Un délire thérapeutique mais non évaluable ?

L’épreuve de réalité à laquelle sont confrontés les psychanalystes, depuis toujours disent-ils, les conduit dernièrement à adopter des positions défensives assez pathétiques. Le fameux clivage, qui leur permettait de délirer entre eux tout en délivrant d’inoffensives bonnes paroles au peuple, ne suffit plus à les immuniser contre les critiques légitimes qui leur sont adressées, effectivement depuis toujours…

Ces psychanalystes sont aujourd’hui contraints de rendre des comptes comme jamais auparavant, donc à une ouverture pour le moins périlleuse puisqu’il s’agit de laisser la population découvrir que la pratique psychanalytique est fondée sur des idées délirantes.

Le reportage de Sophie Robert constitue à ce jour la meilleure illustration de ce phénomène en offrant « de la bouche des psychanalystes eux-mêmes » le contenu brut de ce délire. Si ces psychanalystes ont su considérer ces propos comme inacceptables, ils n’ont pas su s’en attribuer la responsabilité et ont préféré faire condamner la réalisatrice.

Le dernier triste spectacle auquel ont pu assister les internautes consistait en l’interview d’un psychiatre du collectif des 39 dont les propos ont été enregistrés avant d’être retranscrits ici. Nous y retrouvons les postures habituelles des psychanalystes, le rejet violent des critiques, la victimisation, la désignation de persécuteurs suivie de leur diabolisation, et enfin une sorte d’autocongratulation associée à des diversions sous forme de revendications multiples et utopiques. L’incapacité ponctuelle de ce psychiatre à circonscrire le délire psychanalytique conjugué à l’absence de collaboration journalistique à ce niveau, aboutit à la présence de propos pour le moins fâcheux. À l’instar de ses confrères du MUR, le Dr Bokobza n’en assumera pas la responsabilité et accusera le journaliste de les avoir dénaturés. Son droit de réponse en est l’illustration.

Voici donc, sur la base des propos de ce psychiatre, une sorte de dénominateur commun des pensées psychanalytiques face à la critique :

1. Déni

a. Les parents ne sont pas insatisfaits, sauf une petite minorité

Ces opposants sont en réalité très minoritaires et extrêmement militants. Ils ne sont pas représentatifs de l’ensemble des parents autistes.

Les associations de parents qui récusent aujourd’hui notre approche, c’est vingt personnes qui passent leur vie sur Internet.

Selon moi, si les parents satisfaits de la psychanalyse ne s’expriment pas, c’est qu’ils ont honte.

b. Cette petite minorité est manipulée par le lobby des comportementalistes

Mais la véritable explication, c’est qu’ils sont manipulés par le lobby des comportementalistes. On leur fait croire que l’approche comportementale peut sauver leurs enfants…

c. Cette petite minorité relève de la paranoïa ou de l’hystérie

Ils font de l’envahissement paranoïaque. Ces gens-là ne se posent aucune question concernant leur enfant. Ils refusent, par exemple, qu’on leur demande s’ils l’ont vraiment désiré. Cette question n’est pas habile, je vous l’accorde, mais elle est incontournable.

d. Les critiques adressées aux psychanalystes ne sont pas fondées, sauf pour une petite minorité d’entre nous

Comme dans tous les métiers, il y a des bons et des mauvais psys.

Pourquoi ne vouloir s’appuyer que sur les pratiques inacceptables d’une très petite minorité de psychanalystes pour organiser une attaque d’envergure contre la psychanalyse?

e. Notre pratique n’est pas évaluable

Nous ne répondons pas à leurs critères d’évaluation donc, pour eux, nous ne sommes pas crédibles. Mais le principe d’évaluation à partir de normes est radicalement opposé à notre démarche! La relation avec le patient, on ne peut pas l’évaluer.

2. Victimisation

a. Pierre Delion : le martyr

Tous soutiennent notre collègue, le professeur Pierre Delion, modèle d’ouverture, d’humanité et d’intelligence, harcelé depuis des années et quelquefois menacé par des personnes qui ne veulent ou ne peuvent rien entendre de la complexité des situations singulières de chaque enfant qui souffre.

Et c’est lui qui est harcelé par les associations de parents.

b. Pauvres de nous

Actuellement une campagne d’une rare violence, appuyée sur des certitudes bien étranges, affirme que la psychanalyse n’aurait rien à voir, à faire, ou à dire concernant l’autisme.

c. Pauvres enfants, pauvres parents

Comment accepter de « divise  » un enfant de cette manière?

C’est tellement l’horreur absolue d’avoir un enfant autiste.

En réalité, il s’agit de méthodes extrêmement violentes, importées des Etats-Unis. Elles coûtent 30 000 euros par an et par enfant.

Ils refusent, par exemple, qu’on leur demande s’ils l’ont vraiment désiré. Cette question n’est pas habile, je vous l’accorde, mais elle est incontournable.

L’arrivée d’un enfant autiste bouleverse une famille. Cela renvoie les parents à leur histoire personnelle, à des choses extrêmement douloureuses. Cela touche à leur intimité, qu’ils n’ont pas envie de dévoiler.

Un déni de démocratie existe non pas quand des idées font l’objet de débat quelquefois vifs mais quand dans notre pays un trop de familles sont confrontées dramatiquement à la recherche d’une place pour leur enfant!

d. Pauvre culture

Pourquoi vouloir exclure du champ de la prise en charge des enfants autistes une théorisation qui depuis plus d’un siècle est devenu un fait de culture?

3. Persécution

a. Les comportementalistes = dresseurs normalistes = danger

Mais la véritable explication, c’est qu’ils sont manipulés par le lobby des comportementalistes. On leur fait croire que l’approche comportementale peut sauver leurs enfants…

En réalité, il s’agit de méthodes extrêmement violentes, importées des États-Unis. Elles coûtent 30 000 euros par an et par enfant. Il y a derrière tout ça un immense enjeu financier. Et même si elles marchent parfois, cela reste du dressage! C’est comme la peur du flic, certes efficace, mais à quel prix?

Les comportementalistes disent que la psychanalyse n’est pas scientifique, qu’il n’y a pas de preuve de son efficacité.

Mais je suis opposé aux normes à base de statistiques et de chiffres que les comportementalistes tentent d’imposer.

b. génétique = solution de facilité = eugénisme = fascisme = danger

C’est plus facile de dire à un parent « vous n’y êtes pour rien dans l’autisme de votre enfant, c’est génétique ». Ces professionnels jouent sur l’illusion. Je comprends très bien que ce soit plus reposant pour les parents. C’est tellement l’horreur absolue d’avoir un enfant autiste.

c. Haute autorité de santé = illusionnistes = dictateurs normatifs = danger

Aussi je soutiens que ceux qui, telle que la haute autorité de santé (HAS) veulent faire croire que certaines techniques, parce qu’elles seraient « les plus évaluables » doivent être utilisées seules, à l’exclusion de toutes les autres, sont des marchands d’illusion, à la solde d’une normativité bien inquiétante.

Ces équipes médico-éducatives refusent des diktats venant de l’extérieur qui tentent de formater leur travail en leur imposant des techniques assimilables à des « kit de bonne conduite ».

4. Glorification

a. Pas d’humanisme sans psychanalyse

C’est dans la relation avec l’enfant qu’il se passe quelque chose. Or cette relation n’est possible qu’avec la psychanalyse. Sans elle, on devient des machines, des techniciens de la santé.

Parce qu’elle propose une théorie (certes bien inachevée) du fonctionnement psychique humain et des enjeux relationnels qui en découlent, la psychanalyse est dans ce sens un formidable outil de travail.

b. Pas d’ouverture sans la psychanalyse

C’est l’universitaire le plus ouvert dans le domaine. Il fait pourtant de la recherche et prône une approche intégrative de toutes les disciplines.

c. Pas de remise en question de l’institution ni de soutien à l’entourage sans la psychanalyse

Soigner, en psychiatrie, demande une éthique du doute, une prise de risque.

En ce sens l’apport de l’outil psychanalytique est important si l’on veut aider des éducateurs ou des pédagogues à soutenir leur relation avec les enfants dont ils s’occupent, ou bien aider les parents qui le demandent à se dégager quelque peu de leur difficulté (détresse, angoisse, culpabilité) pour mieux pouvoir répondre aux besoins et désirs de leurs enfants. Il est aussi fort utile quand il s’agit de repérer dans une institution les mécanismes de rejet ou d’exclusion (ou de pitié) sécrétés par les difficultés de cette pratique qui demande d’entrer en négociation permanente avec soi, avec son intimité.

d. Les étrangers nous l’envient, la psychanalyse

La psychiatrie française, que le monde entier admire, ne doit pas être balayée par le moyen des critères d’évaluation.

e. Pour toutes ces raisons : la résistance s’impose

Nous allons rentrer en résistance, en continuant de défendre haut et fort ce que nous pensons.

Ce ne sont pas les psychanalystes qui vont entrer en résistance mais les milliers de personnes qui, travaillant en équipes pluridisciplinaires, accueillent, partagent accompagnent la souffrance des enfants et des parents, au quotidien, en permanence.

5. Diversion : le vrai problème, c’est le manque de moyens

Toutes ces polémiques permettent hélas d’éviter une question centrale: comment les équipes de soins et les parents peuvent ils s’unir pour exiger des pouvoirs publics des moyens supplémentaires en personnels et en institutions pour s’occuper des enfants autistes?

11 Comments

  1. christelle

    le mur : c’est ici : http://rutube.ru/tracks/5252938.html

  2. Nathalie R

    Excellent ! très bien dit ! Ras le bol des psykk qui se la jouent malheureux le nez dégoulinant de morve, s’accrochant encore à nos gamins comme s’ils étaient leur chose ! Nos enfants ne sont pas des objets ! Les objets de personne ! Ils s’appartiennent à eux mêmes ! Les psykk sont pitoyables et je plains vraiment leur mode de pensée….ils sont dans leur propre cauchemar, c’est eux le monde terrorisant dans lequel ils croient que nos enfants sont enfermés…c’est EUX la vision de l’horreur lorsque je pense à l’avenir de mon enfant….Sinon, sans eux, je sais qu’elle aura un bel avenir, car elle est capable de se le construire, si on lui donne les bons outils….et je suis là pour ça ! Dommage pour eux, ils n’ont rien compris à nos enfants…ils sont minables, tellement narcissiques qu’ils n’imaginent même pas que le monde puisse tourner sans eux….mais la preuve que si…puisque à part en Argentine, qui se soucie de la psychanalyse ? Personne !

  3. Nathalie R

    Il y a un mot pour les décrire, surtout ces psychanalystes….SECTE !

  4. Merci pour votre analyse.
    Je me demande depuis plusieurs années si un traitement neuroleptique incisif de type hallucinolytique, administré chez certains ténors de la Psychiatrie Psychanalytique, pourrait être en mesure de modifier le paysage médico-social et la politique générale de santé en faveur des
    personnes avec autisme.
    Les restrictions budgétaires étant ce qu’elles sont, la recherche piétine en ce domaine.

    Lutin Sur Tête de Dragon

  5. Jacques Van Rillaer

    Excellente mise en évidence de mécanismes de défense freudo-lacaniens classiques.
    Pour quelques autres et les réponses à y apporter, voir le texte « Les mécanismes de défense des freudiens » dans « Le Livre noir de la psychanalyse »
    On peut télécharger ce texte via:
    http://icampus.uclouvain.be/claroline/backends/download.php?url=L0ZyZXVkLkRlZmVuc2VzLnBkZg%3D%3D&cidReset=true&cidReq=EDPH2277

    Jacques Van Rillaer

  6. Quelle bonne idée d’avoir classé les arguments par rubrique!
    Il ne reste plus qu’à poser le diagnostic : psychanalytite aigüe !

    1. Nathalie R

      J’hésite entre une pignoufite chronique et une connopathie aïgue….entre les deux mon coeur balance…

  7. horsdanslesgenes

    ils sont pathétiques, réellement. Les bokobza et consorts seraient à plaindre s’ils ne détenaient pas de tant de moyens et de pouvoirs avec la destruction à la clé de leurs patients, des familles de ces derniers et des professionnels pris dans les filets de leurs délires et qui ne peuvent accomplir leur métier correctement (quand ils ne sont pas obligés de subir et financer eux même leurs analyses et supervisions…).

    1. Nathalie R

      Je pense qu’ils ont TOUJOURS des subventions pour ça !!!! je ne m’en fais pas pour eux coté fric…disons juste que vendre son âme au diable peut profiter un temps, mais que toute peau de chagrin a son revers de médaille…je ne les envie vraiment pas !

  8. Bonjour,
    Je viens de lire avec grand intérêt cet article et ceux proposés dans l’Express. Bien, comme c’est un domaine que je connais très mal, je vais plutôt me positionner en tant qu’observatrice de deux écoles qui confrontent leurs points de vues.

    De la psychiatrie j’en ai aperçu les contours pour mon fils à l’époque âgé de 16 ans, qui a eu un accès de violence extrême le plongeant dans un état second (d’ailleurs il ne souvenait plus de cet épisode). Il a été interné deux jours en hôpital psychiatrique, lorsque je l’ai récupéré il m’a fait peur : sous l’effet des psychotropes administrés, il ressemblait à un drogué, blanc comme un linge, désinhibé.
    Là, j’ai eu peur de la psychiatrie.
    De plus, j’avais une collègue qui s’était battue pour sortir son petit fils autiste de l’hôpital de jour, afin qu’il ait une vie normale avec sa mère et si possible en milieu ordinaire. Elle m’a raconté qu’à hôpital il était en permanence drogué. Nous avons tous signé la pétition, et depuis que cet enfant a réintégré sa famille, il va beaucoup mieux. Il est suivi par un psychologue et un éducateur, et il a énormément progressé.
    Quant au comportementalisme, j’ai seulement lu quelques lignes sur Georges Chétochine, le fondateur de cette science.

    Ma foi, oui, pourquoi pas, mais je me pose la question : Utiliser cette science seule, sans la pyché était-elle suffisante pour aider des patients en difficultés ?

    Je ne suis pas experte, ni praticienne. Alors j’aimerais bien que ces deux écoles échangent vraiment et nous apportent leur idées, leurs points de vue et leur possible travail d’équipe.
    La guerre, même intellectuelle, de méthodes, crée des tensions et empêche, à mon avis, un regard pragmatique sur les problématiques posées. Elle n’est en aucun cas, source de progrès.
    Bonne Journée,
    Caroline

    1. Bonjour,
      Votre commentaire intéressant soulève quelques idées reçues :
      1. La psychiatrie aboutirait de façon plus ou moins systématique à une zombification du patient ainsi qu’à sa contention aussi bien physique que chimique
      2. Le comportementalisme (dont George Chétochine n’est certainement pas le fondateur) n’agirait pas sur le psychisme et le négligerait
      3. Le meilleur moyen de régler un conflit entre deux parties, du moins celui qui serait le plus bénéfique aux patients, serait d’aboutir à une position intermédiaire.

      La psychiatrie est une spécialité médicale qui vise à une prise en charge globale du patient, sur un modèle bio-psycho-social, et qui ne consiste pas uniquement à administrer des médicaments, notamment des calmants.
      Le courant cognitif et comportemental est souvent considéré à tort comme celui qui médique le plus. C’est faux, derrière leur discours humaniste et anti-médicament, les psychanalystes prescrivent tout autant, sinon plus.
      Le cognitivo-comportementalisme, y compris dans ses extensions les plus « comportementales » agit sur le psychisme et s’en préoccupe de façon systématique. Contrairement à une idée reçue fréquemment relayée par ses détracteurs, agir sur un comportement, sur un symptôme considéré comme superficiel, entraine des répercussions dans les profondeurs, le tout permettant d’aboutir à un changement durable.
      Concernant la querelle d’école entre TCC et psychanalyse, la solution ne consiste certainement pas à prendre un petit peu de l’un et de l’autre pour faire un mélange. On ne soigne pas les gens en faisant plaisir à tout le monde, mais en utilisant les méthodes qui entrainent les meilleurs résultats.
      Et croyez-moi, en matière de médecine, mieux vaut se méfier des praticiens qui refusent que leurs méthodes soient évalués par d’autres instances que les leurs.

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