Petite (grosse) réponse à cette vidéo de Michael Sikorav :
- « Cacher les diagnostics ne combat pas la stigmatisation »
Je suis d’accord, MAIS, dans l’exemple qu’il donne il ne s’agit pas tant de mentionner un diagnostic que de l’associer publiquement à un fait criminel. Or quand un crime est associé à une maladie mentale, la perception de dangerosité augmente fortement dans le public (linking effect), ce qui renforce le stéréotype « malade = dangereux », et ce même si on insiste sur le fait que la majorité des patients ne sont pas violents.
- « Les mots ne comptent pas »
Il y a une littérature très abondante sur le sujet (oui en sciences sociales notamment). Le langage influence les représentations, pas de façon massive certes mais quand même un peu. Alors oui c’est pénible de devoir dire « personne avec trouble de l’usage de substance » au lieu de « toxicomane » mais il y a un effet positif sur la distance sociale et le pessimisme pronostique.
- L’analogie avec les maladies somatiques
Une maladie psychiatrique est-elle comparable à un cancer ou un diabète…? En psychiatrie, on traite des comportements, des affects, des croyances. La frontière qui sépare le normal du pathologique est partiellement sociale. Le pouvoir médical est incomparable (soins sous contrainte, irresponsabilité pénale etc.). Les dimensions identitaire et comportementale des maladies psychiatriques est beaucoup, beaucoup plus forte. Il y a de la peur, de l’incompréhension et des représentations sociales associées aux troubles psy (ex. folie, asocialité, dangerosité, incurabilité). Le diabétique et le cancéreux ne sont pas exposés à ça.
- La réhabilitation des mots : plus on évite un mot, plus il deviendrait insultant
Oui, ça peut fonctionner pour certains termes, mais l’histoire montre aussi l’inverse. Certains mots médicaux sont devenus des insultes avec le temps : idiot, débile, crétin, hystérique et j’en passe…
- L’argument du « vrai problème ailleurs »
Je suis tout à fait d’accord qu’il y a des problèmes bien plus graves : précarité, manque de lits, de psychiatres, de places de suivi en CMP. Il faudrait s’occuper de ces problèmes en priorité mais c’est un faux dilemme. On peut simultanément améliorer l’accès au soins et réfléchir au langage et aux représentations. L’un n’empêche pas l’autre.
- Le biais du clinicien : les patients de Michael parlent naturellement ainsi (ex. je suis bipolaire etc.).
Ces patients sont déjà engagés dans un processus de soin. Ils ne sont pas forcément représentatifs de ceux qui évitent les soins, de ceux qui craignent le diagnostic et/ou de ceux qui ont vécu des expériences de stigmatisation.
- La cerise sur le gâteau
Michael nous explique d’abord que les mots ne comptent pas (ou peu).
Mais plus loin il nous explique qu’il faut réhabiliter certains mots (malade mental par ex).
Preuve, peut-être, que les mots comptent un peu plus qu’il ne veut bien le dire.



Laisser un commentaire