Neuroleptiques [10 eff. sec.]

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2 réflexions sur “Neuroleptiques [10 eff. sec.]

  1. Avatar de sensationallybarbariane91fb221eb

    Je développe. Quinze années passées en CMP où j’ai participé en tant que patient à différentes activités (groupes de parole, sorties, jeux de société, ergo, écoute musicale, peinture, activités en hôpital de jour), en plus de la psychothérapie que je suivais. Là, rien à redire, c’était au temps idyllique où la psychiatrie de secteur avait les moyens, engageait du personnel, formait des stagiaires. On en est très loin à présent.

    Au cours de ces quinze années, des liens se sont créés entre patient.es, de camaraderie, d’amitié et parfois au-delà. Des liens amicaux aussi avec les soignant.es, personnes dévouées, à l’écoute, dont nous avons au cours de tout ce temps partagé les joies et hélas ! aussi les tristesses (deuils, maladies, séparations de couples).

    On en vient aux fameux traitements. Je suis passé par différentes étapes. Loxapac, Tiapridal, Nozinan, Halopéridol, jusqu’à la phase Tégrétol lorsqu’il s’est avéré que je souffrais de symptômes d’ordre dysthymique, après des années de doute au regard d’un diagnostic de schizophrénie prononcé un peu hâtivement sur la base de crises d’angoisse itératives aggravées d’une insomnie tenace, en l’absence de tout phénomène hallucinatoire et d’idées délirantes. L’un des internes m’avait dit à l’époque qu’il n’y avait pas de consensus, au sein du corps soignant du CMP, quant à la pathologie dont je souffrais.

    Tout ce que je peux dire à propos des traitements précités, c’est qu’ils m’ont amené à commettre de nombreuses tentatives de suicide. Et qu’autour de moi, au sein du CMP, les patients tombaient comme des mouches. Défenestration (deux cas), suicide sur les rails à la sortie d’un tunnel (un cas), surdose médicamenteuse (quatre cas), plus des camarades qu’on ne voyait plus du jour au lendemain et dont on nous apprenait qu’ils étaient décédés, sans plus de précision. Des sujets jeunes et relativement jeunes, les plus âgés n’ayant pas cinquante ans. Que je sache, les prescripteurs de ces ordonnances mortelles, dont le chef de service, psychiatre par ailleurs d’un abord chaleureux, mais dont les ordonnances illisibles étaient pléthoriques, n’ont jamais été inquiétés par les familles ni l’entourage de ces patients décédés. Aucune poursuite judiciaire. J’ai trouvé cela révoltant. Les soignant.es semblaient résignés, certain.es affirmant que malheureusement, il était fréquent que des patients atteints de psychoses se suicident ou meurent prématurément.

    J’ai été pris en main entre temps par un jeune psychiatre que j’ai continué quelque temps à consulter en ville. Traitement très allégé, j’ai perdu les vingt kilos que j’avais pris à cause de la surconsommation de toxiques qui m’avaient été précédemment prescrits, jusqu’au jour où j’ai décidé de tout arrêter. Là j’ai déménagé, j’ai radeicalement changé de vie, renoué avec une vie sociale, en composant avec mes accès de dysthymie, phase de spleen, ensuivies de phase de mieux, sans phénomènes dits « maniaques », en tout cas, rien qui ait jamais été décelé par les personnes que je fréquentais alors au sein d’ateliers d’écriture, club naturaliste, etc. Parallèlement, j’avais entrepris une activité d’écrivain public, à titre gracieux pour ne pas perdre mon AAH (impossible autrement de trouver du boulot sans diplôme, aux prises avec toutes sortes d’associations d’insertion verbeuses en charge de vous diriger vers des contrats précaires).

    Des années après, j’ai appris que d’autres suicides étaient survenus parmi mes anciens camarades d’errance médicale. Et d’autres décès prématurés. Récemment, dans la ville où je vis depuis quelques années, où j’ai suivi un certain temps une thérapie de soutien auprès d’une psychologue du CMP, un patient avec qui j’avais échangé quelquefois dans la salle d’attente dudit CMP, est décédé à la sortie de celui-ci, juste après que lui ait été administrée son injection-retard.

    Je n’ajouterai rien, sinon que je viens d’avoir 65 ans, que je suis toujours vivant et que je me porte à merveille.

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