Vous avez dit « le mal est plus profond » ?

Lorsqu’il est question de prendre en charge un trouble mental, quel qu’il soit, et notamment lorsqu’il est question de recourir à des mesures médicamenteuses, comportementales, sociales ou encore familiales, il n’est pas rare de se retrouver face à une réticence basée sur la conviction que le mal, le vrai, le pur, l’originel, le plus fort, serait ailleurs mais aussi surtout plus profond, ou « derrière » (jusqu’ici, rien de sexuel bien qu’il soit toujours difficile de le promettre).

Cette idée, qui n’est pas forcément absurde, est hélas fréquemment associée à certaines croyances dont on sait aujourd’hui qu’elles sont erronées. Le meilleur moyen de les identifier, comme toujours, reste d’inciter à pousser le raisonnement concerné. L’exemple ci-dessous, tiré d’un échange entre un patient et son thérapeute, illustre la plupart de ces croyances qui sont souvent partagées par l’entourage et, hélas, par une partie non négligeable des professionnels de santé.


— Mais Docteur, le mal est plus profond.

De quoi voulez vous parler?

— De l’origine, de la cause profonde des problèmes.

Laquelle selon vous?

— Je n’en sais rien mais c’est votre boulot ça! Il faut la trouver! Non?

Comment d’après vous?

— En me posant des questions sur mon enfance! En analysant mes rêves!

Vous voulez dire que cette cause serait ancienne? Que vous l’auriez oubliée? Et qu’elle serait cachée dans vos rêves?

— Oui, c’est pour ça qu’il faut la chercher : dans mon inconscient.

Et si on pense l’avoir trouvée, comment saura-t-on que c’est la bonne?

— Ça va me faire un déclic, et je pourrai aller mieux.

Que voulez vous dire par « déclic »?

— Et bien j’aurai vraiment compris mon problème et comment le résoudre.

Si je récapitule, désigner une cause à votre problème vous donnera sa solution?

— Euh… Oui? Vous ne pensez pas?

Que diriez vous de commencer par mettre en place les mesures que je vous ai conseillées?

— Mais Docteur, tout ça, c’est superficiel!

Et alors?

— Ça ne va pas servir à grand-chose.

Pourquoi.

— Parce qu’on n’agira que sur les conséquences et pas sur la cause!

Et alors?

Il faut agir à la source, sinon les problèmes vont revenir.

Donc si j’ai bien compris, vous pensez que votre problème fonctionne comme une source et que tout s’écoule dans un seul sens : de la profondeur vers la superficie ou plutôt de ce qui n’est pas conscient vers ce qui est conscient. Mais alors, ne serait il pas possible de nager à contrecourant?

— Peut-être mais ça me paraît difficile et contre nature.

Ça demande effectivement un certain effort mais c’est pourtant ce que vous faites depuis votre plus tendre enfance.

— Comment ça?

C’est le principe de l’apprentissage, des tâches les plus élémentaires comme faire du vélo aux phénomènes plus complexes (pensées, émotions, comportements) qui permettent de vous adapter au monde dans lequel vous vivez.

— Mais alors Docteur, c’est quoi pour vous l’inconscient?

Je dirais, approximativement, qu’il s’agit de la façon la plus instinctive d’appréhender le monde, y compris soi-même.

— Mais Docteur, on ne peut pas lutter contre ses instincts!

Il est tout à fait possible d’en modifier certains sans pour autant entrer en guerre.

— Mais comment?

Et bien par l’apprentissage justement, ce qui passe en général par modifier certains comportements, certaines façons de raisonner et certaines émotions. D’où les mesures et les exercices que je vous conseille.

— D’accord mais bon, je ne sais pas trop. Il faudrait que j’y réfléchisse parce que je n’ai pas l’impression d’être totalement convaincu là.

Vous pouvez évidemment y réfléchir mais le meilleur moyen d’évaluer ce que je vous conseille, c’est d’en vérifier par vous même les effets, en l’expérimentant. Après tout, que risquez vous à essayer?


Après cet échange des plus éloquents, il est temps de reprendre une à une les différentes idées reçues :

Un trouble mental résulte d’une cause précise et identifiable.

Un trouble mental, quel que soit son type ou sa sévérité, ne résulte pas d’une cause unique mais de l’impact du stress sur la fragilité. C’est du moins à ce jour l’hypothèse la plus probable (voir le billet correspondant). Il est parfois possible d’identifier un ou des facteurs de stress ayant pu favoriser ou précipiter la survenue du trouble mais il ne s’agit certainement pas d’un simple rapport de cause à effet. Il n’est pas rare de voir certaines « causes » ou « responsables » désignées de façon plus ou moins arbitraire. Il s’agit d’une démarche pour le moins douteuse, sans grande fiabilité et dont les conséquences peuvent être néfastes (demandez à certaines mères d’enfants autistes).

Si cette cause n’est pas immédiatement identifiable, c’est qu’elle est cachée, oubliée ou codée, profondément enfouie dans l’inconscient.

Cette théorie freudienne vieille de plus d’un siècle est irréfutable, ce qui signifie qu’il est impossible de prouver qu’elle est fausse (un peu comme il est impossible de prouver que Dieu n’existe pas). Il est en revanche possible de chercher à prouver sa véracité, mais jusqu’à maintenant, personne n’y est parvenu. En revanche, ce qui a été prouvé, ce sont les risques liés à cette croyance. En effet, lorsqu’un thérapeute et son patient se lancent dans une quête de la mémoire perdue, ils est bien plus probable que le ou les souvenirs retrouvés soient tout simplement faux, créés sous l’influence de la suggestion avec les conséquences parfois dramatiques que l’on peut imaginer.

C’est la prise de conscience de la cause du problème qui résout celui ci.

Il s’agit d’une pensée magique, à nouveau typiquement freudienne selon laquelle il suffirait de mettre en évidence l’origine inconsciente du mal pour s’en débarrasser. Dans le monde réel, ce genre de guérison miraculeuse par remémoration, révélation ou illumination ne survient pas, et il est de notoriété publique que les cas relatés par le fameux Sigmund étaient franchement romancés, pour ne pas dire mensongers. Ce qui se produit en général quand une cause est désignée, réelle ou pas, inconsciente ou pas, c’est une sorte de soulagement qui peut découler par exemple d’une déculpabilisation ou de l’impression de mieux comprendre, de mieux maîtriser son problème. Ce phénomène ne saurait toutefois durer plus longtemps que la croyance en cette cause désignée.

Il faut tout de même connaître la cause d’un problème pour le régler.

Dans la plupart des cas, connaître la ou les causes d’un problème n’est ni nécessaire, ni suffisant pour le régler. La désignation d’une cause ne permet pas forcément de comprendre le problème et ne fournit que très rarement une solution à celui-ci. En effet, agir sur cette cause désignée, si tant est que ce soit possible, n’aura pas forcément d’effet sur ses conséquences qui finissent souvent par évoluer indépendamment, renforcées par des facteurs de maintien. Il est en revanche capital de connaître et d’agir sur ces facteurs de maintien qui constituent une voie d’abord beaucoup plus fiable pour trouver des solutions.

Rien ne sert d’intervenir sur les conséquences si on n’agit pas sur la cause profonde et inconsciente du problème.

Cette idée est basée sur la psychologie de la cocotte minute selon laquelle la cause du problème serait la source de chaleur et les symptômes seraient des fuites de vapeur. Agir sur un symptôme en bouchant une fuite serait une démarche vaine puisque la pression augmentant, d’autres fuites et donc d’autres symptômes ne tarderaient pas à apparaître. La seule solution valable serait alors d’agir en profondeur sur la source de chaleur. C’est de ce modèle que découle l’idée d’un possible déplacement des symptômes, une théorie relayée par ceux qui préfèrent ne pas y toucher. Dans le monde réel, ni cette théorie, ni le modèle dont elle est issue ne se vérifient. Aider quelqu’un à supprimer un symptôme le rend au contraire plus apte à en supprimer d’autres et ainsi de suite, comme un effet boule de neige. C’est ce phénomène de l’apprentissage qui montre justement que la modification de quelque chose de superficiel peut avoir des effets en profondeur, que tout ne fonctionne pas que dans un sens, que ce qui est considéré comme une conséquence peut devenir à son tour une cause, et enfin que l’inconscient n’est pas une autre personne ou une sorte de démon intérieur qui s’amuserait à nous pourrir la vie tout en restant imperméable à nos comportements, nos pensées ou nos émotions.

-Aller mieux, c’est une question de déclic.

Cette idée d’une sorte de gâchette libératrice est souvent associée à celle d’un inconscient qui serait quelqu’un d’autre, ce qui finit par placer celui qui y croit en position passive, dans l’attente que cet inconscient active la fameuse gâchette, spontanément ou par l’intermédiaire d’un thérapeute plus ou moins magicien. Autant dire que cette attente peut être longue, très longue, et que cette croyance diminue logiquement le sentiment de maîtrise d’un patient sur ce qui lui arrive, en mal ou en bien. Si se déresponsabiliser de ses échecs peut encore présenter quelques avantages, n’attribuer ses progrès qu’à quelqu’un d’autre ne fait que renforcer le vécu dépressif de la situation. Des progrès réels et durables ne surviennent en general que lorsqu’un patient en est le premier acteur, et qu’il en a conscience. Pour ceci, il est essentiel qu’il ait compris la façon dont son trouble fonctionne, de son installation à son maintien, ce qui a plus de chance de se produire avec un thérapeute pédagogue qu’avec un magicien. Cette pédagogie est d’autant plus essentielle que les mesures à prendre pour changer ne sont pas toujours les plus intuitives.

-Aller mieux, c’est une question de volonté.

La volonté est évidemment nécessaire, et la plupart du temps présente, mais ne suffit pas forcément à sortir de la passivité. Lorsque cette volonté est source de motivation, il s’agit d’un moteur essentiel au changement puisque propice à l’action, mais là encore, cette motivation ne donnera pas grand chose sans une méthode efficace. Un moteur tel que la motivation doit notamment être entretenu pour ne pas s’éteindre, et le meilleur moteur à ce niveau reste la réussite. Ces petites victoires qui peuvent paraître là encore superficielles constituent le chemin le plus fiable vers d’autres réussites, plus grandes, plus profondes, et ainsi de suite…

En matière de psychologie et de santé mentale, il est essentiel de ne pas se laisser berner par l’illusion de superficialité. Les interventions qui paraissent les plus futiles sont souvent celles qui permettent d’agir à la source avec la meilleure fiabilité. Et plus que jamais, méfions nous des sourciers.


Voulez-vous en savoir plus ?

Deux articles de Brigitte Axelrad sur les faux souvenirs :

Deux articles de Jacques Van Rillaer :

Un article d’Esteve Freixa i Baqué sur le comportement :

Un article de Christophe André :

20 Comments

  1. Une autre réponse possible du thérapeute aurait pu être: « Ecoutez, visiblement, vous demandez de la psychanalyse, pas de la TCC. Etant donnée la pénurie de praticiens TCC pour les gens qui en demandent, mon temps est très précieux, libérez-le au plus vite pour ceux qui veulent vraiment guérir et adressez-vous à un psychanalyste. »

    Mais je reconnais que si la personne a un problème grave pour lequel la psychanalyse ne peut rien alors que tu sais que tu peux l’aider, c’est légitime d’insister pour aider la personne.

    1. Si un hypertendu vient consulter son médecin et lui demande de l’homéopathie, j’espère bien que le médecin ne va pas se contenter de l’adresser à un homéopathe…

  2. Quel dommage cette guerre entre tenants des TCC et psychothérapies médicales d’une part, et psychanalystes de l’autre, dans lequel cet excellent article au demeurant, s’inscrit. Comme si on ne pouvait pas prendre le meilleur de chaque approche dans l’aide qu’on peut apporter au patient. Ce dialogue (est-il réel, mais peu importe) peut être inversé mot pour mot avec un thérapeute psychanalyste dont le patient exigerait des médicaments et un apprentissage type TCC…

    J’ai moi même emprunté à la psychanalyse pour résoudre mes propres soucis en les comprenant de manière lumineuse. Et aux TCC pour diriger mes comportements. Lisez les ouvrages de patients qui s’en sont sortis, vous verrez qu’une des sciences n’exclut pas l’autre dans les faits. La guerre actuelle génère tous les excès : anathèmes de part et d’autre, etc. Psychologie et psychanalyse, recherche neurobiologique et clinique, devraient admettre toutes qu’elle sont toute encore au cerveau, ce que l’âge de pierre est au développement : un balbutiement. Les troubles et remèdes, dans 100 ans, ne seront encore, au mieux, qu’à l’âge de fer.

    Un peu de modestie à tous permettrait d’avancer et de moins se déchirer.
    Espérant faire réagir.

    1. Je me réjouis sincèrement du fait que vous ayez pu bénéficier d’une telle illumination, de la même manière que je me réjouis lorsqu’un patient va mieux grâce au soutien d’un Homme d’église, ce qui n’est pas rare. Quand ça marche, c’est super de pouvoir éviter de prendre des médicaments ou de pouvoir éviter de se livrer à des exercices qui demandent beaucoup d’efforts. Du fait de ma place, je reçois en général beaucoup plus de patients pour lesquels ça n’a pas marché. Si vous avez des ouvrages à me conseiller de patients « qui s’en sont sortis », je les lirai avec attention.
      Merci pour votre commentaire.

      1. Igor, vous savez que Neptune n’est pas dans la défense de la psychanalyse contre la médecine, ni l’inverse. Notre article sur le film de Sophie Robert commence ainsi « La psychiatrie conventionnelle n’a pas le monopole de la maltraitance », et nous dénonçons ensuite les élucubrations et l’application religieuse des principes psychanalytiques déformés, et qui n’ont plus rien à voir avec la modestie des ambitions de Freud (disant ne pouvoir traiter les « psychoses », entre autres.

        Les maltraitances sont constatées sur les deux rives que sont les écoles de pensées, aveugles encore toutes deux sur la nature de l’eau qui coule devant elles. (C’est beau ce que j’écris non ? 😉 )

        Pour répondre à votre question, mon « illumination » n’a pas été obtenue par une thérapie, mais par ma réflexion pendant une période turbulente de ma vie. Et le résultat est très positif. Intime, je ne préfère pas en parler sur internet, lié aux relations fils-père et à une faute (pardonnée) du père, mais je peux vous raconter l’histoire drôle de l’énurésique qui consulte successivement psychologue, psychaitre et psychanalyste. Seul le dernier obtient la « guérison », comme j’ai eu la mienne.

        Je suis aussi partisan des preuves et souscris à votre démarche statistique. Aussi cette démarche a t elle abouti aux résultats Inserm 2004, qui montrent statistiquement les bienfaits de telle et telle méthode : Psychanalyse vs TCC, entre autres, qui donnent l’avantage à la seconde pour une partie, égalité pour un autre, avantage à la psychanalyse pour les Troubles de la personnalité. Ce qui alimente mon idée comme quoi il faut être plus circonspect et circonstancié dans les jugements qui, trop souvent, sont globaux.

        PS: sur notre site, le dernier adhérent en date est entré en maladie grave suite à une décompensation due à une psychanalyse. Les autres, plus fréquemment, se plaignent de l’absence d’humanité ou de compétence purement médicale de leur thérapeute classique.

        Bien à vous Igor, homme de conviction et de décontraction, 2 qualités nécessaires. Un jour peut être pourrons nous échanger les riffs de « Jumping Jack Flash » et autres morceaux de ma boite à motivation comme « Sympathy for de Devil ». 😉

        1. Neptune écrit que Freud disait ne pas pouvoir traiter les psychoses. Il n’a manifestement pas lu l’ensemble de l’œuvre de Freud et sûrement pas sa correspondance, sinon il saurait que Freud, à la fin de sa vie, croyait que sa méthode ne pouvait venir en aide qu’à des hystériques et encore, pas toujours! Si Neptune a été aidé, ou bien ses problèmes n’étaient pas des troubles mentaux sérieux ou bien il a trouvé un psychanalyste plus doué que Freud.

          Pour en savoir plus sur les désillusions de Freud sur l’efficacité de sa propre méthode, voir mon article, dont la 1ère partie vient de paraître dans « Science et pseudo-sciences ». L’article se trouve en entier sur mon site:
          http://www.icampus.ucl.ac.be/claroline/course/index.php?cid=EDPH2277
          (ou taper dans “Google” ou “Yahoo” : Rillaer + EDPH2277 )
          Ouvrir le document « Freudf.Desillusions.pdf »

          ou plus directement:
          http://icampus.uclouvain.be/claroline/backends/download.php?url=L0ZyZXVkLkRlc2lsbHVzaW9ucy5wZGY%3D&cidReset=true&cidReq=EDPH2277

  3. Brigitte Axelrad

    La recherche des « causes » du mal-être dans l’enfance, aboutit plus ou moins rapidement, parfois en 2 ou 3 séances, à incriminer un membre de l’entourage, la plupart du temps le père, (la mère étant accusée de complicité), et à l’accuser d’abus sexuel. Ensuite le processus déclenché, le patient adulte s’enfonce parfois définitivement dans l’isolement auquel le conduisent ses accusations. Jacques Van Rillaer a montré les risques de cette recherche des causes dans le passé lointain : « Aujourd’hui, beaucoup de psychothérapeutes se contentent d’écouter les voyages interminables des patients dans leur passé, agrémentés d’interprétations de rêves et d’actes manqués. Aux patients qui se sentent au fond d’un trou, ils prescrivent de « creuser », de s’enfoncer toujours davantage dans les « profondeurs ».
    Bon nombre de ces patients n’en sortent plus.
    Plutôt qu’une pelle, il leur faudrait une échelle, dont les principaux échelons sont l’apprentissage du pilotage cognitif et l’engagement dans des activités, qui permettent de modifier substantiellement des modes de pensée. » Jacques Van Rillaer, 2003, Psychologie de la vie quotidienne, Paris Odile Jacob, p. 253

  4. Certains psychiatres ne parlent plus de refoulement mais d’amnésie traumatique qui conduit certains patients à retrouver en thérapie et notamment sous hypnose des souvenirs d’abus sexuels qui se seraient produits 40 ans auparavant. En juin dernier 2 sénatrices ont déposés un projet de loi pour allonger le délai de prescription pour tenir compte de ce phénomène d’amnésie traumatique. Le rapporteur Philippe Kaltenbach, rapporteur du projet de loi explique : « L’amnésie traumatique est un phénomène décrit par les médecins, elle touche particulièrement les victimes de viols pendant l’enfance qui, pour s’en protéger, oublient les violences qu’ils ont subies; l’amnésie dure jusqu’à une certaine maturité, souvent dans la quarantaine, où ces victimes se souviennent tout à coup de ce qu’elles ont subi, parviennent à formuler ce qui s’est passé. »
    Pouvez-vous nous dire comment vous considérez cette amnésie traumatique et que pensez-vous de ce projet de loi ? N’est-ce pas donner du crédit aux concepts freudiens (refoulement, inconscient, traumatisme de l’enfance pour expliquer le mal-être de la personne adulte?

    1. J’en pense qu’on ne peut pas baser un projet de loi sur de simples descriptions de médecins.
      C’est assez court comme réponse mais je ne vois pas quoi rajouter.

    2. Pour Claude Amblard et Igor Thiriez
      Ce projet de loi est certes basé en partie sur la notion de mémoire traumatique, mais celle-ci n’est pas un nouveau nom de bapteme du refoulement. Les victimes de viol ou d’abus, le plus souvent, s’en rappellent, mais sont incapables de concevoir correctement, sans biais (culpabilité essentiellement, ou évitement) leur état de victime, avant des années et le plus souvent, une thérapie adaptée. C’est ceci qu’on appelle la mémoire traumatique. La thérapie consiste, une fois qu’elle demandée c’est à dire après de très nombreuses années d’incapacité à le faire, à traiter le traumatisme par des méthodes de la panoplie TCC (Exposition mentale, in vivo pour les lieux, etc) Vous pourrez mieux en discuter avec l’experte Française de la mémoire traumatique notemment du viol, Muriel Salmona. Nous avons publié quelques extraits de ses constats et explications essentielles sur le site Neptune (documentation/troubles/traumatisme du viol). Vous constaterez que l’approche et la thérapie ne sont pas du tout psychanalytiques, mais plutôt TCC, et les explications sont neurologiques. Muriel Salmona (une amie) a été auditionnée sur la question par le sénat avant ce projet de loi. Amicalement

      1. Oui enfin entre ça et l’amnésie traumatique, il y a quand même un monde non?

        1. Oui vous avez raison: amnésie traumatique et mémoire traumatique sont loin d’être la même chose. Je parlais du projet de loi qui, lui est en partie du a la mémoire traumatique et ses effets et, aussi, à l’amnésie. On est loin du sujet sur la demande de psychanalyse mais bon… 🙂

          1. Voici un des liens : http://www.jimhopper.com/memory/
            J’essaierai de le lire avec attention dès que j’aurai le temps.

  5. Béatrice Bolling

    Mon commentaire sera évidemment bien moins intéressant pour le débat que les échanges des brillants professionnels qui me précédent , mais cet article me parle TELLEMENT ! a chaque fois que j’ai eu à faire avec un psy, dans l’enfance, l’adolescence, pour Stan , systématiquement , le psy en question expliquait tout par ma naissance sous x . C’était le  » truc  » magique. Une fois qu’ils avaient mis la main la dessus, on pouvait y passer des heures et des heures de consultation . Le trophée revenant certainement à une pédopsychiatre très renommée de la place parisienne qui après m’avoir révélé que Stan était schizophrène à deux ans, rassurée d’un  » C’est normal , ce n’est pas votre faute, quand on n’a pas connu sa mère on ne peut pas en être une, quand on n’a pas reçu d’amour on ne peut pas en donner « . Les deux fois ou la psychiatrie m’a sauvée , c’est lorsque j’ai fait une dépression et dans l’autisme de Stan. Ces deux fois, nous nous sommes intéressés à rééduquer les comportements, à remonter le courant comme tu le dis si bien. Et le faire dans le cas de l’autisme avec l’ABA n’a pas forcément été le plus difficile 😉
    Bizarrement, alors que l’on en parlait quasi jamais avec le psy qui m’a sortie de ma dépression , c’est grâce a lui que je suis allée frapper à la porte de ma mère bio pour remonter tout le fil de l’histoire.
    je suis la ruine de la psychanalyse 😉

    1. Lol je suis pas un professionnel, juste responsable d’une association de patients et personnes qui veulent bien. Mais c’est pas difficile d’en connaitre autant que la plupart des professionnels. (Et toc!) Savoir et connaitre sont bien deux choses différentes…. Amicalement a tous

  6. blonde

    Il n y a pas de bonne ou de mauvaise méthode ( bien qu il y ait des bons et des mauvais praticiens). La psychanalyse comme les TCC ont fait leurs preuves et vous êtes un peu de mauvaise foi je dois vous le dire. A chaque patient de choisir ce qui lui convient en fonction de sa problématique, sa souffrance et l investissement qu il souhaite y mettre ( en temps, en argent et en énergie) . Je me méfie des thérapeutes qui ne font pas preuve d ouverture et encore moins de retenue…

    1. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise méthode? Vous êtes sérieuse?
      La psychanalyse a fait ses preuves? Mais où? Quand? Sur Quoi? Montrez moi quelque chose. Un embryon de preuve, je ne sais pas…
      Encore une idée reçue : ce n’est pas parce que la psychanalyse « convient » à quelqu’un que ça marche, y compris chez cette personne.
      SVP, ne relayez pas de propagande. Ne prétendez pas que la psychanalyse marche sur le TOC. Je reçois chaque semaine des patients qui ont perdu des années, parfois des dizaines d’années à cause de ça…

      1. blonde

        Je n ai pas dit que la psychanalyse faisait disparaître les TOC. Les TCC fonctionnent sur les TOC c est prouvé mais combien de temps avant qu un nouveau TOC ou une nouvelle phobie apparaisse ? Un nouveau symptôme ? Et là je parle en connaissance de cause. Pourquoi ne pas alors combiner deux thérapies ? La psychanalyse n a jamais prétendu guérir tous les maux ou symptômes.

        1. Je doute que vous parliez en connaissance de cause. Le déplacement ou substitution de symptôme n’est qu’un mythe savamment entretenu par les détracteurs des TCC. Jetez un coup d’oeil à cette revue de littérature quand vous aurez le temps : http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/18329771
          Combiner la psychanalyse avec ce qui marche ne vise qu’à faire survivre la psychanalyse. On le voit notamment avec tout ce que les pro-psychanalyse qualifient d’intégratif, et aussi avec la neuropsychanalyse. Il n’y a aucune valeur ajouté pour les patients.

  7. Ingrid B

    Je veux réagir à cet article bien qu’il ait été écrit il y a deux ans. De mon expérience personnelle ce ne sont pas les difficultés que j’ai connues dans mon enfance qui m’ont été néfastes, mais l’impossibilité qui a été la mienne de comprendre que j’étais actrice de ma vie, quel que soit le passé. J’ai eu des moments de chance inouïes que je n’ai pas su saisir. Je pense vraiment que ce qui compte ce n’est pas ce qu’on fait du passé, mais ce qu’on fait du présent. Empêtrée dans des situations problématiques je n’ai pas vu – et aucun psy ni personne de mon entourage ne m’y a aidé – que pour « guérir » du passé, il fallait se fabriquer un bon présent. Pourquoi? Parce que le goût qu’on prend à un bon présent fait juste oublier le mauvais passé. Au niveau du débat je ne suis pas pour la recherche d’une cause profonde dans le sens psychanalytique. Je pense qu’il faut passer son temps à construire sa vie, surtout à l’adolescence, période si importante, et c’est le bien être qu’on y éprouve qui fera oublier le passé.

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