Neuroleptiques [FAQ]

Voici les questions qui me sont fréquemment posées lorsqu’il est question d’instaurer un traitement neuroleptique. Je ne suis pas en mesure de garantir que mes réponses soient superposables à celles de mes confrères français que j’encourage vivement à me critiquer s’ils le jugent nécessaire. Par ailleurs, dans le cas où certaines réponses ne seraient pas suffisamment claires je m’engage à tenter d’y remédier, tout comme je pourrai rajouter d’autres questions selon les suggestions des lecteurs.

Les neuroleptiques, c’est pour les fous?

Pas forcément, et pas seulement.

Les neuroleptiques sont avant tout des calmants, des tranquillisants initialement qualifiés de majeurs qui peuvent être prescrits en cas d’agitation. Certains d’entre eux ciblent davantage l’agitation intérieure, notamment émotionnelle ou liée à un emballement des pensées tandis que d’autres ciblent surtout l’agitation motrice.

Ces médicaments peuvent donc aider à calmer un délire, et se révèleront d’autant plus efficaces que ce délire est envahissant, caractérisé par une forte participation émotionnelle (ex. angoisse, colère, euphorie) et/ou source de troubles du comportement.

Comme pour la plupart des psychotropes, les progrès effectués en matière de tolérance ont abouti à un élargissement progressif des indications officielles qui concernent aujourd’hui :

  • Les troubles du comportement et l’agitation
  • Certains symptômes délirants (ex. hallucinations)
  • La schizophrénie
  • Le trouble bipolaire
  • Certaines formes d’anxiété
  • Certaines dépressions
  • L’insomnie

Enfin, les neuroleptiques peuvent également être prescrits à long terme dans le but de prévenir d’éventuelles rechutes.

Les neuroleptiques, comment ça marche?

Ce qui définit l’action neuroleptique, c’est le freinage de la transmission de dopamine dans le cerveau. Cela permet de se détacher, de mettre à distance certaines pensées ou émotions lorsqu’elles sont trop envahissantes mais également de réduire l’activité motrice lorsque celle-ci devient problématique (ex. certains troubles du comportement).

Les neuroleptiques agissent également sur la transmission d’autres substances, que ce soit dans le cerveau ou ailleurs, de façon variable suivant le médicament concerné, ce qui peut aboutir en pratique à des effets plus ou moins recherchés comme par exemple la sédation.

Les neuroleptiques, ça transforme en zombie?

Ce phénomène correspond à des effets secondaires extrapyramidaux qui, lorsque très intenses, aboutissent à la fameuse allure schizophrénique : raideur, ralentissement, difficulté à initier des mouvements, tremblements lents, indifférence, visage figé et tendance à baver. Ces symptômes similaires à ceux de la maladie de Parkinson surviennent lorsque les doses sont trop élevées, le neuroleptique faisant alors office de véritable camisole chimique.

Longtemps considérés comme le prix à payer pour obtenir l’efficacité, voire comme un signe d’efficacité, ces effets extrapyramidaux peuvent et doivent être évités, en collaboration avec le prescripteur :

  • Par une augmentation très progressive des doses
  • Par une diminution des doses s’ils surviennent
  • Par un changement de traitement au profit d’un neuroleptique moins pourvoyeur de ce genre d’effets (ex. clozapine, quétiapine)
  • Par l’ajout d’un médicament dit « correcteur »

Les neuroleptiques, ça shoote, ça transforme en légume?

L’effet sédatif de certains neuroleptiques est parfois très prononcé, ce qui peut se révéler bénéfique si le niveau d’éveil est trop élevé (ex. anxiété, insomnie). En revanche, plusieurs effets indésirables et invalidants peuvent découler de cette sédation : la diminution de la vigilance (ex. conduite), la somnolence en journée, l’augmentation du temps de sommeil, les difficultés de concentration etc.

Ces désagréments conduisent encore très souvent les patients à interrompre brutalement le traitement, ceci alors qu’il existe des solutions moins risquées à adopter en collaboration avec le prescripteur parmi lesquelles :

  • Décaler si possible la prise du traitement le soir au coucher
  • Diminuer la dose
  • Remplacer le neuroleptique par un autre moins pourvoyeur de sédation (ex. aripiprazole).

Les neuroleptiques, ça rend obèse?

La prise de poids n’est pas rare et conduit aussi très fréquemment les patients à suspendre brusquement la prise d’un neuroleptique. Il s’agit parfois de quelques kilos, parfois de plus mais ce n’est pas systématique. Cumulée au tabagisme et au manque d’exercice physique, cette prise de poids peut s’accompagner d’une augmentation de la tension artérielle, des taux de graisses et de sucre dans le sang, le tout finissant par augmenter le risque cardiovasculaire. C’est ce qu’on appelle le syndrome métabolique. Là encore, une simple diminution de la dose peut parfois suffire et un changement de neuroleptique est indiqué si le poids augmente rapidement après l’instauration.

Les neuroleptiques, c’est pour la vie?

Il reste aujourd’hui très difficile voir impossible de prévoir la façon dont va évoluer un problème psychiatrique à très long terme. Un neuroleptique se prescrit donc avant tout à court terme pour calmer un épisode aigu, et à moyen terme pour prévenir les récidives, parfois pendant plusieurs années. Le rapport entre les bénéfices et les risques liés à ce traitement doit être réévalué le plus souvent possible avec le médecin. Dans la mesure du possible, toute décision concernant le maintien, la diminution ou l’interruption d’un neuroleptique doit résulter d’un accord entre le patient et son prescripteur.

Les neuroleptiques, ça rend accro?

Hélas encore niée par une grande partie du corps médical, la dépendance aux neuroleptiques existe pourtant et se caractérise par des symptômes de sevrage à l’arrêt du traitement. Ceux-ci peuvent être difficiles à distinguer des symptômes pour lesquels le neuroleptique était prescrit initialement (anxiété, insomnie, agitation) si bien qu’un sevrage est fréquemment confondu avec une rechute qu’il peut par ailleurs favoriser.

Certains signes physiques sont évocateurs de ce syndrome de sevrage :

  • Nausées, vomissements
  • Diarrhée
  • Perte d’appétit
  • Écoulement nasal
  • Hypersudation
  • Douleurs musculaires
  • Troubles de la sensibilité

Dans la plupart des cas, la réintroduction du neuroleptique permet de soulager les symptômes.

La meilleure façon d’éviter ce genre de complication reste la diminution très progressive du traitement, qui devra toujours s’effectuer en collaboration avec le prescripteur.

Les neuroleptiques, il n’y a aucune alternative?

Les réelles alternatives sont rares et plutôt à considérer comme des mesures complémentaires. Lorsque les symptômes sont importants, lorsqu’ils sont source d’une dangerosité pour soi ou pour les autres, lorsqu’il faut agir en urgence, les neuroleptiques sont souvent la meilleure solution. D’autres tranquillisants existent, notamment les benzodiazépines, mais celles-ci restent moins efficaces pour se distancer des préoccupations délirantes (ex. hallucinations, sentiment de persécution) et ne sont pas dénuées d’effets secondaires également.

La thérapie cognitive et comportementale donne quelques bons résultats pour gérer les hallucinations mais elle nécessite la collaboration active du patient, ce qui n’est pas toujours possible.

Il existe d’autres traitements pour prévenir les rechutes d’un trouble bipolaire, notamment le lithium et certains anticonvulsivants. En revanche, concernant la schizophrénie, aucun autre traitement n’a montré d’efficacité en prévention des rechutes.

L’homéopathie, la phytothérapie (« les plantes ») et autres médecines non conventionnelles (douces, naturelles, alternatives, parallèles etc.) ne peuvent en aucun cas constituer une alternative aux neuroleptiques, tout comme la psychanalyse dont les bénéfices semblent se limiter à la prise en charge de certains troubles de la personnalité.

8 Comments

  1. Excellente synthèse, merci.
    En milieu hospitalier il conviendrait de toujours rappeler la consigne en cas de catatonie suivie de fièvres etc (syndrome malin des neuroleptiques). Certains praticiens le négligent, et des décès s’en suivent. J’ai recopié un article de spécialiste ici :
    http://www.forumpsy.net/t673-catatonie-definition-et-traitement-par-pierre-thomas-chru-de-lille

    1. Merci.
      Il faudrait effectivement que je rajoute un petit quelque chose sur la catatonie et le syndrome malin.

  2. Catherine A

    Merci pour les tableaux aussi

  3. Très clair et informatif, super. Merci !

  4. Une question qui ne me semble pas aborde: c’est deontologique de faire bouffer des neuros a ses gosses en les dissimulant dans les steaks haches? J’dis ca, j’dis rien, mais j’ai une petite pensee emue pour mon frangin…

  5. patrick

    Il arrive des cas ou les prescriptions sont abusives. Je suis asperger et transgenre, et mon médecin m’a proposé du risperdal.

  6. Bonjour, juste pour rajouter un petit quelque chose moi aussi 🙂
    Etes-vous certains d’avoir envie de passer à autre chose que les neuroleptiques, qui, comme vous le récitez, rendent obèses, mous, baveux, avec à nos propres yeux, la dégradation de notre image de nous-mêmes déjà bien abîmée…Il se passe que les neuroleptiques tuent notre conscience, anéantissent nos capacités cérébrales..Mais lorsque nous sommes libérés de cette camisole chimique barbare, nous renaissons, nous redevenons des êtres humains, car la société fière d’être « normale » ne nous considère pas comme des humains à part entière…Pour avoir effectué un sevrage de neuroleptiques, et autres psychotropes, aidée dans un second temps par l’homéopathie salvatrice, je viens témoigner de ce fait : jamais la médecine ne saura si quelqu’un peut guérir de la schizophrénie, si l’on continue les gavages aux antipsychotiques..Mais avez-vous envie que nous guérissions? Ah oui, il est des écoles qui avancent l’hypothèse que l’on ne guérit jamais de la schizophrénie? Comment le savoir puisque nous sommes bloqués dans notre évolution par ces substances chimiques, qui sont à base d’ insecticides en plus! Le danger, oui, est pour soi davantage que pour autrui..Il y a davantage de personnes « normales  » qui tuent, que nous, schizophrènes..Des antipsychotiques, dans un premier temps, mais ensuite, n’entretenez donc pas cette situation et cette prescription par peur! Pendant ce temps nous, nous n’existons plus et nous servons de cobayes aux labos aussi un peu non???Et vous nous « cochez » dans vos études! Des antipsychotiques rendent hyperphages, et ensuite tel grand professeur ou médecin vient nous apprendre qu’il faut faire attention à la prise de poids, en raison des maladies cardiovasculaires! Mais comment fait on lorsque le cerveau est dirigé par l’hyperphagie, tout cela est surhumain, et totalement incompréhensible..Beaucoup de spécialistes jouent aux apprentis sorciers, s’essaient sur nous les fous, les non crédibles parce que différents..Vous ne savez même pas au fond ce qu’est la schizophrénie, et nous, schizophrènes, pourrions vous l’apprendre, si vous ne nous classiez pas systématiquement comme « ah oui, elle est bien folle!  » lorsqu’on essaie d’expliquer.. Alors que soient développer les alternatives aux antipsychotiques! il en existe, et des études le démontrent..Encore faut il les accueillir et être tolérant, réceptif en tant que praticien! Mon sevrage fut un parcours du combattant avec beaucoup de souffrances, et pourtant, je l’ai effectué progressivement, mais comme je revis! comme je peux apprécier « mon cerveau » ..! Libérez-nous de ces poisons, s’il vous plait, car c’est possible..Ce sont les labos qui sont heureux de toutes ces pathologies! non? Pardonnez-moi d’avoir écrit aussi longtemps ! Merci de m’avoir lue…Et le succès du sevrage, c’est possible, et s’atteler à en organiser les conditions, ça, c’est humain et digne du serment d’Hippocrate..Bien cordialement..
    P.S. Un sevrage doit être progressif, je confirme..

    1. Alors je tente de répondre.
      J’adorerais pouvoir me passer totalement des neuroleptiques, vraiment, et j’essaye en général le plus possible.
      L’homéopathie peut tout à fait être salvatrice, de même que la religion et plein d’autres choses. En revanche, faire la promotion de l’homéopathie comme d’une alternative à la médecine psychiatrique et notamment aux neuroleptiques, c’est une faute professionnelle selon moi.
      La médecine sait que l’on peut guérir de la schizophrénie. Peut-être qu’elle ne le fait pas assez savoir.
      Les neuroleptiques peuvent parfois entraver la guérison et amoindrir la qualité de vie. Mais ce n’est pas le cas lorsqu’ils sont prescrits pour la bonne indication et à une dose qui permette d’obtenir plus de bénéfices que d’inconvénients.
      Pour l’histoire des cobayes, la grande, l’énorme majorité des psychiatres ne font pas participer les patients à des études. Si c’est le cas, le consentement éclairé doit être obtenu.
      Vous avez raison, je ne sais pas ce qu’est au fond la schizophrénie. En revanche, je sais comment elle peut se manifester.
      Être tolérant et réceptif, tout comme être accueillant, transparent et chaleureux, c’est ma première préoccupation.
      Bravo pour votre sevrage réussi!

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