Vaut-il mieux s’attendre au pire ?

Alors, vaut-il mieux s’attendre au pire? À vue de nez, c’est une très bonne affaire! Penser de cette façon devrait logiquement permettre d’être moins déçu en cas d’échec et plus satisfait en cas de réussite.

Deux psychologues de l’université de Washington ont voulu tester cette prédiction sur un panel d’étudiants auxquels ils ont soumis des problèmes à résoudre.

Les résultats n’ont pas confirmé cette prédiction. Ceux qui s’attendaient au pire étaient certes moins surpris en cas d’échec, mais ne se sentaient pas plus joyeux, plus calmes ou plus satisfaits d’eux-mêmes en cas de réussite, ni moins tristes, moins tendus et moins déçus d’eux-mêmes en cas d’échec.

Les résultats allaient même à l’encontre de cette prédiction. Ceux qui s’attendaient au pire se sont sentis plus mal que les autres, quels que soient leurs résultats. Plusieurs hypothèses peuvent expliquer ces résultats :

  1. Dans la vie, ceux qui s’attendent au pire se sentent généralement plus mal et ceux qui s’attendent au meilleur se sentent globalement mieux.
  2. Ceux qui s’attendent au succès ont tendance à voir le bon coté des choses. Même quand ils échouent de peu, ils ont tendance à considérer leur performance de façon plus positive que les autres.
  3. Ceux qui s’attendent à réussir ont tendance à s’attribuer davantage de mérites en cas de succès et à moins s’attribuer la responsabilité d’un échec, à l’inverse de ceux qui s’attendent au pire.

Les optimistes se sentent moins mal en cas d’échec et les pessimistes se sentent moins bien en cas de réussite.

Mais attention, comme souvent, se trouver à l’autre extrémité du spectre n’est pas non plus une bonne affaire. Ne rien s’attribuer de ses échecs ne permet pas d’aller bien loin non plus. Par ailleurs, dans certains cas, anticiper un échec peut conduire à mieux se préparer en vue d’une meilleure performance.

Bon cela dit, la question « vaut-il mieux s’attendre au pire? » est mal posée car elle sous-entend que c’est un choix. Or s’attendre au pire est souvent la conséquence d’une estime de soi plus basse, d’une humeur plus basse ou de l’anxiété, notamment des inquiétudes.

On ne devient pas optimiste en claquant des doigts, même si certains y sont prédisposés. La plupart du temps, cela nécessite de l’entraînement, de s’entraîner à prendre des risques notamment. Et s’attendre au pire n’incite pas vraiment à prendre des risques.


Margaret Marshall & Jonathon Brown (2006) Emotional reactions to achievement outcomes: Is it really best to expect the worst?, Cognition and Emotion, 20:1,43-63.

Igor THIRIEZ : L’inquiétude

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