4 idées reçues sur l’isolement et la contention

1. C’est sans danger si bien réalisé

Quel que soit leur mode d’administration, ces procédures restent dangereuses pour les usagers. Aux risques physiques (blessures, fractures, complications cardiopulmonaires, décès) s’ajoutent des complications psychiatriques (traumatisme, recrudescence anxieuse, délirante et hallucinatoire). Les soignants sont également exposés à des risques de blessures (plus souvent que les travailleurs des industries à haut risque). Les programmes visant à un moindre recours à l’isolement et à la contention sont associés à une diminution de ces accidents.

2. C’est parfois thérapeutique

Si le risque élevé de complications est bien établi, il n’existe aujourd’hui aucune donnée en faveur d’un effet thérapeutique de ces procédures. Des bénéfices en rapport avec une « isolation sensorielle » ont été avancées, notamment sur l’excitation psychomotrice et les manifestations productives dans la schizophrénie. Néanmoins ces bénéfices sont largement supplantés par les inconvénients qui découlent de ce phénomène : altération des perceptions, notamment hallucinations, et décharges émotionnelles, notamment anxieuses.

3. C’est une démarche non punitive

L’isolement et la contention sont vécues comme punitives dans 60 à 75% des cas. La dangerosité qui justifie la mise en place de ces procédures découle le plus souvent d’une non compliance, de comportements perturbateurs et de rapports de force. Pour rappel, la punition consiste à infliger quelque chose de désagréable dans le but de supprimer ou de modifier un comportement. Pour information, l’isolement est considéré comme l’une des pires punitions en milieu carcéral.

4. C’est utilisé en dernier recours

Il existe de grandes disparités dans la détermination des situations potentiellement dangereuses ainsi que dans le recours à l’isolement et à la contention. Ce phénomène s’observe entre différents établissements, différents services, et même au sein d’une même équipe de soins. Le meilleur facteur de réduction de cette disparité est l’expérience, ce qui implique un besoin de formation spécifique pour une meilleur gestion des situations potentiellement dangereuses.

 

 


U.S. Department of Health and Human Services. (2005). Roadmap to Seclusion and Restraint Free Mental Health Services. DHHS Pub. No. (SMA) 205-4055. Rockville, MD : Substance Abuse and Mental Health Services Administration, Center for Mental Health Services.

National Association of State Mental Health Programs Directors (NASMHPD). (2003). National Executive Training Institutes : Reducing the Use of Seclusion and Restraint – Curriculum Training Manual. Alexandria, VA : Author.

Illustration

5 Comments

  1. Il est possible d’abolir la contention et non de la « limiter » car, comme expliqué ci-dessus, elle n’est pas thérapeutique, et elle dégrade soignants et patients. M^me débat que pour la peine de mort : la contention ne soigne pas et e fait qu’aggraver une situation.
    D’autres l’ont abolie, comme décrit dans le lien, sans avoir davantage de personnels ni de moyens, simplement par une meilleure organisation, et de la volonté. C’est surtout cette dernière qui manque chez nous.
    http://www.forumpsy.net/t1093-islande-la-contention-mecanique-abolie-en-psychiatrie

    1. Totalement d’accord avec vous. Merci pour ces précisions. Certains états américain sont également parvenus à un niveau très proche du zéro. Plus que de volonté, c’est d’une vision à long terme et au-delà de l’hôpital dont les soignants ont besoin. La plupart des soignants hospitaliers n’exercent justement qu’à l’hôpital, et ne peuvent pas forcément constater l’intégralité des dégâts causés par ces pratiques coercitives, notamment les conséquences traumatiques, la détérioration de l’alliance, de l’autonomie et j’en passe…

  2. Madmoonlight

    Merci d’écrire ce qui trotte dans ma tête et que je ne sais comment exprimer cher Dr. T.

  3. Totalement d’accord pour 1 et 2. Moins pour 3 et 4. Mis à part en UMD ou j’avais trouvé que la contention était effectivement utilisée à visée quasi comportementaliste type renforceur négatif, dans la plupart des secteurs où je suis passé les patients contentionés étaient dans des états d’agitation important avec un sérieux risque pour quiconque passait près d’eux (et un sérieux risque pour eux même cela va sans dire) et donc sans dimension punitive d’aucune sorte. La contention était réévaluée 2 a 3 fois par jour et des que le patient n’était plus agité elle était levée. Parfois 30 minutes de contention étaient suffisante, une fois un patient est resté contentionné plusieurs jours… Mais à aucun moment je n’ai senti de dimension punitive (sachant que j’étais en début d’internat et que je pouvais donc tout à loisir observer le fonctionnement des praticiens et des équipes soignantes). Par ailleurs la contention était effectivement utilisée en dernier recours lorsque les soignants étaient « dépassés ». Je ne pense pas qu’il faille blâmer la contention. Ce qui est à blâmer c’est le manque de moyen et de formation qui fait que les soignants sont « dépassés » de plus en plus facilement et que leur seuil de tolérance diminue de plus en plus. Dans un service ou il y avait 3 infirmiers psychiatriques habitués à la gestion comportementale des agitations il n’y avait quasiment jamais de contention. Dans un autre ou il n’y avait qu’une IDE et 2 aides soignante pour 20 patients, c’était beaucoup plus compliqué : des qu’elles se seraient en danger c’était renfort et compagnie et finissait systématiquement en contention. Bref, le soucis ce n’est pas l’acte en lui même, le soucis c’est son recours abusif par inexpérience ou manque de moyen
    Enfin ce n’est que mon avis.

    1. Et je vous remercie de l’exprimer ici.
      Petite précision sur la notion de punition. Je pars du principe que quelque chose est punitif lorsqu’il est vécu comme tel par celui qui le subit. Les effets néfastes d’une punition se produisent lorsque quelque chose est « vécu » comme un punition par celui qui le subit, et non lorsque celui qui l’inflige pense qu’il punit. Ce ne sont donc pas ceux qui utilisent la contention qui déterminent sa nature ou non punitive, mais celui qui en fait les frais. Il est donc tout à fait possible de punir sans en avoir l’impression avec la contention (ça arrive dans 60 à 75% des cas).

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