Répercussions psychiatriques de l’IVG

L’interruption volontaire de grossesse reste volontiers considérée comme l’une des épreuves les plus douloureuses de la vie d’une femme si bien qu’on lui attribuerait volontiers un rôle causal dans la survenue ultérieure de troubles mentaux. Or il semble que ça ne soit pas le cas, du moins pas en ce qui concerne la procédure en elle-même.

L’Academy of Medical Royal Colleges vient de publier la revue de littérature la plus conséquente sur les répercussions psychiatriques de l’IVG. Celle-ci rassemble les données d’une quarantaine d’études publiées entre 1990 et 2011, et fournit les conclusions suivantes :

  • La grossesse non désirée est associée à une augmentation du risque de survenue d’un trouble psychiatrique. Ce risque ne change pas selon la décision de poursuivre la grossesse ou de subir une IVG.
  • Le meilleur facteur prédictif de la survenue d’un trouble psychiatrique après une IVG est la présence d’antécédents psychiatriques. En d’autres termes, les femmes ayant déjà présenté des troubles mentaux avant l’IVG auront plus de risque que les autres d’en présenter après.
  • D’autres facteurs sont associés à l’augmentation de survenue d’un trouble psychiatrique après une IVG : déconsidération de l’IVG (religion et morale), pression du partenaire en faveur de l’IVG, évènements de vie stressants concomitants.

Les efforts de soutien, qu’ils soient sociaux, familiaux ou psychiatriques devraient donc se produire à partir du moment où survient une grossesse non désirée et non se concentrer uniquement autour de la procédure d’IVG lorsque ce choix est envisagé puis réalisé. Une opinion anti-avortement marquée, qu’elle soit d’origine culturelle, sociale, politique ou religieuse, tout comme les pressions subies pour avorter, doivent particulièrement être pris en compte car associés à l’augmentation du risque de complications psychiatriques ultérieures. Cette étude confirme alors que la meilleure décision est celle qui sera prise le plus librement possible par la personne concernée. Toute forme de pression, morale, familiale, conjugale etc. semble ainsi jouer contre la femme enceinte, ou du moins contre sa santé mentale ultérieure. Les rapports entre les troubles psychiatriques préexistants et la grossesse non désirée restent par ailleurs à préciser.

Systematic Review of Induced Abortion and Women’s Mental Health Published

7 Comments

  1. Gardères Nadine

    Bonjour,
    Je me retrouve sur votre site au hasard d’une errance internete…
    Je me permet de déposer ici un lien, celui du site du collectif « Les filles des 343 », qui recense des informations et surtout des témoignages défaisant cette idée du « traumatisme obligatoire » après une IVG : http://blog.jevaisbienmerci.net/
    Personnellement, ces écrits m’ont beaucoup soulagé il y a quelques années, car il y a un véritable tabou à ne pas être traumatisée après une IVG, au point qu’on se demande si c’est normal d’aller bien !
    Lever ce tabou est une nécessité pour défendre pleinement ce droit, sans conditions.
    Bien à vous,

    1. Bonjour,
      Et merci pour ce lien vers ce blog très méritant. Le traumatisme de l’IVG n’est en effet ni obligatoire, ni « normal » (si tant est que l’on puisse définir une normalité dans un tel contexte). Je fais évidemment face à un biais de sélection dans mon activité professionnelle puisque je fais généralement face à des personnes qui le vivent mal mais il est aussi évident que la psychiatrie gagnerait à se pencher davantage vers les gens qui vont bien afin de mieux aider ceux qui vont mal. Quant au fait que le droit de l’IVG doive être défendu, j’en suis convaincu.

  2. Bonjour, je pense qu il faudrait déjà mieux définir et explorer ce qu est un traumatisme pour comprendre pourquoi certains femmes sont traumatisées par l ivg, d autres non.

    Choc emotionnel.
    La femme a t elle le temps de réfléchir a l ivg ? Ou est ce qu elle le subit ?
    Sentiment d impuissance.
    La femme a t elle pris sa decision de son propre chef ou influencée par d autres ?
    Peur de mort imminente.
    Oui si elle s identifie a l embryon qu elle porte.
    Effraction.
    Oui possible en cas d ivg sur une table d operation. Moins en cas de d ivg par voie medicamenteuse.
    Sentiment de culpabilité.
    Évidemment, mais qui peut etre renforcée ou non par l entourage proche, le personnel médical, ou la société dans laquelle elle vit.
    Genèse de la grossesse (viol ou pas ?)
    Et ainsi de suite, je dois en oublier…

    C est donc pour cela qu’ un entretien avec un psychologue est obligatoire.
    Mais le trauma ne l est pas si ses conditions d apparition (et de genèse) ne sont pas réunis.

    1. Nadine

      L’entretien psycho-social après une demande d’IVG n’est obligatoire que pour les mineures, voir : https://ivg.gouv.fr/avant-l-ivg-deux-consultations-medicales.html

      Et la culpabilité na rien d’une évidence. Je ne me suis jamais sentie coupable d’avorter, et nous sommes très nombreuses dans ce cas.

  3. Ok, peut être pas obligatoire, mais propose, dans le cadre d une procédure d ivg.
    J ai le sentiment qu il en fait partie. Non ? (ou bien cela a t il ete supprime ?)

    Fort heureusement que cet entretien est obligatoire pour les mineurs.
    Relations consenties ou non ? (traumatique)
    Ivg impose par un tiers ou non ? (traumatique)

    Je ne dis pas que c est une évidence de se sentir coupable.
    La culpabilité se rencontre souvent après un evenement traumatique.

    Qu est ce qu un evenement traumatique ?
    Ce n est pas defini dans l article…
    Si les auteurs ne cherchent pas a savoir ce que c est, l article ne dit pas grand chose…
    Il colle deux concepts (ivg et trauma), sans analyser les relations (probables ou non) entre les deux.

  4. Et de mon point de vue perso, c est une épreuve que je ne souhaite pas renouveller.
    Mais elle ne fait pas partie de mes « pires » épreuves,
    La seule chose que je regrette, c est la réaction de trois soignants, ils n aiment pas participer a l’ ivg (compréhensible) mais ils le font bien sentir.
    J ai notamment change de medecin…
    Si l entourage est compréhensif, pas de souci. Ca compense…

  5. Et par ailleurs je pense, (mais ca ne tient qu a moi), que si l’ ivg est traumatique ou « insurmontable », c est certainement qu il peut aussi probablement entrer en résonance avec un traumatisme plus ancien… qui, lui, n aurait pas ete surmonte (ou soigne).

    Quand a « je ne me suis jamais sentie coupable ».
    Excellent, mais est ce un acte anodin a banaliser dans la vie quotidienne (pour remplacer la contraception) ? Je ne pense pas… car vous n avez pas avorte seule, vous avez eu besoin d aide…
    Tous les soignants ne se sentent pas capables de cette aide.
    Si vous allez bien, tant mieux, mais pensez aussi a ceux qui vous aident..,

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