Le (déjà) vilain « joint électronique »

Addictions, Cigarette électronique

La sortie prochaine de ce vaporisateur de chanvre soulève certes quelques interrogations mais il est bien regrettable de le voir condamné uniquement sur la base de prédictions catastrophistes sans tenir compte d’éventuels bénéfices.

Si la réaction impulsive et arbitraire du Ministère de la santé n’est hélas pas surprenante, le précautionnisme affiché par la plupart des professionnels de santé, notamment certains spécialistes de l’addiction, est lui consternant. Les arguments mis en avant sont à peu de choses près les mêmes que ceux observés lors de l’émergence de la cigarette électronique (qui d’ailleurs résonnent toujours). Parmi ceux-ci :

1. Les jeunes vont se l’approprier

S’approprier ce qui est réservé aux adultes est une tendance bien connue des adolescents. Il est donc probable que certains d’entre-eux s’approprient le dispositif, mais tout aussi probable qu’ils le laissent de coté après avoir constaté sa faible valeur récréative. En effet, le liquide vaporisé ne contient pas de THC, la substance responsable des effets euphorisants et désinhibiteurs du cannabis. Je ne vois vraiment pas quel intérêt auraient ces jeunes à ajouter cet engin à leurs différents cocktails de défonce. Par ailleurs, je ne partage pas la croyance selon laquelle ce vaporisateur pourrait être adopté par des jeunes qui seraient autrement restés « vierges » de toutes substances psychoactives.

2. Ce serait une incitation à fumer du « vrai » tabac cannabis

À moins d’avoir vécu ces dernières années dans une dimension parallèle, je n’ai pas l’impression que l’arrivée de la cigarette électronique ait causé une augmentation du tabagisme. Je ne vois pas pourquoi il en serait autrement avec ce vaporisateur de chanvre qui ne contient ni THC, ni nicotine. Ce qui incite à fumer du cannabis, c’est avant tout le cannabis lui-même. Alors certes, le nom de l’entreprise cultive (c’est le cas de le dire) une certaine ambiguité mais c’était également le cas de la « cigarette » électronique. Dans les deux cas, il me semble que le principe consiste à conserver ce que le produit d’origine (tabac ou cannabis) a de moins mauvais, et à se débarrasser de ce qu’il a de plus toxique (goudrons et THC notamment).

3. Ce « joint électronique » pourrait ternir l’image de la cigarette électronique

Cet argument semble nouveau, mais il fonctionne en miroir avec la prophétie selon laquelle la cigarette électronique devait redonner une bonne image au tabac, ce qui ne s’est pas produit jusqu’à ce jour. Je constate avec grande déception que cet argument est relayé par une bonne partie de la « communauté » des vapoteurs dont les craintes mériteraient d’être explorées. D’une part, il ne me semble pas que la cigarette électronique bénéficie d’une image beaucoup plus reluisante que ce vaporisateur de chanvre, d’autre part les fumeurs de cannabis ne sont pas davantage des parias que les fumeurs de tabac. Ceux-là mêmes qui se plaignaient du fait que leur engin n’était pas pris au sérieux (et ne l’est toujours pas vraiment) feraient donc subir le même sort aux potentiels usagers de ce nouveau produit?

Tous ces gens n’auraient donc rien retiré de l’expérience (positive) de la cigarette électronique qui puisse ne pas les faire condamner d’emblée cette nouvelle initiative?

En tant que psychiatre, je constate chaque jour les ravages que peut causer le cannabis et la forte addiction qu’il peut entrainer. À l’origine de nombreux épisodes psychotiques, le cannabis peut aussi provoquer, précipiter et surtout aggraver la schizophrénie. Le cannabis constitue aussi souvent une sorte d’automédication pour les patients, qu’il s’agisse là encore de schizophrénie, de trouble bipolaire ou également des troubles anxieux qui eux aussi peuvent se révéler très invalidants. Alors lorsqu’il s’agit d’en exclure la molécule à priori néfaste (THC) pour ne conserver que celle qui semble bénéfique et notamment antipsychotique (CBD), lorsqu’il s’agit de mettre un tel produit à disposition de tous et immédiatement, je ne crie pas au miracle, ni à la catastrophe, mais je demande à voir ce que ça donne…


Ceux qui souhaiteraient en savoir plus sur le cannabidiol (CBD) et notamment sur ses propriétés antipsychotiques peuvent jeter un coup d’oeil à cette revue de littérature assez récente.

Y.-A. Thalmann – La Psychologie positive : pour aller bien (2011) ♥♥♥

Livres

Bonne nouvelle : il existe enfin une branche de la psychologie qui s’intéresse spécifiquement au bien-être ! Cette nouvelle discipline scientifique, baptisée psychologie positive, étudie davantage les pistes concrètes pour dynamiser votre bonheur (comment faire pour être heureux ?) que les causes de votre mal-être (pourquoi vais-je mal ?).

 

Destiné à toutes celles et tous ceux qui vont bien et qui désirent aller encore mieux, ce livre se veut un véritable manuel de psychologie positive : il résume les principales découvertes sur le bonheur tout en proposant une multitude d’exercices pratiques et ciblés visant l’épanouissement.

 

Qu’attendez-vous pour être plus heureux ?

 

Le livre qui rend plus heureux.

 

Yves-Alexandre Thalmann est docteur en sciences naturelles et diplômé en psychologie. D’orientation cognitive et comportementale, il exerce comme clinicien en pratique privée, formateur en entreprises et professeur de psychologie. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages de développement personnel.

 

La moitié des droits d’auteur est reversée à l’association Happylab.

 

Comme la plupart de ces « guides pour s’aider soi-même », celui-ci est rédigé par une figure d’autorité dans le domaine concerné qui expose quelques notions théoriques avant d’inciter le lecteur à mettre ses recettes en pratique, le tout restant évidemment ponctué de petits questionnaires d’évaluation.

Du coté théorique, nous avons donc le droit à quelques notions sur le bonheur et la psychologie positive, ce courant né à la fin du siècle dernier qui vise davantage à développer ce qui va bien qu’à réduire ce qui va mal, ou du moins à confirmer que l’un ne va pas sans l’autre. À l’instar des nombreux spécialistes en la matière, celui-ci nous met en garde contre la « pensée positive » qui est à la psychologie positive ce que l’astrologie est à l’astronomie, autrement dit : du charlatanisme. La psychologie positive repose, elle, sur des bases scientifiques et doit donc répondre à des critères autrement plus rigoureux. Concernant le bonheur, ses aspects émotionnels, sentimentaux, sociaux et comportementaux sont clairement exposés. Certains découvriront que ce bonheur dépend pour près de 50% du capital de départ (génétique/tempérament), pour seulement 10% des circonstances extérieures, et pour environ 40% de l’investissement personnel ce qui laisse à priori suffisamment de place à la psychologie positive pour le cultiver. Le passage le plus attrayant de cette première partie théorique reste tout de même celui sur les idées reçues concernant le bonheur, un bonheur qui dépend finalement très peu des autres.

La partie « pratique », divisée selon les trois pôles que sont la conscience, l’action et la pensée, propose un catalogue des outils les plus fréquemment utilisés dans la TCC de la dépression. Il s’agit notamment de la désormais célèbre pleine conscience, de prescrire la gratitude, d’établir les fameux objectifs « SMART » (spécifiques, mesurables, atteignables, réalistes et temporellement définis) ou encore de la restructuration cognitive. L’ensemble est assez clair, plutôt attrayant mais peut-être pas suffisamment pour inciter des gens qui vont déjà « bien » à se lancer sérieusement.

C’est d’ailleurs ce manque global de spécificité de la psychologie positive qui peut paradoxalement constituer un frein à son adoption. Plus le public visé est large, moins le lecteur se sentira personnellement concerné, ceci malgré les quelques exemples et autres vignettes fournies par l’auteur. Et pourtant, ceux qui souhaitent aller mieux, encore mieux ou flirter davantage avec le bonheur devraient s’y intéresser étant donné que ces outils basés sur la TCC sont parmi les rares, voire les seuls à être scientifiquement validés. Il faudra alors surmonter la mauvaise réputation (injustifiée) de cette psychologie positive, se plonger dans ce guide et y trouver la motivation pour effectuer les efforts qu’il préconise.

Comment passer à la cigarette électronique ?

Cigarette électronique

Bien que très favorable à la cigarette électronique, je n’en ferai pas ici l’apologie. Je ne m’attacherai pas à restituer le contexte actuel mêlant notamment les industries pharmaceutique et du tabac. Je ne m’étendrai pas davantage sur les diverses théories du complot et sur les excès du principe de précaution qui ne sont d’aucun secours pour arrêter de fumer. Je vous renvoie tout de même à l’excellent Pharmachien dont je partage globalement le débat intérieur.

La cigarette électronique (ou vaporisateur personnel), n’est pas un produit miraculeux. Il semble même que d’après l’un des premiers essais randomisés contrôlés, les résultats ne soient pas supérieurs aux autres substituts de sevrage. Je me permets pourtant de croire fermement que jusqu’à ce jour, il s’agit du meilleur outil pour y parvenir. Selon moi, la plupart des mauvaises expériences avec la cigarette électronique sont dus à des problèmes de matériel et/ou de méthode. Entendons nous bien, l’objectif prioritaire est de ne plus s’intoxiquer avec la fumée du tabac, dont la nicotine est loin, bien loin d’être la substance la plus dangereuse. En effet, ce n’est pas cette nicotine qui déclenche les cancers liés au tabac, ni les complications cardiovasculaires. Si elle est incontestablement addictive, elle n’est pas la seule responsable de la dépendance au tabac. D’autres composés nommés IMAO, également utilisés comme antidépresseurs et présents dans la fumée de cigarette jouent un rôle non négligeable à ce niveau. Voilà probablement pourquoi l’interruption d’une consommation tabagique peut favoriser l’apparition dans un premier temps de symptômes évocateurs d’un sevrage en antidépresseurs (voir dans ce billet), puis dans un second temps de manifestations authentiquement dépressives. Pour revenir à la nicotine, il s’agit pourtant d’un poison, mais comme le disait Paracelse : « Toutes les choses sont poison, et rien n’est sans poison, seule la dose fait qu’une chose n’est pas un poison ». La dose à laquelle l’organisme doit faire face ne sera pas la même selon le mode d’absorption de la nicotine. Autant celle-ci passe très bien à travers la peau ou les parois du tube digestif, autant le passage par les alvéoles pulmonaires est beaucoup plus réduit, ce qui limite les risques d’intoxication grave par les voies respiratoires.

La principale difficulté n’est pas de vapoter mais d’abandonner la cigarette classique. Pour cela, je pense qu’il est essentiel, au moins dans un premier temps, que la cigarette électronique procure plus de sensations, plus de plaisir, plus d’intérêt que la clope à cendrier. La première expérience n’est pas toujours la bonne. J’ai notamment du m’y reprendre à deux ou trois fois et sur plusieurs années avant de finaliser la transition. J’estime actuellement qu’il existe trois facteurs déterminants à réunir pour la faciliter : l’engagement, le matériel, et les liquides.

1. L’engagement

Il ne suffit pas de se lancer. Un engagement ne peut se maintenir que s’il est renforcé. Il est essentiel de réunir le plus tôt possible les éléments qui favoriseront la consolidation de cette démarche, à commencer par son caractère public. S’afficher officiellement en tant que vapoteur aboutit à un effet d’étiquetage tout à fait bénéfique. Être identifié comme tel par son entourage ou par ses collègues de travail incite d’autant plus à s’y conformer, et ce ci quelles que soient les réactions, positives ou négatives du public en question. Les autres vapoteurs et ce qu’ils peuvent apporter en matière de conseil, de soutien, constituent également un puissant facteur de renforcement, d’où l’intérêt de ne pas rester isolé à ce niveau. Comme tout le monde n’a pas la chance d’en bénéficier à portée de main, il est vivement conseillé de se tourner vers Internet. La communauté est en effet très active, à travers les blogs (exemple), les forums (ici ou ) et même sur YouTube (exemple). Il est ainsi très facile d’obtenir des conseils et des encouragements d’un simple clic. Dans un deuxième temps, essayer de convertir d’autres fumeurs de son entourage procure également des effets renforçateurs sur son propre engagement. Enfin, ce qui reste selon moi le meilleur moyen de réussir, c’est de faire en sorte que la cigarette électronique devienne un centre d’intérêt. Il ne s’agit pas forcément d’en faire une passion mais d’y investir le temps nécessaire afin d’y trouver une satisfaction qui dépasse celle du briquet et du cendrier. C’est loin d’être impossible à l’heure actuelle au vu de la diversité du matériel (qu’il s’agisse de performances ou d’esthétisme) et de ce qu’il est possible de savourer avec les liquides.

2. Le matériel

Une part non négligeable des expériences non concluantes est attribuable à du mauvais matériel. Les trois problèmes les plus fréquents sont :

  • Une puissance insuffisante pour rivaliser avec la cigarette classique : insuffisance de vapeur ou d’effet de gorge (hit)
  • Le temps nécessaire pour recharger la batterie : incitation à se rabattre vers la clope
  • Les fuites de liquide et leurs conséquences : goût désagréable dans la bouche et surdosage en nicotine par la peau ou les voies digestives

Il est donc vivement conseillé de se procurer au moins deux batteries pour commencer, ce qui permet d’en recharger une tout en bénéficiant de la seconde, et de privilégier les modèles à puissance variable dont les ajustements sont souvent salvateurs. Les progrès effectués en matière d’atomiseur permettent aujourd’hui d’éviter la moindre fuite, ceci à condition d’opter pour le bon matériel. De manière générale, mieux vaut éviter les engins trop petits et ce qui n’est pas considéré comme une boutique spécialisée (ex. stations essence ou buraliste). Un matériel fiable n’est pas forcément onéreux, il suffit juste de se renseigner au sein de la communauté que je considère plus fiable que la plupart des commerçants. Les kits que j’aurais tendance à recommander aujourd’hui sont les kits eMow et eVod de chez KangerTech et les kits BDC ou Nautilus mini de chez Aspire dont les prix se situent en général entre 30 et 60€.

Bien utiliser un cigarette électronique implique de connaitre la façon dont elle fonctionne (ici ou  par exemple). Bien que le principe demeure globalement similaire pour tous les modèles, il existe parfois quelques différences plus ou moins subtiles à prendre en compte, ce qui implique parfois de consulter les nombreux tutoriels disponibles sur Internet.

3. Le liquide

L’importance de ce troisième facteur est régulièrement sous estimée par les vapoteurs débutants. Les problèmes auxquels ils se heurtent le plus fréquemment concernent d’une coté le taux de nicotine, de l’autre les saveurs.

Trouver le bon taux initial de nicotine n’est pas évident. Trop élevé, il expose à des signes de surdosage désagréables, les plus fréquents étant les nausées, les palpitations et les maux de tête. Ces symptômes s’atténuent logiquement en diminuant la fréquence des bouffées mais se contenter d’une telle solution, c’est aussi se priver un peu plus du geste et de l’effet de gorge qui sont justement les avantages de la cigarette électronique sur les autres moyens de sevrage. Trop bas, il expose à un manque de nicotine malgré la répétition des bouffées. Ce phénomène incite non seulement à se replier vers la cigarette classique, mais également à abandonner la cigarette électronique en raison d’un sentiment logique d’inefficacité. Le taux idéal sera donc celui qui apporte suffisamment de nicotine tout en permettant de vapoter le plus souvent possible en limitant les symptômes de surdosage. Il n’est pas rare de se voir conseiller un taux de nicotine sur la base de calculs plus ou moins complexes qui ne prendront cependant pas en compte les habitudes les plus singulières du fumeur. Ce que je recommande en général pour s’approcher de ce taux idéal, c’est d’en avoir plusieurs à disposition et de les tester pour finir par ne conserver que celui qui apportera le plus de satisfaction. Les concentrations les plus répandues sont (en mg/ml) : 0, 6, 12, 18.

Les multiples saveurs à disposition représentent un avantage indéniable sur la cigarette classique. Il est à ce titre bien regrettable de constater qu’une bonne part des échecs de passage à la cigarette électronique concerne des vapoteurs qui déplorent le mauvais goût des liquides, ceci alors qu’il n’en ont souvent pas essayé plus d’un ou deux. Compte tenu de la diversité des liquides et des saveurs, il est tout à fait impossible de ne pas y trouver son compte. Cela implique évidemment de chercher, et donc d’en essayer plusieurs, le plus possible. Ces liquides sont classiquement répartis en cinq catégories de saveurs :

  • Les tabacs dont l’objectif est soit de se rapprocher du goût des cigarettes classiques, soit de proposer d’en proposer des version plus exotiques
  • Les fruités qui, comme leur nom l’indique, concernent les fruits dans des assortiments plus ou moins complexes
  • Les mentholés qui regroupent les arômes frais de menthe mais aussi d’anis, de réglisse ou de chlorophylle
  • Les gourmands dont les saveurs sont généralement plus sucrées voire carrément pâtissières
  • Les inclassables peuvent rassembler certaines des catégories précédentes ou offrir des saveurs plus folkloriques

Il semble que pour une majorité des vapoteurs qui sont parvenus à abandonner la cigarette classique, l’évènement déterminant ait été de trouver le premier liquide qu’ils puissent consommer toute la journée sans s’en lasser ou s’en dégouter. D’autres liquides se révèlent également très appréciables mais peuvent devenir rapidement écoeurants. Leur importance n’est pourtant pas moindre puisqu’ils permettent de varier les plaisirs. En matière de liquide, il est également essentiel de ne pas trop se reposer sur ses acquis et de tenter régulièrement de nouvelles expériences, notamment car les goûts évoluent avec le temps, sans forcément prévenir…

J’espère que mes conseils seront utiles. Il s’agit de ceux que j’aurais aimé lire lorsque je me suis lancé il y a quelques années, et lorsque j’ai abandonné la clope il y a plus d’un an. Pour ceux qui souhaiteraient savoir sur quoi je vapote actuellement, il suffit de jeter un coup d’oeil au petit encadré sur la droite : mes vaporisations actuelles.

Vous avez dit « le mal est plus profond » ?

Considérations

Lorsqu’il est question de prendre en charge un trouble mental, quel qu’il soit, et notamment lorsqu’il est question de recourir à des mesures médicamenteuses, comportementales, sociales ou encore familiales, il n’est pas rare de se retrouver face à une réticence basée sur la conviction que le mal, le vrai, le pur, l’originel, le plus fort, serait ailleurs mais aussi surtout plus profond, ou « derrière » (jusqu’ici, rien de sexuel bien qu’il soit toujours difficile de le promettre).

Cette idée, qui n’est pas forcément absurde, est hélas fréquemment associée à certaines croyances dont on sait aujourd’hui qu’elles sont erronées. Le meilleur moyen de les identifier, comme toujours, reste d’inciter à pousser le raisonnement concerné. L’exemple ci-dessous, tiré d’un échange entre un patient et son thérapeute, illustre la plupart de ces croyances qui sont souvent partagées par l’entourage et, hélas, par une partie non négligeable des professionnels de santé.


— Mais Docteur, le mal est plus profond.

De quoi voulez vous parler?

— De l’origine, de la cause profonde des problèmes.

Laquelle selon vous?

— Je n’en sais rien mais c’est votre boulot ça! Il faut la trouver! Non?

Comment d’après vous?

— En me posant des questions sur mon enfance! En analysant mes rêves!

Vous voulez dire que cette cause serait ancienne? Que vous l’auriez oubliée? Et qu’elle serait cachée dans vos rêves?

— Oui, c’est pour ça qu’il faut la chercher : dans mon inconscient.

Et si on pense l’avoir trouvée, comment saura-t-on que c’est la bonne?

— Ça va me faire un déclic, et je pourrai aller mieux.

Que voulez vous dire par « déclic »?

— Et bien j’aurai vraiment compris mon problème et comment le résoudre.

Si je récapitule, désigner une cause à votre problème vous donnera sa solution?

— Euh… Oui? Vous ne pensez pas?

Que diriez vous de commencer par mettre en place les mesures que je vous ai conseillées?

— Mais Docteur, tout ça, c’est superficiel!

Et alors?

— Ça ne va pas servir à grand-chose.

Pourquoi.

— Parce qu’on n’agira que sur les conséquences et pas sur la cause!

Et alors?

Il faut agir à la source, sinon les problèmes vont revenir.

Donc si j’ai bien compris, vous pensez que votre problème fonctionne comme une source et que tout s’écoule dans un seul sens : de la profondeur vers la superficie ou plutôt de ce qui n’est pas conscient vers ce qui est conscient. Mais alors, ne serait il pas possible de nager à contrecourant?

— Peut-être mais ça me paraît difficile et contre nature.

Ça demande effectivement un certain effort mais c’est pourtant ce que vous faites depuis votre plus tendre enfance.

— Comment ça?

C’est le principe de l’apprentissage, des tâches les plus élémentaires comme faire du vélo aux phénomènes plus complexes (pensées, émotions, comportements) qui permettent de vous adapter au monde dans lequel vous vivez.

— Mais alors Docteur, c’est quoi pour vous l’inconscient?

Je dirais, approximativement, qu’il s’agit de la façon la plus instinctive d’appréhender le monde, y compris soi-même.

— Mais Docteur, on ne peut pas lutter contre ses instincts!

Il est tout à fait possible d’en modifier certains sans pour autant entrer en guerre.

— Mais comment?

Et bien par l’apprentissage justement, ce qui passe en général par modifier certains comportements, certaines façons de raisonner et certaines émotions. D’où les mesures et les exercices que je vous conseille.

— D’accord mais bon, je ne sais pas trop. Il faudrait que j’y réfléchisse parce que je n’ai pas l’impression d’être totalement convaincu là.

Vous pouvez évidemment y réfléchir mais le meilleur moyen d’évaluer ce que je vous conseille, c’est d’en vérifier par vous même les effets, en l’expérimentant. Après tout, que risquez vous à essayer?


Après cet échange des plus éloquents, il est temps de reprendre une à une les différentes idées reçues :

Un trouble mental résulte d’une cause précise et identifiable.

Un trouble mental, quel que soit son type ou sa sévérité, ne résulte pas d’une cause unique mais de l’impact du stress sur la fragilité. C’est du moins à ce jour l’hypothèse la plus probable (voir le billet correspondant). Il est parfois possible d’identifier un ou des facteurs de stress ayant pu favoriser ou précipiter la survenue du trouble mais il ne s’agit certainement pas d’un simple rapport de cause à effet. Il n’est pas rare de voir certaines « causes » ou « responsables » désignées de façon plus ou moins arbitraire. Il s’agit d’une démarche pour le moins douteuse, sans grande fiabilité et dont les conséquences peuvent être néfastes (demandez à certaines mères d’enfants autistes).

Si cette cause n’est pas immédiatement identifiable, c’est qu’elle est cachée, oubliée ou codée, profondément enfouie dans l’inconscient.

Cette théorie freudienne vieille de plus d’un siècle est irréfutable, ce qui signifie qu’il est impossible de prouver qu’elle est fausse (un peu comme il est impossible de prouver que Dieu n’existe pas). Il est en revanche possible de chercher à prouver sa véracité, mais jusqu’à maintenant, personne n’y est parvenu. En revanche, ce qui a été prouvé, ce sont les risques liés à cette croyance. En effet, lorsqu’un thérapeute et son patient se lancent dans une quête de la mémoire perdue, ils est bien plus probable que le ou les souvenirs retrouvés soient tout simplement faux, créés sous l’influence de la suggestion avec les conséquences parfois dramatiques que l’on peut imaginer.

C’est la prise de conscience de la cause du problème qui résout celui ci.

Il s’agit d’une pensée magique, à nouveau typiquement freudienne selon laquelle il suffirait de mettre en évidence l’origine inconsciente du mal pour s’en débarrasser. Dans le monde réel, ce genre de guérison miraculeuse par remémoration, révélation ou illumination ne survient pas, et il est de notoriété publique que les cas relatés par le fameux Sigmund étaient franchement romancés, pour ne pas dire mensongers. Ce qui se produit en général quand une cause est désignée, réelle ou pas, inconsciente ou pas, c’est une sorte de soulagement qui peut découler par exemple d’une déculpabilisation ou de l’impression de mieux comprendre, de mieux maîtriser son problème. Ce phénomène ne saurait toutefois durer plus longtemps que la croyance en cette cause désignée.

Il faut tout de même connaître la cause d’un problème pour le régler.

Dans la plupart des cas, connaître la ou les causes d’un problème n’est ni nécessaire, ni suffisant pour le régler. La désignation d’une cause ne permet pas forcément de comprendre le problème et ne fournit que très rarement une solution à celui-ci. En effet, agir sur cette cause désignée, si tant est que ce soit possible, n’aura pas forcément d’effet sur ses conséquences qui finissent souvent par évoluer indépendamment, renforcées par des facteurs de maintien. Il est en revanche capital de connaître et d’agir sur ces facteurs de maintien qui constituent une voie d’abord beaucoup plus fiable pour trouver des solutions.

Rien ne sert d’intervenir sur les conséquences si on n’agit pas sur la cause profonde et inconsciente du problème.

Cette idée est basée sur la psychologie de la cocotte minute selon laquelle la cause du problème serait la source de chaleur et les symptômes seraient des fuites de vapeur. Agir sur un symptôme en bouchant une fuite serait une démarche vaine puisque la pression augmentant, d’autres fuites et donc d’autres symptômes ne tarderaient pas à apparaître. La seule solution valable serait alors d’agir en profondeur sur la source de chaleur. C’est de ce modèle que découle l’idée d’un possible déplacement des symptômes, une théorie relayée par ceux qui préfèrent ne pas y toucher. Dans le monde réel, ni cette théorie, ni le modèle dont elle est issue ne se vérifient. Aider quelqu’un à supprimer un symptôme le rend au contraire plus apte à en supprimer d’autres et ainsi de suite, comme un effet boule de neige. C’est ce phénomène de l’apprentissage qui montre justement que la modification de quelque chose de superficiel peut avoir des effets en profondeur, que tout ne fonctionne pas que dans un sens, que ce qui est considéré comme une conséquence peut devenir à son tour une cause, et enfin que l’inconscient n’est pas une autre personne ou une sorte de démon intérieur qui s’amuserait à nous pourrir la vie tout en restant imperméable à nos comportements, nos pensées ou nos émotions.

-Aller mieux, c’est une question de déclic.

Cette idée d’une sorte de gâchette libératrice est souvent associée à celle d’un inconscient qui serait quelqu’un d’autre, ce qui finit par placer celui qui y croit en position passive, dans l’attente que cet inconscient active la fameuse gâchette, spontanément ou par l’intermédiaire d’un thérapeute plus ou moins magicien. Autant dire que cette attente peut être longue, très longue, et que cette croyance diminue logiquement le sentiment de maîtrise d’un patient sur ce qui lui arrive, en mal ou en bien. Si se déresponsabiliser de ses échecs peut encore présenter quelques avantages, n’attribuer ses progrès qu’à quelqu’un d’autre ne fait que renforcer le vécu dépressif de la situation. Des progrès réels et durables ne surviennent en general que lorsqu’un patient en est le premier acteur, et qu’il en a conscience. Pour ceci, il est essentiel qu’il ait compris la façon dont son trouble fonctionne, de son installation à son maintien, ce qui a plus de chance de se produire avec un thérapeute pédagogue qu’avec un magicien. Cette pédagogie est d’autant plus essentielle que les mesures à prendre pour changer ne sont pas toujours les plus intuitives.

-Aller mieux, c’est une question de volonté.

La volonté est évidemment nécessaire, et la plupart du temps présente, mais ne suffit pas forcément à sortir de la passivité. Lorsque cette volonté est source de motivation, il s’agit d’un moteur essentiel au changement puisque propice à l’action, mais là encore, cette motivation ne donnera pas grand chose sans une méthode efficace. Un moteur tel que la motivation doit notamment être entretenu pour ne pas s’éteindre, et le meilleur moteur à ce niveau reste la réussite. Ces petites victoires qui peuvent paraître là encore superficielles constituent le chemin le plus fiable vers d’autres réussites, plus grandes, plus profondes, et ainsi de suite…

En matière de psychologie et de santé mentale, il est essentiel de ne pas se laisser berner par l’illusion de superficialité. Les interventions qui paraissent les plus futiles sont souvent celles qui permettent d’agir à la source avec la meilleure fiabilité. Et plus que jamais, méfions nous des sourciers.


Voulez-vous en savoir plus ?

Deux articles de Brigitte Axelrad sur les faux souvenirs :

Deux articles de Jacques Van Rillaer :

Un article d’Esteve Freixa i Baqué sur le comportement :

Un article de Christophe André :

La peur de la peur

Anxiété, TCC

Ce phénomène également appelé phobophobie est une forme d’anxiété que l’on qualifie parfois d’anticipatoire. La peur d’avoir peur vient souvent compliquer l’évolution d’une autre phobie ou des troubles anxieux que sont :

  • Le trouble panique : la récurrence d’attaques de panique conduit logiquement à craindre de plus en plus leur survenue.
  • L’anxiété généralisée : à force de ruminer ses soucis, on finit par craindre l’idée même de s’en faire de nouveaux.
  • L’anxiété sociale : la peur du regard et du jugement des autres amène à craindre que cette peur soit visible et fasse mauvaise impression.
  • Le trouble obsessionnel compulsif : l’idée angoissante de pouvoir être responsable de quelque chose de grave conduit à craindre tout ce qui pourrait y faire penser.
  • Le syndrome de stress post-traumatique : la récurrence de réminiscences traumatiques (flashbacks) conduit logiquement à craindre de plus en plus leur survenue.

La spirale de l’anxiété peut donc s’étendre sur deux niveaux :

  1. La peur « initiale »
  2. La peur de ressentir cette peur initiale

Il n’est pas interdit d’imaginer un troisième niveau (la peur de la peur d’avoir peur) et ainsi de suite, mais ceci ne présente que peu d’intérêt pour le billet en cours, si ce n’est pour les amateurs du film Inception dont je fais partie. Bien qu’il s’agisse de science fiction, le parallèle n’est pas forcément idiot, notamment car les différents étages de rêve interagissent de façon plus ou moins subtile, comme dans l’anxiété.

Ces deux peurs ne sont en effet pas indépendantes et peuvent se renforcer mutuellement, mais en pratique, c’est souvent la peur 2 qui prend le dessus pour devenir réellement handicapante.

Pour le comprendre, il faut garder à l’esprit que la réaction la plus instinctive face à une peur, c’est la fuite. Une peur, quelle qu’elle soit, conduit naturellement à réorienter sa vie pour qu’elle survienne le moins possible. C’est une chose de réaménager sa vie de manière à ne plus être confronté à un objet ou une situation (peur 1), c’en est une autre de le faire pour ne plus être confronté à sa propre angoisse (peur 2), une manifestation qui dépasse la simple volonté. Il suffit d’imaginer les mesures à prendre pour constater à quel point les conséquences peuvent être invalidantes. Ne plus prendre le risque d’angoisser reviendrait finalement à se fuir soi-même et à ne plus vivre. En pratique cela favorise le repli, l’isolement, l’inactivité, et donc la dépression.

L’agoraphobie constitue à ce titre un bel exemple de peur d’avoir peur. Souvent définie par la peur des grands espaces, des lieux publics, de l’affluence, il s’agit en réalité de la crainte de se retrouver dans un endroit où paniquer serait dramatique, car il serait difficile voire impossible de s’échapper, d’être secouru, rassuré, ou tout simplement de ne pas être observé. Cette agoraphobie incite donc à éviter certains endroit et à restreindre progressivement son périmètre de sécurité jusqu’à rester cloitré chez soi dans les formes les plus sévères.

S’habituer à fuir une émotion telle que l’anxiété ne mène donc qu’à craindre d’être rattrapé par celle-ci, et à vivre dans la terreur. Chercher à l’anéantir serait tout aussi vain tant cette émotion reste essentielle pour la survie d’une espèce comme la nôtre. À ce jour la meilleur façon de gérer l’anxiété, c’est de l’apprivoiser, notamment en agissant sur les paramètres qu’il est possible de contrôler par la volonté. La respiration en fait partie.

Certains exercices de respiration permettent d’atténuer les signes physiques d’anxiété, d’autres permettent de les provoquer, de les intensifier, ceci dans le but de s’habituer à les ressentir sans les dramatiser. Voici un extrait d’un article de Jacques Van Rillaer sur le site de l’AFIS qui les résume très bien :

La règle essentielle est d’apprendre à adopter une respiration lente et superficielle dès le début d’une réaction d’angoisse. Il faut surtout que l’expiration soit lente, comme si on avait devant la bouche une bougie qui doit rester allumée.

Il est très éclairant de faire l’expérience d’une hyperventilation volontaire (respirer rapidement et profondément, sans autre activité physique, si possible pendant trois minutes) afin de bien saisir les effets d’une respiration excessive. On fait alors suivre immédiatement cette hyperventilation par une respiration lente et superficielle pour se rendre compte qu’on peut faire facilement disparaître les sensations désagréables ou angoissantes. On peut effectuer cet exercice une fois par jour pendant une semaine pour s’habituer à supporter des sensations oppressantes.

On peut également pratiquer deux fois par jour dix minutes de respiration abdominale lente (en prenant au moins trois secondes pour inspirer et le double pour expirer). En l’absence de résultats satisfaisants, il est recommandé de pratiquer, au moins trois fois par jour pendant chaque fois dix minutes, des apnées de plus en plus longues, jusqu’à ce que le temps d’une inspiration suivie de la fin de l’expiration dure au moins 60 secondes. Cette procédure suscite l’habituation à une gêne respiratoire et réduit la sensibilité des chémorécepteurs du centre respiratoire aux variations du taux de gaz carbonique dans le sang.

Dans le traitement du trouble panique, la gestion de l’hyperventilation est souvent l’élément central. Il faut toutefois y ajouter quelques autres ingrédients : apprendre à rapidement se décontracter et apprendre à supporter des réactions émotionnelles désagréables en les réinterprétant comme non dangereuses.

Ces exercices de respiration constituent un outil essentiel parmi ceux qui permettent de s’exposer à l’anxiété au cours d’une thérapie cognitive et comportementale.