaire?

A l’instar de l’ensemble des actes médicochirurgicaux, le consentement du patient doit être libre et éclairé, ainsi que renouvelé tous les six mois en cas de cure de maintenance. Ce consentement est recueilli par écrit après avoir délivré une information orale et écrite (fiche patient de l’ANAES). Lorsque l’état du patient ne lui permet pas de donner ce consentement ni de consentir aux soins dans leur ensemble, l’ECT peut être pratiquée après évaluation de la situation par l’équipe médicale et la sollicitation de l’entourage dont le consentement sera recueilli. Il est recommandé aux patients qui ne souhaitent pas bénéficier de l’ECT de l’écrire sous forme de directive prévisionnelle en dehors des phases de manifestation aiguë de la maladie.

11. Comment se déroule l’ECT

Un bilan préalable doit être réalisé et comprend au minimum un électrocardiogramme et la consultation d’un médecin anesthésiste au moins 48 heures avant la première séance. Celui-ci recueille l’histoire somatique du patient et recense notamment les traitements en cours, procède à un examen clinique et complète éventuellement ses investigation par des examens paracliniques tels qu’un bilan sanguin, une radiographie, scanner ou IRM, un fond d’œil ou encore un électroencéphalogramme, le tout à la recherche de contre-indications relatives, absolue ainsi que de risques à prendre en compte. Il recueille enfin le consentement à l’anesthésie du patient. Les séances d’ECT se déroulent dans les locaux d’un service d’anesthésie/réanimation, en présence de personnel (un médecins anesthésiste, un médecin psychiatre et une infirmière) dont l’attitude se veut rassurante et de matériel médical adaptés. L’anesthésiste et son assistant connecte l’équipement qui enregistre les activités cardiaques et cérébrales, la pression artérielle, le taux d’oxygène, injecte l’anesthésique puis la substance curarisante qui relâche les muscles une fois le patient endormi. Le courant électrique est alors délivré par deux électrodes durant quelques secondes et suivi de la crise épileptique qui dure entre 20 et 50 secondes. Quelques minutes plus tard, les effets du curare et de l’anesthésique se dissipent et le patient se réveille sans avoir ressenti la moindre douleur. Après une poursuite de la surveillance sur place, grâce aux équipements et le personnel sur place, le patient peut réintégrer le service de psychiatrie. Les séances durent donc une dizaine de minutes et sont renouvelées deux ou trois fois par semaine. Le nombre total de séances est variable (entre 4 et 20) et fonction de l’amélioration des symptômes. Le courant est parfois délivré par une électrode unique, ce qui permet de diminuer les effets secondaires, mais qui se paye par une efficacité moindre.

12. Que se passe-t-il après la fin des séances?

Le taux élevé de rechute (entre 35 et 80% à six mois) rend nécessaire la mise en place de stratégies thérapeutiques de consolidation. Le relai médicamenteux est mis en place dans un premier temps, le plus souvent à base antidépresseurs et/ou de lithium, et sera remplacé ou complété par des ECT de consolidation en cas d’efficacité insuffisante. Les séances seront ainsi espacées de 1 à 4 semaines sur une période d’environ six mois. Un protocole de maintenance est parfois nécessaire à un rythme d’une séance toutes les 2 à 8 semaines pendant 12 à 24 mois. A l’instar des traitements médicamenteux, l’ECT doit être associée à une prise en charge médicale et psychothérapeutique, au minimum de soutien.

13. Pourquoi tous les psychiatres ne prescrivent-ils pas l’ECT?

Le recours à l’ECT varie en effet grandement d’un psychiatre à l’autre. Les prescripteurs sont le plus souvent de sexe masculin, plutôt formés dans les années soixante ou quatre-vingt, davantage tournés vers une approche médicamenteuse que psychothérapeutique et pratiquent plutôt en clinique privée ou dans les centre hospitalo-universitaires dont le recrutement est surtout orienté vers les troubles de l’humeur. La plupart d’entre eux ont constaté l’efficacité de l’ECT chez des patients gravement déprimés pour qui les autres traitements s’étaient révélés inefficaces et pensent logiquement que les bénéfices sont supérieurs au risques, notamment suicidaire. Les non prescripteurs et récalcitrants sont plutôt formés dans les années soixante-dix marquées par l’antipsychiatrie et considèrent volontiers l’ECT comme un traitement dégradant voire inhumain qui devrait appartenir au passé. Ceux-ci en déplorent les effets secondaires qu’ils estiment sévères, souvent ignorés par leurs confrères et suspectent l’ECT de provoquer des dommages cérébraux irréversibles. Ils considèrent enfin que l’efficacité de cette méthode n’est pas un argument suffisant pour compenser ses effets néfastes et que celle-ci devrait être abandonnée.

14. Quelle est l’opinion des patients?

La proportion d’entre-eux qui jugent l’ECT utile varie de 30 à 80%, les taux de satisfaction les plus bas ayant probablement été obtenus dans les études menées par les patients tandis que les proportions les plus élevées semblent provenir d’enquêtes menées par les médecins. La plainte la plus fréquente porte sur les pertes de mémoires occasionnées.

 


Références :

Indications et modalités de l’électroconvulsivothérapie (ANAES, 1998)

Information on ECT (The Royal College of Psychiatrists, 2010)

Pratique de la sismothérapie (A. Bottéro, 2000)

Histoire de la psychiatrie : Les débuts de la sismothérapie (A. Bottéro, 1998)

Actualités de l’utilisation de l’électroconvulsivothérapie en psychiatrie (David Szekeli, 2008)

Update on ECT (Max Fink, 2008)

Nouveau n’est pas toujours meilleur…

Neuroleptiques, Revues Pro, Troubles psychotiques

Modernité n’est toujours synonyme de supériorité. Voici quelques études qui plairont aux plus réactionnaires d’entre nous.

La rispéridone à libération prolongée est tout d’abord comparée aux neuroleptiques conventionnels de forme retard chez 8310 patients schizophrènes (2712 contre 6523). Les résultats sont plutôt en faveur des vieux traitements dont l’interruption, quelle qu’en soit la cause, est beaucoup plus tardive (792 jours contre 433). Chez les 969 patients initialement sous neuroleptique retard dont le traitement est remplacé par la rispéridone LP, le nombre de réadmission et de journées d’hospitalisation augmente significativement. N’oublions pas que le prix constitue aussi un argument en faveur des anciens traitements…

New Clinical Drug Evaluation Unit (NCDEU) 51st Annual Meeting: Older antipsychotics trump newer agents for schizophrenia (Medscape, juin 2011).

Dans une autre étude, l’efficacité des antipsychotiques sur les symptômes dépressifs dans la schizophrénie est évaluée chez 1460 patients après 18 mois de traitement. Aucune différence n’est retrouvée entre les patients traités par la perphénazine (ancien neuroleptique de la classe des phénothiazines) et ceux traités par les antispychotiques de deuxième génération suivants : olanzapine, quétiapine, risperidone et ziprazidone. Si les vertus antidépressives de ces derniers sont souvent vantés par les laboratoires qui les commercialisent, elles ne semblent pas surpasser celles de leurs ancêtres. En revanche la quétiapine se montre visiblement plus efficace que la rispéridone chez les patients présentant un épisode dépressif caractérisé, ce qui confirmerait presque une promesse du laboratoire concerné.

Addington DE and al. Impact of second-generation antipsychotics and perphenazine on depressive symptoms in a randomized trial of treatment for chronic schizophrenia. J Clin Psychiatry. 2011 Jan;72(1):75-80.

La clozapine est le plus ancien des antipsychotiques de deuxième génération mais aussi le plus efficace. En raison d’un effet secondaire parfois grave (neutropénie), sa mise en place nécessite de grande précaution, notamment une surveillance biologique hebdomadaire puis mensuelle, et il n’est réservé qu’aux pathologies schizophréniques réfractaires, soit après l’échec de deux traitements bien conduits. Si certains auteurs estiment que 30 % des schizophrènes sont des candidats potentiels à la clozapine, seuls 2 à 3% en bénéficient réellement aux États-Unis. Sur un échantillon de 7035 patients récemment diagnostiqués, les antipsychotiques les plus prescrits sont dans l’ordre : l’aripiprazole (1175), la quétiapine (1161), la rispéridone (1127), les formes à libération prolongée (1078), l’olanzapine (663), l’halopéridol (559), la ziprazidone (333), la palipéridone (253), la fluphénazine (199) et enfin la clozapine (144 soit 2%). Le patient typiquement mis sous clozapine est un jeune homme blanc avec des dépenses de santé plus élevées. Selon les auteurs, la réticence à instaurer ce traitement pourrait bien constituer une perte de chance pour de nombreux patients.

New Clinical Drug Evaluation Unit (NCDEU) 51st Annual Meeting: Clozapine rarely prescribed for refractory schizophrenia (Medscape, juin 2011).

Enfin, une étude compare le lithium et le valproate chez 4000 patients bipolaires danois entre 1995 et 2006. Les résultats sont en faveur du lithium, moins interrompu, moins remplacé, moins associé à d’autres psychotropes et associé à un taux d’hospitalisation plus bas. Les risques d’intoxication ou d’atteinte rénale nécessite une surveillance accrue lors de la prescription de lithium, ce qui incite beaucoup de praticiens à préférer le valproate pourtant moins efficace. Le rapport bénéfice/risque doit évidemment être évalué au cas par cas.

Kessing LV and al. Valproate v. lithium in the treatment of bipolar disorder in clinical practice: observational nationwide register-based cohort study. Br J Psychiatry. 2011 May 18.

Un psychotrope vaut mieux que deux (de la même classe).

Effets secondaires, Médicaments, Revues Pro, Troubles de l'humeur

Quelques publications récentes plaident en faveur de la bonne vieille monothérapie, que ce soit en matière de dépression, de trouble bipolaire ou de schizophrénie.

Pour commencer, plus de six cent patients déprimés ont été répartis en trois groupes : le premier destiné à une monothérapie antidépressive par escitalopram (Seroplex), le deuxième à une bithérapie associant escitalopram et bupropion (Zyban), le troisième à une autre bithérapie associant venlafaxine et mirtazapine (Norset). Aucune différence n’a été retrouvée en matière de rémission ou de réponse à 12 et à 24 semaines de traitement tandis que le risque d’effet secondaires semble accru avec l’association venlafaxine/mirtazapine.

Rush A, et al. Combining Medications to Enhance Depression Outcomes (CO-MED): acute and long-term outcomes of a single-blind randomized study. Am J Psych 2011 May 2; DOI: 10.1176/appi.ajp.2011.10111645.

Une centaine de patients schizophènes traités par plusieurs antipsychotiques ont été répartis en deux groupes : le premier visait à réduire le traitement à une monothérapie, le second à conserver cette polythérapie. Six mois plus tard, les interruptions de traitement étaient plus fréquentes dans le premier groupe (31 % contre 14 %). En revanche, aucune différence n’a été retrouvée quant aux symptômes de la maladie. Sur le plan des effets secondaires, une perte de poids a été constatée dans le premier groupe et une prise de poids dans le second.

Essock SM et al. Effectiveness of switching from antipsychotic polypharmacy to monotherapy. Am J Psychiatry Am J Psychiatry 2011; 168:702-708.

Enfin, 283 patients bipolaires traités par des régulateurs de l’humeur (anticonvulsivants ou antipsychotiques) ont été répartis en deux groupes : les patients du premier bénéficiaient d’une adjonction de lithium tandis que ceux du second groupe conservaient leur traitement tel quel. Aucune différence n’a été retrouvée au niveau des symptômes mais les effets secondaires se sont révélés plus importants dans le premier groupe.

Calabrese JR. Lithium treatment moderate dose use study — A randomized comparative effectiveness trial of the adjunctive use of lithium. APA 2011.

Neurones et schizophrénie

Revues Pro, Troubles psychotiques

Les hypothèses scientifiques sur une origine génétique de la schizophrénie viennent d’être renforcées par des chercheurs américains dont les travaux récents et atypiques méritent quelques projecteurs. Des fibroblastes, à savoir des cellules prélevées dans la peau de patients schizophrènes, ont été successivement reprogrammés en cellules souches pluripotentes puis en neurones et enfin soumis à une étude approfondie en comparaison à des modèles « sains ». La connectivité entre ces cellules nerveuses s’est révélée altérée, certaines protéines étant présentes à des niveaux insuffisants, ce phénomène traduisant une perturbation dans l’expression de certains gènes. Ce bouleversement moléculaire s’est trouvé amélioré suite à l’ajout d’un antipsychotique (loxapine).

Certains récalcitrants, qu’ils soient scientologues, psychanalystes ou autres, pourraient enfin admettre le rôle des facteurs génétiques dans la survenue de cette maladie. Les perspectives offertes par ces travaux prometteurs sont vastes, notamment en ce qui concerne le développement de nouveaux médicaments. Le mystère des maladies psychiatrie s’éclaircit peu à peu…

Brennand KJ et al. Modelling schizophrenia using human induced pluripotent stem cells. Nature. 2011 Apr 13.

Un constat décevant…

Neuroleptiques, Revues Pro, Troubles psychotiques

L’interruption du traitement, même partielle, demeure la principale cause de rechute et, par extension, de réhospitalisation en ce qui concerne les maladies mentales et notamment la schizophrénie. Les prises quotidiennes, voire pluriquotidiennes, et les effets secondaires parfois très invalidants se révèlent de gros obstacles, d’autant plus quand il s’agit de patients qui ne se sentent pas malades. Dans ce contexte les antipsychotiques d’action prolongée pourraient se révéler avantageux sur quelques points, mais présentent également certains inconvénients à commencer par leur modalité d’administration : injectable, un procédé volontiers perçu comme humiliant par bon nombre de patients. Si elle ne garantit pas l’administration systématique du médicament, la mise en place d’un tel traitement offre aux équipes de soins la possibilité de vérifier sa prise, un contrôle souvent, et légitimement assimilé à un manque de confiance par ces mêmes patients. Les bénéfices attendus, à savoir la diminition des taux de rechute et de réhospitalisation, ne sont hélas pas retrouvés par une étude récente publiée dans le prestigieux New England Journal of Medecine en janvier 2011.

Rosenheck R, et al Long-acting risperidone and oral antipsychotics in unstable schizophrenia. N Engl J Med 2011; 364: 842-851.

Sur les 369 patients concernés, le taux de réhospitalisation à 11 mois est de 45% avec les antipsychotiques oraux contre 39% avec la risperidone à libération prolongée. Cette dernière est à l’origine de davantage d’effets secondaires, de type extrapyramidaux ou au niveau du site d’injection. Aucune différence n’est retrouvée en ce qui concerne les symptômes de la maladie, la qualité de vie, les performances sociales, le fonctionnement global ou encore les autres effets secondaires neurologiques.

Une autre publication, de l’American Journal of Psychiatry, vient démentir ou du moins corriger ces résultats deux mois plus tard.

Tiihonen J. et al. A Nationwide Cohort Study of Oral and Depot Antipsychotics After First Hospitalization for Schizophrenia. Am J Psychiatry, first published on Mar 1, 2011

Il s’agit d’une étude menée en Finlande sur 2588 patients schizophrènes après une première hospitalisation. Parmi la minorité de patients ayant poursuivi le traitement au-delà du séjour, le taux de réhospitalisation est trois fois plus faible avec la risperidone à action prolongée. Au sein des formes orales, les meilleurs résultats sont obtenus avec l’olanzapine et la clozapine. Enfin, les traitements antipsychotiques sont associés dans leur ensemble à une diminution du taux de mortalité, une donnée à confronter à la propagande scientologique concernant les psychotropes.

La seconde étude offre un échantillon de patients plus conséquent et probablement plus représentatif mais l’assignation aux différents traitements n’est pas randomisée. Les patients concernés par la première étude sont moins nombreux, mais plus agés, probablement plus conscients de leur maladie et volontaires pour l’étude. Les bénéfices de la risperidone à libération prolongée ne sont finalement pas si évidents et ne doivent pas faire oublier que son prix est bien supérieur à celui des formes orales, sans oublier que l’expérience est souvent mal vécue par le patient avec des conséquences parfois négatives sur sa relation avec l’équipe soignante. Au final, il s’agit évidemment, et heureusement, de gérer les situations au cas par cas.