Je réagis à ce post LinkedIn :
En 1973, huit personnes parfaitement saines ont été internées en hôpital psychiatrique. Aucune ne souffrait d’un trouble mental.
Et pourtant…
personne ne s’en est rendu compte.Ce n’était pas une erreur. C’était une expérience.
Le psychologue David Rosenhan voulait tester une question simple, et franchement dérangeante : les experts savent-ils vraiment reconnaître la santé mentale… de la maladie mentale ?
Il recrute des profils totalement ordinaires :
• un peintre
• une femme au foyer
• un pédiatre
• un étudiantDes gens parfaitement sains. Ils mentent sur un seul point : ils disent entendre des voix. Trois mots abstraits. Rien de plus.
Résultat ? 8 sur 8 sont hospitalisés. Sans exception.
Et c’est là que ça devient troublant. Une fois admis…
– ils arrêtent immédiatement toute simulation
– ils se comportent normalement
– ils coopèrent
– ils demandent à sortirMais rien ne change. Chaque comportement banal devient… un symptôme.
Prendre des notes ?
→ « comportement obsessionnel »
Rester calme ?
→ « retrait pathologique »
Être poli ?
→ « façade défensive »7 diagnostiqués schizophrènes.
1 maniaco-dépressif.
Pas un seul professionnel ne dit : « Cette personne va bien. »Le twist le plus glaçant ?
Ceux qui ont le plus douté… ce sont les vrais patients.
Ils murmuraient : « Tu n’es pas comme nous… »Durée moyenne d’internement : 19 jours
Un des participants : 52 jours
Pour des personnes parfaitement saines.Quand l’étude sort (« On Being Sane in Insane Places »), le monde médical explose. Un hôpital défie Rosenhan : « Envoyez-nous d’autres faux patients. Cette fois, on les repérera. » Il accepte. Quelques mois plus tard, l’hôpital annonce fièrement : 41 imposteurs détectés. Sauf que… Rosenhan n’avait envoyé personne. Pas un seul.
Pourquoi cette histoire me fascine ? Parce qu’elle rappelle une vérité inconfortable :
– le contexte influence le diagnostic
– l’étiquette change le regard
– et même les systèmes les plus sérieux peuvent se tromperNon, ça ne veut pas dire que la psychiatrie « ne vaut rien ». Mais ça veut dire quelque chose d’essentiel : la lucidité demande de l’humilité. Toujours.
Et dans le monde de la santé, mentale ou physique, c’est une leçon qu’on ne devrait jamais oublier.PS : Suite à plusieurs commentaires pertinents, j’ai fait des recherches plus approfondies sur l’expérience de Rosenhan.
Une relecture critique importante, notamment après le travail de Susannah Cahalan, questionne fortement certains aspects méthodologiques (PubMed : https://lnkd.in/e6dSaHGc).
Autrement dit, le statut « iconique » de l’étude mérite aujourd’hui d’être nuancé.Cela dit, mon intention dans ce post était surtout d’illustrer un mécanisme cognitif très documenté : l’effet du cadre et le biais de confirmation, observés dans de nombreux contextes (santé, entreprise, recrutement, etc.).
Comme souvent en science, la réalité peut-être plus nuancée que le récit initial.
Aïe aïe aïe, encore un post sensationnaliste sur l’expérience de Rosenhan…
Ce n’est pas tant que les psychiatres ne reconnaissent pas la normalité mais plutôt qu’en contexte hospitalier, le seuil de sécurité prime sur le doute diagnostique.
Mais oui les diagnostics psychiatriques ne sont pas fiables, le cadre hospitalier modifie la perception clinique, on colle des étiquettes qui deviennent auto-validantes et tout cela est très déshumanisant.
Cependant, sans vouloir faire l’avocat de ma discipline (ce que je déteste faire), cette expérience de Rosenhan a été très critiquée, notamment dans The Great Pretender (2019) par Susannah Calahan qui rapporte, après consultation des archives personnelles de Rosenhan et des documents disponibles, plusieurs points précis :
1️⃣ elle n’a pu identifier de manière fiable qu’un très petit nombre de pseudo-patients, loin du récit clair des « huit participants » ;
2️⃣ certaines descriptions de dossiers hospitaliers citées dans l’article de 1973 ne correspondent pas aux archives retrouvées ;
3️⃣ des notes suggèrent que les expériences vécues par les participants étaient plus hétérogènes et parfois moins spectaculaires que ce qui a été publié ;
4️⃣ des éléments défavorables à la thèse initiale auraient été peu ou pas rapportés ;
5️⃣ l’un des cas les mieux documentés (celui de Rosenhan lui-même) semble avoir été plus ambigu cliniquement que la version présentée.
Elle conclut que le récit publié apparaît en partie reconstruit et narrativisé a posteriori, avec une documentation empirique insuffisante pour soutenir la portée expérimentale forte qui lui a ensuite été attribuée.



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