Favoriffs de GUITARE

Voici le premier volume d’une sélection de ritournelles guitaristiques saturées que l’on pourrait (approximativement) considérer comme mes favorites.

Je ne prétends nullement constituer ici l’universelle anthologie du riff.

Pour preuve, vous n’y trouverez pas de brume pourpre, ni de fumée sur l’eau, ni tout plein d’amour, ni le soleil de votre amour, ni de quoi vraiment m’avoir, ni d’argent pour rien, ni Johnny (aussi bon soit il), ni de jardin d’Eden etc.

Cette sélection de riffs, logiquement axée sur le rock qui tache, reste tout de même assez large pour accrocher une bonne partie de la population.

Les doléances, commentaires et autres réclamations sont évidemment possibles.

Le classement n’est qu’alphabétique.

Liens : deezer youtube


 

Rush : « Bastille Day » (1975)

Les adorateurs du groupe de manqueront pas de me rappeler à quel point sa discographie fourmille de riff plus prestigieux. En effet, celui-ci n’est guère enrobé de divagations asimovo-tolkienesques et ne se cache pas au milieu d’une performance épique d’un quart d’heure, mais il n’en est pourtant pas moins accrocheur et fleure bon la prise de la Bastille!

Michael Jackson : « Beat It » (1983)

On ne devient pas roi de la pop sans séduire au passage quelques blancs-becs amateurs de hard rock. C’est donc sur les conseils d’un producteur avisé et sur le modèle de « My Sharona » que le noir devient réellement gris. Aucun chevelu n’aura fait mieux cette année là, y compris Eddie Van Halen qui n’est invité ici qu’à jouer le solo (mais quel solo!).

Opeth : « Deliverance » (2002)

Les trois premiers quarts de ce titre épique naviguent entre fureur et grâce sans renier la complexification, tout ce en quoi l’aimable groupe suédois excellent depuis longtemps. Le riff sélectionné débute aux alentours de la dixième minute sur un motif mélodique assez rudimentaire, mais sur un rythme tarabiscoté tout à fait singulier et très empreint de martialité.

Survivor : « Eye of the Tiger » (1982)

À la recherche d’une chanson pour son film, le deuxième plus célèbre des Sylvestre sollicita ces américains dont il avait particulièrement apprécié le premier succès (« Poor Man’s Son« ). Le résultat n’est plus à présenter et reste parmi les titres les plus vendus et entendus de l’histoire. Le riff reste pourtant imparable malgré les années, et ce n’est pas JCVD qui me contredira…

Rage Against the Machine : « Freedom » (1992)

Cette petite bande de conspirationnistes est à l’origine de l’un des plus beaux catalogues de riffs des années quatre-vingt-dix. Celui-ci (par lequel débute la chanson) reste parmi les plus complexes et se distingue grâce à une mélodie circulaire, de petits contretemps et une exquise descente finale. Le groove qui en résulte est très envahissant.

Iron Maiden : « Genghis Khan » (1981)

Ce titre instrumental semble avoir été oublié par beaucoup, y compris par le groupe lui-même, ce que je me dois de condamner étant donné la qualité du riff principal. Outrageusement saccadé et on ne peut plus belliqueux, celui-ci n’a rien à envier à la plupart des cavalcades antérieures (ex. « Transylvania« ) ou ultérieures (ex. « Losfer Words (Big ‘Orra)« ) de la bande.

Nazareth : « Hair of the Dog » (1975)

Certains persistent à y entendre un dérivé du « Day Tripper » des Beatles, notamment les Guns N’ Roses à la fin de leur reprise. Il s’agit selon moi de l’alliance parfaite du groove et de la férocité, un riff extrêmement pesant auquel la clarine (autrement appelée cloche de vache) apporte cette petite touche de finesse qui le rend si exquis.

Judas Priest : « Heroes End » (1978)

Si ce riff n’est pas le plus populaire de la bande, il reste le plus incongru de sa discographie, incongru au point que Rob Halford lui-même ne semble pas vraiment savoir quoi ni comment chanter dessus. Aussi étrange qu’accrocheur, il mérite amplement d’être exhumé et considéré au delà d’un simple vestige de l’époque la plus épique du groupe.

Focus – « Hocus Pocus » (1971)

Cette fabuleuse performance n’est absolument pas représentative de la musique du groupe, ce qui est regrettable compte tenu de l’absence d’équivalent dans l’histoire du hard rock. Le riff frénétique y est pour beaucoup, au moins autant que le yodel et les multiples soli déchainés. Focus s’en remettra mais ne s’y remettra pas.

Jeronimo : « How I’d Love to Be Home » (1971)

Il ne serait pas regrettable de passer à coté de cet obscur et éphémère groupe allemand si celui-ci n’était pas à l’origine de l’un des riffs les plus percutants du début des années soixante-dix. Cette période est pourtant riche en la matière mais rares sont ceux qui peuvent rivaliser avec ce specimen rustique et athlétique.

Joan Jett & the Blackhearts : « I Love Rock ‘N Roll » (1982)

Bien mieux promue que l’originale des Arrows mais finalement très similaire, cette version est celle que tout le monde connait, l’hymne au succès monumental qui allait lancer la chanteuse dans sa carrière solo. Bien qu’usé par les diffusions massives pendant toutes ces années, le riff demeure des plus implacables.

Nirvana : « In Bloom » (1991)

Ce riff témoigne à merveille de cette fameuse agressivité nonchalante propre au mouvement grunge du début des années quatre-vingt-dix. Les judicieuses accalmies durant le couplet, quasi-systématiques chez Nirvana, permettent de fédérer également les oreilles les plus sensibles sans renier les déflagrations et la pesanteur du riff pendant le refrain.

Budgie : « In the Grip of a Tyrefitter’s Hand » (1973)

Voici un specimen plutôt ahurissant qui évoquera éventuellement les (dé)visseuses de roue et dont on appréciera l’effet stéréophonique. Ce riff bénéficie de plus d’une propulsion rythmique idéale, d’autant plus percutante qu’elle s’effectue à contretemps et sans fioritures. Reste à mentionner les régulières cassures aussi légitimes que bien martelées.

Black Sabbath : « Iron Man » (1970)

Les riffs de Tony Iommi ne sont pas les plus subtils ni les plus véloces de l’histoire, faute de phalange, mais il faut bien reconnaitre que la plupart d’entre-eux restent imparables, notamment celui-ci. Lorsqu’il le fit découvrir à Ozzy Osbourne, ce dernier remarqua qu’il sonnait comme la démarche d’un gros mec en fer. C’est tout à fait ça…

Thin Lizzy : « Jailbreak » (1976)

À l’image de la musique du groupe, ce riff offre un mélange tout à fait improbable de brutalité et de sensualité. Simpliste voire chétif au premier abord, il ne tarde pas à dévoiler un groove très accrocheur qui canalise à merveille toute cette exaltation rugueuse. Le résultat ne peut qu’inciter tout prisonnier à s’évader vigoureusement.

The Rolling Stones : « Jumpin’ Jack Flash » (1968)

Sans avoir été une véritable usine à riffs, les Stones restent à l’origine de plusieurs pépites telles que cette ritournelle qui reste selon moi la plus excitante de leur catalogue, devant « (I Can’t Get No) Satisfaction« , « Start Me Up« , « Brown Sugar » ou encore « Bitch« . À l’écouter, il s’agirait effectivement plus de sauter que de taper du pied.

ZZ Top : « La Grange » (1973)

Il s’agit certainement de la déclinaison la plus retentissante du « Boogie Chillen » de John Lee Hooker dont le riff a été ici dopé, martelé jusqu’à devenir l’un des plus populaires de l’histoire du rock. Aucun soliste digne de ce nom ne peut résister longtemps à ces petits contretemps qui sont autant d’appels à faire couiner sa guitare.

King Crimson : « Larks’ Tongues in Aspic, Part Two » (1973)

Les connaisseurs y reconnaitront du Stravinsky, et ils n’auront pas tort (La Danse des adolescentes du Sacre du Printemps). Ce riff demeure selon moi le plus mémorable offert par le rock progressif du début des années soixante-dix. Sa complexité rythmique est indéniable mais de grande connaissances en mathématiques ne sont pas indispensables.

The Jimi Hendrix Experience : « Manic Depression » (1967)

Étrangement, cette chanson n’a jamais fait l’objet d’un 45tours alors qu’elle contient l’un des meilleur riff du célèbre guitariste, si ce n’est le meilleur. Cette fameuse propulsion à trois temps lui procure un indéniable aspect jazzy duquel s’empare à merveille le batteur Mitch Mitchell au point de quasiment voler la vedette à Hendrix.

Led Zeppelin : « Moby Dick » (1969)

Ce riff est très voire trop inspiré du « Watch Your Step » de Bobby Parker, tout comme l’est « I Feel Fine » des Beatles, mais le résultat zeppelinien vaut bien davantage qu’un détour auditif. Le groupe a offert bien d’autres riffs de qualité mais aucun n’est à mon sens aussi accrocheur et obsédant que celui-ci. Quant au solo de batterie…

Pantera : « Mouth for War » (1992)

Sans être un inconditionnel de ce groupe dont le thrash sudiste reste un peu trop abrupt à mon goût, je ne peux que m’incliner devant la force de ce riff dont les glissades m’évoquent une sorte de rouleau compresseur supersonique. Il est décidément regrettable que ce brave Phil Anselmo préfère les aboiements à un chant plus mélodique.

The Knack : « My Sharona » (1979)

Cet énorme tube, véritable fleuron des débuts de la new wave, nous rappelle certains élans des années soixante notamment ceux des Kinks. Son charme provient en grande partie du fameux riff, à la fois rudimentaire et singulier et dont les aspects caricaturaux inciteront certains humoriste au recyclage.

Radiohead : « Paranoid Android » (1997)

Ce riff dissonant qui semble se mordre la queue ne représente qu’une section d’un titre épique et parodique sans lequel il paraitrait certainement bien chétif. Ses multiples déclinaisons et notamment ce véritable crescendo à partir de la deuxième minute suffisent pourtant à lui conférer son improbable universalité, entre quatre et sept temps.

Lynyrd Skynyrd : « Poison Whiskey » (1973)

Ce choix surprendra certainement ceux qui savent à quel point la discographie du groupe regorge de riffs mémorables mais j’espère qu’ils sauront se pencher davantage sur celui-ci qui fleure bon la bouse et l’ivresse du sud des États-Unis. Aussi désorganisé qu’une bagarre de bar au premier abord, il dévoile peu à peu son architecture subtile.

AC/DC : « Riff Raff » (1978)

Ne conserver qu’un riff d’AC/DC relève de la torture malgré les nombreux doublons du catalogue. Celui-ci n’est ni le plus célèbre ni le plus prompt au démarrage (près d’une minute d’attente) mais pourrait bien décoiffer tous les chauves de la planète. Sa recette est plutôt féline : une escalade frénétique ponctuée d’un triple coup de griffes acérées.

Lenny Kravitz : « Rock and Roll Is Dead » (1995)

Il est possible de considérer Lenny Kravitz à la fois comme un réanimateur et un plagiaire du vieux hard rock. Il est possible de considérer ce riff à la fois comme une création d’exception et comme un recyclage de plusieurs échantillons zeppeliniens. Il est même possible de le considérer comme l’un des plus accrocheurs de l’histoire.

Guns N’ Roses : « Roquet Queen » (1987)

Cette chanson semble célébrer une amitié très particulière entre Axl Rose et une jeune fille de Los Angeles, ceci au point d’y enregistrer de véritables ébats sexuels, cette fois entre ce même Axl Rose et la copine de son batteur. Le riff, monté sur ressorts et magnifiquement culbuté, est évidemment parfaitement calibré pour coller à ce thème réjouissant.

System of a Down : « Sad Statue » (2005)

Parfaitement à l’image de la musique du groupe, ce riff furieux et exubérant propulse un vibrato fulgurant en guise de coup de semonce avant d’envoyer la mitraille et l’artillerie lourde, le tout étant évidemment réalisé à la vitesse de l’éclair. Quant à cette pauvre Statue de la Liberté, on dirait bien qu’elle prend tout par derrière.

Metallica : « Seek & Destroy » (1983)

Il y a davantage de bons riffs dans cette chanson que dans l’entière discographie des autres groupes de l’époque, ce qui illustre parfaitement la suprématie de Metallica. S’il fallait n’en garder qu’un, ce serait pour moi le deuxième (vers la trentième seconde), légèrement dissonant et lancinant à souhait, enfin au mien évidemment.

Porcupine Tree : « Shallow » (2005)

Ce brave Steven Wilson reste nostalgique en toutes circonstances mais ne remonte cette fois qu’une dizaine d’années, jusqu’aux temps du grunge et de la fusion rap/metal avec un riff que n’aurait pas renié Tom Morello. Cette petite saillie dans les aigus et les glissades bien rythmées qui suivent procurent effectivement des sensations exquises.

The Who : « The Seeker » (1971)

Les Who ne sont certainement pas les plus grands pourvoyeurs de riffs de l’histoire du rock, ce qui est bien regrettable compte tenu de la qualité de celui-ci. Simple, sauvage, exécuté avec la classe habituelle de Pete Townshend et propulsé par la mythique section rythmique (Moon/Entwistle), il en ressort totalement foudroyant.

Megadeth : « Tornado of Souls » (1990)

Les performances de Megadeth restent logiquement et pour la plupart dans l’ombre de celles de Metallica mais certains de leurs riffs valent plus qu’un détour auditif. C’est le cas de celui-ci, féroce et ultra-rapide, qui transpire l’éternelle soif de revanche de Dave Mustaine, même si principalement exécuté par sa nouvelle recrue Marty Friedman.

Aerosmith : « Walk This Way » (1975)

La version originale met davantage en valeur ce riff exceptionnel que la reprise avec Run-D.M.C. qui subit logiquement la javellisation des années quatre-vingt. Frétillant, funky, élémentaire sur le plan mélodique mais jouant habilement des contretemps et des silences, il demeure l’un des spécimens les plus accrocheurs de l’histoire.